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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 09:39
Pechblende, Jean Yves Lacroix

Pechblende, Jean Yves Lacroix, éditions Albin Michel, juin 2016, 310 pages

Genre : littérature contemporaine, historique

Thèmes : seconde guerre, nucléaire, recherche, amour, engagement, Résistance

 

L'auteur en quelques mots ...

Jean-Yves Lacroix est né en 1968 dans la région de Grenoble. Ancien élève de l'École normale supérieure, spécialiste de l'œuvre de Jean Paulhan, il fait le commerce des livres anciens à l'enseigne La Palourde. Il a traduit des œuvres d'Herman Melville, E.E. Cummings et William Blake.
Il a publié un récit : Le Cure-dent (Allia, 2008) et un roman très remarqué : Haute époque (Albin Michel, 2013).

(source Albin michel)

L'histoire :

Jef Goldman est répétiteur à l'Ecole normale supérieure et prépare les élèves à l'agrégation. "Jef vivait attaché à l'Ecole normale comme une moule attachée à son bouchot".Depuis quelques temps le jeune homme s'intéresse à une oeuvre, l'Algèbre d'Omar Khayyam, qui aurait inspiré Descartes pour rédiger sa Géométrie. Une accusation de plagiat attire à présent son attention et Jef souhaite en savoir davantage.C'est qu'il rêve d'une publication qui le rendrait célèbre ou au moins remarqué, comme son rival, Jean Cavaillès, ou son camarade Emmanuel Des Essarts, tout juste nommé au Quai d'Orsay. Dès lors"Le sentiment de n'être nulle part à sa place" le tenaille.

Cependant, persuadé de tenir là une piste, Jef se rend dans la librairie Les Corps intermédiaires, gérée par Edouard Mesens. Parallèlement, lui parvient d'Italie une missive ayant échappé à la censure, émanant d'un ancien camarade, Ettore Majorana, spécialiste de la structure atomique. L'envoi date de cinq mois. Pourquoi tant de temps pour lui parvenir ?

Jef a pleinement conscience des changements dans les enjeux mondiaux " Depuis Michaux, le regard sur l'atome avait largement évolué. Les perspectives s'étaient ouvertes.(...) l'infiniment petit se révélait un abîme à part entière. L'atome cristallisait désormais les espoirs les plus fous, suscitait les pire craintes, avec l'intérêt des militaires".

Lorsqu'Emmanuel Des Essarts apprend à Jef que Majorana est porté disparu, ce dernier comprend que la lettre envoyée d'Italie contient la réponse à sa question. On parle d'enlèvement sur fond de complot international."Il avait jamais douté que la guerre approchait, mais il en devinait à présent un des enjeux secrets: le temps était venu pour lui de se perfectionner"

Lucien, quant à lui travaille pour Edouard Mesens et comprend rapidement les enjeux du métier, cherchant les perles rares, les trésors cachés dans les greniers. Apprentis libraire, il ne tarde pas à faire ses preuves, participant à la mise au jour d' une collection rare, transmise au sein d'une famille, inconnue des bibliophiles. Conscient des sommes considérables à en tirer, qui pourraient par ailleurs sauver la librairie, Edouard Mesens acquiert l'ensemble. A force de fouiner, Lucien finit par dénicher l'Algèbre d'Omar Khayyam, exemplaire dédicacé à Théophile Gautier. L'acheteur , un certain Jef Goldman, se présente comme philosophe... Devenus amis, les deux hommes échangent leurs vues sur la guerre, Jef faisant part de son engagement dans l'armée, persuadé que la prochaine guerre sera mécanique et remettra en question toutes les stratégies héritées de 1914/18, "c'est l'animal en l'homme qu'elle dresse à la hauteur d'un géant meurtrier".

Lorsque Laura entre dans la vie de Lucien, ce dernier n'imagine pas qu'il va participer à un pan de l'Histoire. Etudiante en Physique, elle participe à des recherches sur la scission de l’atome à partir du dioxyde d’uranium, la pechblende, littéralement « la pierre qui porte malheur ». . "Depuis le mois de janvier, le département de Chimie nucléaire du Collège de France devait faire face à une surcharge de travail tout à fait exceptionnelle (...)" deux chercheurs "apportaient la preuve expérimentale qu'il était possible de briser un noyau d'uranium en le bombardant à l'aide d'un faisceau de neutrons.(...) le phénomène baptisé "scission nucléaire " allait faire basculer le monde ...

"Le 14 juin en fin de matinée, les troupes allemandes pénétrèrent dans Paris par la Porte de Saint Cloud, sans rencontrer la moindre résistance".

 

 

En vrac et au fil des pages ...

Voici un récit passionnant, dans lequel il faut cependant entrer en sachant que l'écriture est travaillée, que les références historiques et scientifiques sont nombreuses. Une fois prévenu, le lecteur pourra se laisser porter par l'intrigue et apprécier les nombreuses références qui apportent une tension dramatique au récit.

Car s'il s'agit d'une fiction, elle est basée par les dernières découvertes en terme de nucléaire, qui vont révolutionner le monde, la façon de penser une guerre. Le récit se termine d'ailleurs par l'évocation de la bombe lâchée sur Hiroshima, comme un signal fort de ce qui était prévisible mais n'a pas su être entendu ou reconnu à temps.

La recherche fait de grandes choses mais détruit aussi des vies. Dans ce contexte, des intellectuels s'évertuent à transmettre des connaissances , mais tout est faussé par l'avancée de Hitler. Le roman sous entend fortement que sa stratégie n'a pas été prise au sérieux. Mais alors que des chercheurs font évoluer les sciences, les nazis, eux, entrevoient parfaitement ce qu'il serait possible d'en faire.

En mettant en confrontation la littérature et les sciences, l'auteur nous livre une reflexion sur ce que nous laissons au monde, sur l'engagement, les enjeux mondiaux et ce qu'il convient de faire , en terme d'éthique. Il s'agit aussi d'un hommage à la littérature, témoin du passé.

Les personnages de Lucien et Laura sont de jeunes adultes qui ne perçoivent pas l'ampleur des découvertes ou des décisions politiques "ils ne trouvèrent pas de mots assez durs pour stigmatiser la corruption générale, ni le cynisme en vigueur dans le monde des adultes". Eux vivent leur histoire d'amour. Laura voue une admiration sans borne à son mentor, Joliot Curie.Mais Lucien n'entrevoit pas quelle part de responsabilités endosse Laura au sein du département de chimie, ni comment cela la relie à l'Histoire immédiate. Un passé commun douloureux les rapproche: "Alors , l'un et l'autre, nous avons commencé à chercher ailleurs : moi dans les molécules, toi dans les livres,une vérité qui nous concerne et nous aide à vivre". 

La première partie du récit met en place les personnages, les lieux, les éléments essentiels qui font pressentir la menace. Par la suite on suit avec eux l'entrée des allemands, les actes du gouvernement de Vichy. On comprend, sans doute mieux que Lucien, ce qui se trame derrière les recherches. La fin accélère les révélations et installe un inconfort que vient souligner ce constat : "A travers Joliot Curie, ce jour-là, comme à chaque cérémonie patriotique qu'il lui était donné de suivre, Lucien avait le sentiment bouffon qu'un peuple se dédouanait de ses manquements à l'histoire immédiate (...) en glorifiant les victimes, au nom de leur sens bien connu du sacrifice. Le pays retaillait sa légende à grands coups de ciseaux : la France occupée découvrait ses héros".

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 09:03
Une aventure monumentale, Olivier Dutaillis

Une aventure monumentale, Olivier Dutaillis, éditions Albin Michel, 2016,352 pages

Genre : fiction historique

Thèmes : création, Hugo, Mérimée, Viollet le Duc, patrimoine, monuments, amours

 

L'auteur en quelques mots ...

Olivier Dutaillis est un romancier né en 1958, scénariste, dramaturge et metteur en scène français. Après une classe préparatoire au lycée Saint-Louis (Paris), il a effectué des études vétérinaires à l'École nationale vétérinaire d'Alfort. En parallèle, il a suivi un cursus de lettres modernes à l'Université Paris-VIII (Vincennes).

Il est l'auteur d'une dizaine de pièces de théâtre, récompensées par le Grand Prix du jeune théâtre de l'Académie française, le Prix Nouveau Talent Théâtre de la SACD et le Prix Europe 1 des Molières.  Il a été dramaturge, notamment pour le Théâtre du Campagnol, CDN, direction Jean-Claude Penchenat. Il a mis en scène plusieurs de ses pièces ainsi qu'un court-métrage, La Mue.

Il a publié six romans et 
a publié aux éditions Albin Michel La pensionnaire du bourreau (2014), prix du roman populaire, adapté en série télé (Une femme dans la Révolution), et Le jour où les chiffres ont disparu (2012). Le plus récent est Le jour où les chiffres ont disparu, Albin Michel, 2012. (Source : Wikipédia)

 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte

L'histoire:

" A cette époque, la France était un merveilleux terrain de chasse pour les pilleurs d'antiquités. On trouvait tout ce qu'on voulait, à des conditions imbattables"

La Révolution étant passée par là, la plupart des monuments sont pillés, vandalisés, les oeuvres d'art dispersées. C'est dans ce contexte qu'oeuvre la narratrice, Emily, jeune anglaise qui, à la vie d'une femme au foyer, préfère l'aventure qui l'éloignera de sa condition de femme au XIX°S. Antiquaire, elle négocie, pille, et envoie les trésors découverts en Angleterre où de riches clients paient ses services. Il faut dire que ce pays est en avance et a créé bien avant la France la Société des antiquaires de Londres.

Rassemblant ses souvenirs, elle nous plonge dans son aventure. Nous sommes en 183 lorsqu'elle arrive pour la première fois en France. Victor Hugo vient de publier Notre Dame de Paris. "Au moment où il écrit, le Paris que je découvre a très peu changé depuis l'époque médiévale (...) Il faut faire appel à des porteurs d'eau. Des habitations sans âge s'entassent dans des ruelles étroites, mal aérées, insalubres...". Cela aura d'ailleurs des conséquences dramatiques en 1932 lors de l'épidémie de choléra qui décimera Paris, là où Londres et ses habitats aérés préserveront la vie de beaucoup.

Dans sa vocation, elle devra cependant faire face à des hommes déterminés à ne pas laisser s'enfuir leur patrimoine. Hugo publiera un an plus tard un pamphlet visant les fameux antiquaires, Guerre aux démolisseurs ! Mérimée, quant à lui va être nommé à un poste qu'il n'attendait pas mais dans lequel il va excéler malgré l'ampleur de la tâche :inspecteur général des monuments historiques. On découvre alors un jeune homme passionné qui, bien que n'ayant aucune qualification pour ce poste, n'hésite pas à jouer un coup de poker et obtient le sésame. C'est qu'il ne sait pas encore ce qui l'attend ,car la France est vaste et les oeuvres d'art nombreuses.

Il saura pourtant s'entourer des meilleurs et consacrera sa vie à la tâche. Saint-Savin, Cluny, Carcassonne, Notre Dame de Paris, autant de lieu qui seront préservés grâce à ses actions et l'homme qu'il a choisi pour restaurer les sites les plus prestigieux : Eugène Viollet le Duc. 

Pendant ce temps, Victor Hugo Exilé à Jersey puis à Guernesey, regroupant autour de lui sa famille, pour le meilleur et pour le pire comme le dévoilera sa fille, devient le plus grand romancier du siècle et s'engage en politique.

Tout les oppose semble-t-il, y compris leur relation aux femmes, passionnée et volage pour Hugo malgré l'amour indéfectible et dévoué de Juliette, distant et réservé pour Mérimée. Ils sont au départ " les deux vois les plus remarquées et les plus opposées du Romantisme". Napoléon III établira la différence, faisant de l'un un dévoué et de l'autre un proscrit.

En vrac et au fil des pages ...

C'est un livre érudit et richement documenté que nous livre Olivier Dutaillis. On pourra regretter que l'aspect documentaire prenne le pas sur la fiction , c'est pourquoi je me débarasse de ce point en priorité. Au fil des pages sont exposés les parcours de Mérimée, Hugo, Viollet le Duc, des données politiques, économiques nous plongent dans le Paris du XIX°S en pleine mutation et l'on ressort plus savant de cette lecture qui ,de 1831 à la mort de Hugo en 1885, dresse le portrait d'hommes illustres. 

Toutefois le fait que cela soit rapporté par une narratrice fictive qui prétend avoir connu ses hommes, parfois même dans leur intimité, donne un côté plaisant qui fait que l'on imagine mieux encore ce que pouvait être la vie en France à cette époque. car il n'est pas uniquement question de Paris. Les sites visités sont nombreux et l'on s'attarde parfois à Guernesey auprès de la famille Hugo qui se dessine quelques peu différentes de ce qu'on l'on connait.

L'auteur a pris le parti d'explorer la correspondance de ces hommes et de se baser sur ces écrits pour monter sa fiction. Pour cette raison les portraits font la part belle aux sentiments, émotions et une lecture subjective donne à voir sous un autre angle ce que l'on savait d'un Hugo ( qui décidément aimait les femmes !) ou d'un Mérimée que l'on connait peut-être moins.

J'ai particulièrement apprécié les reconstitution qui nous convie à découvrir les monuments avec les yeux de l'homme du XIX°S, alors que beaucoup ont été détruits par la suite, ou rénovés ( ce qui pour Mérimée était parfois pire !). Ainsi le chapitre consacré à Saint-Savin donne-t-il envie d'en savoir plus. On y découvre un Mérimée touché au coeur par les fresques romanes qui ornent le plafond, découvrant qu'il n'est peut-être pas aussi insensible au patrimoine qu'il le croyait.

Evidemment la partie fictive qui lie le tout fait sourire, cette jeune anglaise intrépide, qui n'a pas froid aux yeux, nous fait penser à un mélange d'Arsène Lupin et d'Alexia Tarabotti ! Elle sert ici à présenter un autre aspect des hommes illustres cités et justifie à elle seule la fiction qui, sans cela, serait passionnante mais moins enlevée ! Sans doute cela permet-il aussi un regard critique sur la société française, mais aussi anglaise. Ses remarques sont souvent très justes et ne manquent pas de piquant : « Napoléon III est un militaire et Haussmann un préfet. S'ils rénovent Paris, c'est aussi pour y mettre de l'ordre. Pour casser l'arme héréditaire des insurrections parisiennes : la barricade ! Allons, mes gaillards, essayez donc de dresser des barricades dans des avenues de trente mètres de large! »

On voyage beaucoup et l'essor des moyens de transport le permet, de même qu'il favorise les échanges.

Le lecteur sera touché par la vie de ces hommes qui ont poussé leur passion ou leur vocation à l'estrême, jusqu'à en être usé pour Mérimée, ou en oubliant ses proches pour Hugo. Paradoxe de l'auteur de Notre Dame qui aimait être entouré de sa famille mais a causé, justement pour cela, des séquelles irrémédiables au sein de son clan. Les femmes ne sont pas absentes du roman . On les découvre passionnées, dévouées à l'image de Juliette, maitresse de Hugo qui chaque jour de sa vie lui a écrit ! Blessante ou ambitieuse comme  . Mérimée ne se remettra jamais vraiment de leur rupture. Mais l'auteur dresse aussi le portrait d'autres femmes comme les spinsters, femmes indépendantes, non mariées par choix ou circonstances, dont l'éducation parfaite était recherchée.

 

Une lecture que je vous recommande.

 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 14:08
L'Art de la marche, Olivier Bleys

L'Art de la marche, Olivier Bleys, éditions Albin Michel, 2016, 227 pages

Genre : autobiographie, récit de vie

Thèmes : marche, solitude, solidarité, découverte de soi, rencontres, aventure, routes ...

 

L'auteur en quelques mots ...

Olivier Bleys (né en mai 1970) est un écrivain français.

Olivier Bleys a publié vingt-neuf livres : romans, essais, récits de voyage, bandes dessinées, roman graphique, récit d'anticipation, surtout chez Gallimard et chez Albin Michel. L’ensemble de son œuvre est traduit dans une dizaine de langues, et lui a valu de nombreuses récompenses dont un prix de l’Académie française pour Pastel (Gallimard, 2000) et le Grand Prix du Roman de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour Le Maître de Café (Albin Michel, 2013)

Sélectionné pour le prix Goncourt, son roman Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes (Albin Michel, 2015) a été finaliste du prix Goncourt des lycéens.

Olivier Bleys possède aussi une expérience approfondie des nouvelles technologies . Il a d’abord occupé au sein de sociétés d’édition numérique (Infogrames, Cryo, Index +…) des postes à responsabilité croissante, de chef de projet à directeur éditorial, avant de devenir concepteur multimédia indépendant.

Lecteur permanent pour les éditions Gallimard de 2004 à 2007, il est aussi conférencier, consultant, animateur d'ateliers d'écriture .

En dernier lieu, Olivier Bleys revendique un goût affirmé pour l’échange culturel. Dès l’âge de 22 ans, il fonde l’association Jeunes Artistes du Monde qui promeut le voyage artistique. Des séjours à l’étranger sont organisés (Égypte, Ouganda, Mali, Madagascar…), impliquant des créateurs de plusieurs disciplines et nationalités.

En juillet 2010, Olivier Bleys a pris le départ d'un tour du monde à pied, par étapes , qu'il poursuit d'année en année. Il effectue à l'occasion des tours de villes à pied, ceux par exemple de Paris et de Metz en 2012, de Bordeaux en 2013.

Mme Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a fait Olivier Bleys chevalier des Arts et des Lettres en juillet 2014 . L'insigne lui a été remis par M. Alain Juppé, ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, le 9 juillet 2015.(source Wikipedia)

 

Son blog, sur lequel vous retrouverez son cheminement : http://monvolubilis.canalblog.com/

Concerto pour la main morte : http://www.unchocolatdansmonroman.fr/article-concerto-pour-la-main-morte-olivier-bleys-120650137.html

 

Le récit :

 

" Décidément, j'ai tout à apprendre..."

" - d'un immense appétit d'espace et d'un élan irépressible à marcher- est né le projet dont ce livre rend témoignage : un tour du monde à pied, par étapes. Une circumambulation complète, réalisée sans user d'aucun véhicule ni prendre aucun raccourci, au terme de laquelle j'espère loger mon dernier pas dans l'empreinte du premier".

Attiré depuis toujours par les aventuriers, les marcheurs, les cartes et autres globes, livrant son imagination au dieu du voyage, Olivier Bleys franchit le cap le 3 juillet 2010. Pourtant, personne dans sa famille ne l'a fait avant lui et l'on peut dire que ses racines sont profondément ancrées dans le terroir. Un tour du monde à pied se prépare. Lui ne s'est pas entrainé, a préparé minutieusement son sac mais découvrira bien des astuces qui lui permettront de changer, modifier son équipement au fil des étapes.

Un défi pour lui, sans reconnaissance particulière puisque l'on découvre avec lui qu 'un "tour du monde à pied n'exerce aucun pouvoir sur les imaginations. Il ne donne pas d'émotions fortes, il ne produit pas d'images spectaculaires". C'est pourtant un exploit personnel, une aventure à travers laquelle l'on se remet en question, comme le prouvent ces quelques pages qui nous conduisent de Pampelonne en Hongrie.

Tantôt seul, tantôt accompagné, ce dont il dira que c'est la meilleure formule pour voyager, Olivier Bleys a découvert l'ampleur de la solitude à laquelle, sans doute, il aspirait, mais qui n'est d'aucun réconfort sur la route. Sans doute cela découle-t-il de son désir de partager, échanger, comme il le fait habituellement à travers ses écrits ou sur son blog. 

Au bout de la première étape, une révélation :

" J'ai découvert que j'étais profondément marcheur, qu'il y avait là tout un monde à explorer et que ma vie, désormais, serait en mouvement"

 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte.

paEn vrac et au fil des pages ...

Qui n'a pas rêvé de partir, arpenter les routes, d'abord françaises puis européennes ? Combien l'ont fait ? Olivier Bleys nous convie à un voyage mais aussi une reflexion sur nos capacités à endurer la solitude, la souffrance parfois, qu'elle soit physique ou morale, sur une route que l'on connait mal à pied. On se dit souvent en circulant en voiture que l'on marcherait bien ici ou là, mais le faire est autre chose et c'est ce que j'ai apprécié dans ce récit assez court qui présente les sept premières étapes d'un tour du monde. Intéressante l'idée que l'on se croit préparé parce qu'on a beaucoup lu, que l'on est déjà passé dans ces lieux. Au bout du compte le meilleur marcheur est celui qui apprend à chaque étape, refait son paquetage et retient les leçons que la marche lui offre.

Souvent l'on part en quête de solitude. Olivier Bleys reprend les grandes aventures d'un Jean Béliveau ou de Caroline Moireaux, tous deux partis pour une longue expédition digne des plus grands aventuriers. Ce mot évoque pour moi, et je suis ravie de retrouver aussi cela sous la plume de l'auteur, les récit épiques de Jules Verne, le Grand nord parfois, l'exaltation des grands espaces. Pourtant la solitude chérie au départ et qui ouvre sur la méditation, touche à ses limites au bout de quelques jours, alors que l'auteur aimerait partager ce qu'il voit, ce qu'il vit.

Un marcheur, un voyageur sommeille-t-il en nous ? Longtemps j'en ai été pesuadée. Ne sommes-nous pas issus de marcheurs, tous autant que nous sommes. Je l'avais oublié et Olivier Bleys me le rappelle.

Il nous convie dans son quotidien, nous parle, très peu et discrètement, de sa famille, de ses attaches mais aussi de transmission car ce qu'il compte accomplir sera un témoignage pour ses filles. Si l'on sent une blessure à un moment ( peut-être que je me trompe ...), une sorte de fuite de quelque chose , l'auteur n'en dit rien, c'est qu'il a choisi d'axer son discours sur la découverte, physique, morale, géographique, sociétale. Il ne cache pas les déceptions, comme l'idée de départ d'une marche collective qui n'aboutira finalement pas car chacun a d'autres occupations. Je me reconnais là, repoussant sans cesse l'idée d'une marche parce que ceci, parce que cela. Les obligations familiales sont au premier plan et il ne s'en détache pas car semble avoir trouvé un juste milieu. Ses étapes sont accomplies en un mois à peu près, puis il rentre chez lui et repart plus tard, prenant comme point de départ la fin de l'étape précédente. Cette logistique s'avèrera lourde à plusieurs reprises, selon le pays traversé, mais il s'y tient. 

J'ai apprécié cette reflexion sur le règlement qu'il se crée lui-même, parfois contraignant, et qu'il veut absolument respecter sous peine de se trahir lui-même. Il s'agit donc bien d'un défi pour soi.

Olivier Bleys fait aussi tomber les clichés et ne mâche pas ses mots à l'encontre d'une cuisine sans saveur ou de routes trop sales, selon où il pose les pieds. Les remarques acides des observateurs ne manquent pas également et l'interrogation commune porte finalement sur le pourquoi. Pourquoi partir ainsi à pied ? Pourquoi s'infliger cela ? Sur le chemin de Compostelle on peut le comprendre, comme si le pélerinage religieux était en soi une fin. Mais partir ainsi, pour rien. Ou plutôt pour on ne sait quoi... pour le dépassement de soi, pour se dire qu'on peut le faire, pour poser son empreinte dans la longue lignée des marcheurs.

Ce qui nous fait le plus peur est sans doute l'insécurité et Olivier Bleys y répond en conseillant la marche en groupe ou au moins à deux, chacun trouvant un équilibre, devançant ou suivant l'autre, le retrouvant quelques jours plus tard. Il n'aborde pas ce sujet mais je me suis fait la remarque les les medias nous invitent à percevoir le monde qui nous antoure comme agressif ou incertain, alors que la marche entreprise par l'auteur nous rappelle qu'il existe tout de même une autre voie, une contemplation, une solidarité hors nos murs. L'on découvre aussi que les routes ne sont pas toujours pensées pour les marcheurs et que le règne de l'automobile est prégnant. S'éloigner des grands axes devient alors vital mais la nécessité pousse à y retourner.J'ai apprécié ici les remarques et observations sur le numérique, les possibilités de la géolocalisation et la nouvelle vision du voyage que cela propose.

Une belle preuve donc, qu'il est possible de se dépasser, se surpasser, sans peut-être mener un projet aussi ambitieux. "Conquérants de l'inutile" disait Lionel Terray, paroles que reprend à son compte Olivier Bleys. Un témoignage qui prouve que l'on peut tous larguer les amarres et qui met la marche à la portée de tous.

Le hasard fait parfois bien les choses, puisque je me lance dans la préparation d'un chapitre sur les voyages avec mes élèves pour la rentrée, avec pour fil conducteur cette question : pourquoi voyager ? Ce livre est une merveilleuse ouverture dont je lirais bien quelques passages à mes classes avec l'accord de l'auteur, pourquoi ne pas suivre également le périple d'Olivier Bleys via son blog comme nous avons aussi prévu de le faire avec l'expédition de la goelette TARA. Le projet s'affine et avec lui l'envie de partir sur les routes. Oh rien de bien ambitieux mais pourquoi pas ?

Et si on partait ?

 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette belle découverte.

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 06:23
Agatha Raisin enquête, tome 2: remède de cheval, M.C Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 2 :remède de cheval, M.C Beaton, éditions Albin Michel, 2016, 266 pages

Genre : policier so british !

Thèmes : séduction, meurtre, chats, enquête, duo

 

L'auteur en quelques mots

Retrouvez la biographie de M C Beaton sur le billet du premier tome : Quiche fatale

Merci aux éditions Albin Michel pour cette belle découverte.

L'histoire :

 

"Quand le chat n'est pas là, le véto trinque .."

Agatha Raisin débarque à l'aéroport d'Heathrow après deux semaines de vacances au Bahamas. Pourtant, sa mine renfrognée montre qu'elle n'est pas totalement satisfaite. Et pour cause ! Aucune trace de son charmant voisin, James Lacey, sur les plages, alors qu'il avait prétendu y aller. C'est que James, charmant colonel à la retraite, pressentant qu'il serait poursuivi ou harcelé par Agatha, a décidé de se rendre au Caire. La déception est grande mais Agatha est fermement décidée à le snober, lui prouvant ainsi, même s'il n'en est rien, qu'il ne l'interesse pas.

D'ailleurs, un nouveau vétérinaire vient de s'installer à Carsely. On le dit élégant et aimable. il n'en faut pas plus à Agatha pour se rendre chez lui, sous un faux prétexte et découvrir que toutes les dames du village ont eu la même idée. Les manières de Mr Bladen, interpellent pourtant ,car il semble ne pas aimer les animaux de compagnie auxquels il préfère les chevaux. Elle accepte pourtant son invitation à diner et l'écoute parler de sa nouvelle clinique, pour laquelle il collecte des fonds. Charmée, Agatha ne cède cependant pas aux avances de Mr Bladen et le quitte précipitamment.

Le lendemain, le corps du vétérinaire est retrouvé dans les écuries de lord Pendlebury. Visiblement le vétérinaire se serait injecté par mégarde un remède destiné au cheval. Agatha, qui n'en croit rien, est bien décidée à résoudre l'énigme. James Lacey , qui s'avoue convaincu , l'accompagnera dans sa quête de la vérité. Mais auparavant, Agatha, jalouse, devra se débarrasser de l'emcombrante miss Huntingdon qui courtise James Lacey.

 

En vrac et au fil des pages ...

 

 

Agatha Raisin enquête, tome 2: remède de cheval, M.C Beaton

Ce tome est bien plus drôle que le premier et le décalage entre l'attitude désinvolte, parfois masculine d'Agatha, et ses rêves d'amour, amène à des situations cocasses.

Cet opus nous permet de gratter le vernis qui recouvre les petites vies tranquilles des habitants de Carsely et des environs." quels horribles drames passionnels se cachent derrière les façades de toutes ces maisons aux noms rassurants comme Mon Repos et Shangri-la !Quels terrains propices au meurtre !" s'exclame James Lacey.

On découvre aussi davantage Agatha, téméraire, déterminée mais aussi sensible. Elle aussi cache, sous l'apparence d'une quinquagénaire proprette, une enfance traumatisante. Cette enquête la ramènera à des souvenirs douloureux qu'elle souhaite oublier. "A l'approche du manoir, elle sentit se recroqueviller son âme de prolétaire.Cette réaction fut encore aggravée par l'odeur de haricots blancs en conserve en provenance de la cuisine qui réveilla dans sa mémoire des souvenirs très nets de Birmingham: hurlements de bébés, grosses femmes belliqueuses et la peite Agatha qui caressait le rêve de pouvoir un jour s'installer dans les Cotswolds". Lorsque ses chats disparaissent, elle se retrouve dans la situation de ces femmes qu'elle critiquait, perdues sans leur animal de compagnie. On la découvre alors vulnérable, mais son caractère fort reprend aussitôt le dessus et l'enquête est rondement menée, quitte à mettre une nouvelle fois sa vie en danger.

A l'issue de cet épisode, les relations avec James Lacey se révèlent plus cordiales et leur complicité est évidente. On a hâte de lire la suite, malheureusement pas encore traduite.

Une pépite !

 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette belle découverte.

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 02:21
Agatha Raisin enquête, tome 01 : La Quiche fatale

Agatha Raisin enquête, tome 1 : la quiche fatale, éditions Albin Michel, 2016, 324 pages

Genre : policier so british !

Thèmes : meurtre, ragots, enquête, Angleterre

Traductrice : Esther Ménévis

 

L'auteur en quelques mots ...

Née en 1936 à Glasgow, Marion Chesney alias M.C. Beaton a été libraire et journaliste avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne avec ses deux séries de romans policiers : Hamish MacBeth et surtout Agatha Raisin (plus de 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde). Records d’audience pendant les fêtes de Noël 2014, l’adaptation par Sky One d’Agatha Raisin enquête – La quiche fatale (premier volume de la série) a été achetée par France 3

Envie de prendre un thé avec M C Beaton ? C'est par ici ! 

L'histoire :

 

Directrice d'une agence de relations publiques, Agatha Raisin a fait fortune grâce à sa pugnacité et son dynamisme. Pourtant, à 53 ans, elle décide de prendre une retraite anticipée et de changer de vie en retournant dans un petit village des Costwolds  qu'elle a connu lorsqu'elle était enfant.

Rapidement, Agatha s'ennuie. Il faut dire que la vie au cottage lui semble assez monotone à côté des journées trépidantes qu'elle connaissait à Londres. L'idée lui vient alors de participer au concours de tartes du village et de parvenir ainsi à lier connaissance avec les habitants de Carsely. Problème : Agatha ne sait absolument pas cuisiner. Qu'à cela ne tienne, son traiteur favori lui permettra de remporter ce concours; une petite tricherie n'a jamais fait de mal à personne.

Pourtant, lorsque Mr Cummings-Browne, arbitre de la compétition, est retrouvé mort, empoisonné, à son domicile le lendemain matin, les soupçons se tournent immédiatement vers Agatha. Comment se disculper sans avouer sa tricherie ? Que pensera-t-on d'elle lorsqu'on découvrira qu'elle n'a pas cuisiné elle-même cette quiche ? Oui, Agatha sait aussi être bassement matérialiste et égoiste et se soucie peu du sort de Cummings-Browne qu'elle jugeait imbuvable.

Qu'importe ! Experte dans l'art du chantage affectif, Agatha compte bien résoudre elle-même l'affaire, quitte à risquer sa vie ...

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte. J'espère que la suite de la série ( qui comprend de nombreux tomes) sera traduite prochainement !

En vrac et au fil des pages ...

 

C'est une héroine so british que nous découvrons là, une miss Marple des temps modernes, au caractère bien trempée, peu féminine , qui boit et fume et n'hésite pas à flirter dès que l'occasion se présente. Femme de poigne, elle ne s'en laisse pas compter et fourre son nez partout, surtout dans les affaires des autres.

Rapidement, les habitants de Carsely découvrent en elle une femme déterminée qui n'hésite pas à tricher ou jouer pour parvenir à ses fins. Amis et ennemis gravitent donc autour d'elle, pour le meilleur ou pour le pire.

Le lecteur appréciera le petit côté décalé d'une femme d'affaires qui tient à certaines valeurs tout de même, rêve de se faire accepter dans le petit village très kitch de Carsely alors même qu'elle critique les femmes de la Société des dames de Carsely, leurs concours de tartes ou de confitures, prétend qu'elle retournera à Londres, mais revient toujours vers ce village qui va la changer durablement.

Les personnages sont à la fois stéréotypés ( la ménagère anglaise qui brode au Club des Dames, les dames bien sous tous rapports qui cachent bien leur jeu, les hommes très chic qui semblent être attachés aux apparences alors qu'ils trompent allègrement leur femme ...) et originaux : ici le flic est un jeune homme de 23 ans qui se prend d'affection pour Agatha.

C'est aussi l'histoire de l'évolution d'une femme carriériste qui découvre qu'il existe une autre vie, plus simple, moins superficielle. On aimera son caractère de cochon, sa naiveté aussi parfois, exentrique comme on aime.

L'auteur égratigne au passage une certaine société bien pensante qui cache son jeu sous des dehors avenants et bien sous tous rapports. Ce décalage crée d'ailleurs l'humour.

Bien entendu on boit du thé et on déguste des scones, on est alléché ( ou pas) par la tourte aux rognons du Red Lion !

Une série à découvrir absolument.

 

J'ai lu ce premier tome dans le cadre du mois anglais

 

Agatha Raisin enquête, tome 01 : La Quiche fatale
Agatha Raisin enquête, tome 01 : La Quiche fatale

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:33
Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel, 2016, 282 pages

Genre : thriller psychologique

Thèmes : enfance, deuil, meurtre, adolescence, tempête

 

L'auteur en quelques mots ...

Une belle chronique de Macha Séry pour présenter l'auteur : ICI

 

Pierre Lemaitre a passé sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés.

Psychologue de formation, il a fait une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d'enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires. Il se consacre ensuite à l'écriture, en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume depuis 2006. Ses romans sont traduits ou en cours de traduction en trente langues.

Pierre Lemaitre considère lui-même son travail comme un permanent « exercice d'admiration de la littérature ». Ainsi, dès son premier roman Travail soigné, il rend hommage à ses maîtres en faisant, de l’œuvre de ces écrivains, des protagonistes de son intrigue : Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau, James Ellroy, William McIlvanney, etc.

Son deuxième roman publié en 2009, Robe de marié, exercice explicite d'admiration de l'art hitchcockien, raconte l'histoire de Sophie, une trentenaire démente, qui devient une criminelle en série sans jamais se souvenir de ses meurtres.

Lemaitre aborde ensuite le thriller social avec Cadres noirs, en 2010, qui met en scène un cadre au chômage qui accepte de participer à un jeu de rôle en forme de prise d'otages. Le livre est inspiré d'un fait divers réel survenu en 2005 à France Télévisions Publicité5 dirigée à l'époque par Philippe Santini, et pour lequel cette entreprise a été condamnée par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 7 avril 2016.

Alex, quatrième roman, joue sur l'identification, moteur du thriller : l'héroïne y est tour à tour victime et meurtrière jusqu'à la conclusion qui retourne une nouvelle fois la compréhension que le lecteur peut avoir du personnage. Là encore, on trouve, d'Aragon à Proust en passant par Roland Barthes, John Harvey ou Boris Pasternak, quelques citations ou influences que l'auteur signale explicitement.

Les Grands Moyens, feuilleton numérique, est une enquête de Camille Verhœven, en marge de la trilogie commencée avec Travail soigné, poursuivie avec Alex et achevée avec Sacrifices (2012) qui voit la conclusion de la destinée du héros. Confirmant dans une interview son attachement à Alexandre Dumas, Pierre Lemaitre a ajouté un quatrième volet à sa « Trilogie Verhœven » (à l'image des Trois Mousquetaires qui, en fait, étaient quatre) : Rosy & John est la novélisation de son feuilleton numérique Les Grands Moyens.

Il est internationalement reconnu dans le domaine du roman policier : Stephen King lui-même le considère comme « a really excellent suspense novelist ».

En août 2013, Au revoir là-haut, marque, dans son œuvre, un important changement puisqu'il signe, cette fois, un roman picaresque (et non historique). Délaissant le genre policier, Lemaitre reste néanmoins fidèle à l'esprit de ses premiers romans puisqu'il cite plusieurs auteurs (d'Émile Ajar à Stephen Crane et de Victor Hugo à La Rochefoucauld) qu'il salue dans ses remerciements avec, notamment, un hommage appuyé à Louis Guilloux et Carson McCullers. En novembre 2013, le roman reçoit le prix Goncourt. Il est classé en tête par l'Express dans sa liste des best-sellers de l'année 2013.

En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec Trois jours et une vie qui raconte la destinée d'un jeune assassin de 12 ans.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte

L'histoire

 

"A la fin de décembre 1999 une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt (...) Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse."

Antoine a alors 12 ans et aime par dessus tout s'isoler au coeur de la forêt pour y construire des cabanes. Ses amis, Théo le fils du Maire, Kévin et la belle Emilie, préfèrent, eux, jouer à la playstation et restent enfermés des heures durant.

Bien sûr, Antoine a bien essayé de se lier aux autres, mais sa mère pense que les jeux vidéo abrutissent le cerveau. "Six ans plus tôt, le père d'Antoine avait profité d'un changement de situation pour effectuer un changement de femme", c'est donc sur elle que repose l'autorité.

Pour autant Antoine n'est pas seul, Ulysse, le chien des Desmedt et leur fils Rémi, âgé de six ans, le rejoignent régulièrement et apprécient la cabane construite.

Mais le jour où un accident fauche Ulysse sur la route, la vie d'Antoine bascule. Le chauffard ne s'arrête pas et M Desmedt, dans un geste vif, abat le chien souffrant, sous les yeux médusés des enfants. Un geste fou que l'adolescent ne peut comprendre, qu'il n'a pas eu le temps de préparer, d'accepter. La rage s'empare alors d'Antoine, pour qui cela ne peut être que l'oeuvre d'un monstre. "Pourquoi il a fait ça ton père !" hurle-t-il au petit Rémi.

L'enfant le regarde ,les yeux écarquillés, mais il est déjà trop tard. Antoine n'est plus lui-même lorsqu'il attrape le bâton à deux mains et frappe.

Deux jours plus tard, une terrible tempête s'abat sur la région, laissant la ville de Beauval dévastée. Nous sommes ne 1999 et les dommages individuels prennent le pas sur le désespoir d'une famille qui ne sait où est passé son petit garçon ...

 

En vrac et au fil des pages ...

Quelle histoire ! Dès le départ, l'auteur nous plonge au coeur d'un drame dont on sait qu'on ne se relèvera pas. Il touche des enfants, ce qui le rend à la fois cruel, déplacé et poignant.

Pourtant l'écriture de Pierre Lemaitre, dès la première page, tourne en dérision ce qui nous est montré : une ville où chacun vit au contact des autres, sait tout et rien sur les voisins, où les rumeurs s'enflamment à la vitesse d'une trainée de poudre. Dans ce contexte, le regard d'un adolescent de 12 ans ne peut être celui d'un adulte et sa vie se résume à ce qu'il vit, ressent, avec force.

Pourtant ,lorsque le petit Rémi est assassiné par son camarade, on ne peut s'empêcher d'avoir un noeud à l'estomac : Antoine masquera-t-il ce meurtre toute sa vie ? Ne découvrira-t-on pas ce qui s'est passé ? Ne rendra-t-on pas le corps à,sa famille ? 

On s'attache ici à la vision d'Antoine et la douleur de la famille Desmedt est une toile de fond au travail psychologique qui gagne du terrain, d'heure en heure, pousse Antoine à la fuite, puis le contraint à rester ... jusqu'à cette tempête qui apparait comme le signe que son secret sera bien gardé.

L'écriture est forte car on vit réellement le dilemne d'Antoine, son mal être, son questionnement. Le lecteur ne peut le laisser impuni, et pourtant on souffre avec lui.

La seconde partie du roman nous entraine des années plus tard, pour retrouver un Antoine adulte, devenu médecin, mais dont la vie est un tourbillon : pas d'attachement, un éloignement volontaire de ses racines. On sait que tout va ressortir à un moment donné mais on ne s'attend pas à cette fin. Revenir sur les lieux du crime le renvoie à son passé, son secret, ses amours aussi lorsque la belle Emilie refait surface et le place face à ses contradictions.

En fin de compte, le salut ne viendra pas et l'on pense irrémédiablement à une vie gâchée, tourmentée.

J'ai lu des critiques négatives sur ce récit, notamment concernant la seconde partie du roman. C'est, de mon point de vue, le décalage entre les deux parties ( la première, vive, troublée de l'adolescence, du mal être et la seconde plus détachée) qui fait que le lecteur se sent lâché alors que l'auteur l'accompagnait dès le début par une écriture incisive, teintée d'humour. Pourtant la fin du récit signale une maturité enfin acquise, Antoine est contraint à faire un choix, à assumer, c'est aussi une forme de rédemption même si on peut le trouver d'une grande lâcheté dans ses actes.

Pour moi il s'agit d'un récit psychologique et non d'un roman policier. Je l'ai trouvé assez bon, bien mené et j'ai apprécié que le détachement coloré d'humour ne perdure pas dans tout le récit car cela n'aurait pas été crédible en regard de l'adulte qu'est devenu le personnage.

A découvrir et cela m'a donné envie de lire Au revoir là-haut dont on vante l'écriture.

 

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