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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 18:47
Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall

Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall, éditions France Loisirs, 2002, 443 pages

Genre : roman

Thèmes : enfance, accident, famille, tolérance, différence, racisme

Traduit de l'américain par Michel Lederer

 

L'auteur en quelques mots ...

Né en 1971, Brady Udall grandit dans la petite ville américaine de Saint Johns, en Arizona, au sein d’une famille nombreuse de mormons.

Il se consacre très jeune à l’écriture, remportant, à douze ans, un concours de poésie. Diplômé de l’université Brigham Young, il enseigne l’anglais au Brésil, puis en Corée, avant de rentrer aux États-Unis où il suit les cours de créativité littéraire du prestigieux Iowa Writer's Workshop de l’université de l’Iowa.

Quelques-unes de ses nouvelles sont publiées dans des magazines spécialisés américains. En 1998, son premier recueil d’histoires courtes, Lâchons les chiens, est salué comme une révélation par des critiques enthousiastes. Le Franklin and Marshall College (Pennsylvanie) lui propose alors un poste d’enseignant en littérature, qu’il accepte. Son premier roman, Le Destin miraculeux d’Edgar Mint, paraît en 2001 et le propulse au rang des meilleurs jeunes auteurs américains de sa génération. Son œuvre est comparée à celle de Dickens ou de John Irving, son style à celui de Raymond Carver.

Prenant leur source dans les contrées les plus reculées du Middle West, ses histoires vibrent sur une corde raide, constamment tendue entre l’humour et les drames les plus sombres.

L’écrivain William Kittredge dit de lui : « Une nouvelle génération d’écrivains commence à émerger et Brady Udall compte parmi les meilleurs d’entre eux. Un mec sensationnel, comme il dirait. » (source wikipedia)

L'histoire :

Pour ses sept ans, Edgar Mint a été écrasé par un facteur. Ou plutôt le facteur a roulé sur sa tête avec sa Jeep. C'est l'histoire qui fut racontée à Edgar alors que, miraculé, il reste en convalescence à Sainte Divine. Edgar a tout oublié, ne parvient pas à écrire et doit réapprendre à vivre, seul.

« "Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant où, un matin d'été, la roue arrière gauche de la jeep de la poste a écrasé ma tête d'enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos." Edgar Mint pourrait être aux années 2000 ce que Garp fut aux années 80. Après Lâchons les chiens, Brady Udall s'impose avec ce roman inclassable et génial, comme une des grandes révélations de la littérature américaine.»

Sa mère, indienne, alcoolique, l'a abandonné. Le cow boy blanc qui l'a séduite s'en est allé, la laissant seule, enceinte, sans ressource.Sa grand-mère le croit mort.

A Sainte Divine il a pourtant des amis, tous estropiés comme lui : Art, qui le prend sous son aile, Jeffrey et ce chirurgien, Barry, qui l'a sauvé en le ranimant alors que tous le croyaient mort.Mais la vie qui l'attend au pensionnat est tout autre : brimades, violences, sévices,les enfants sont intraitables entre eux , particulièrement envers les métis comme Edgar.Par quel miracle Edgar Mint , l'enfant-coma,parvient-il à survivre à tout ? La foi peut-être. Une amitié inprobable certainement. Là-bas tu t'adaptes ou tu meurs.Edgar s'adaptera.

Riche d'une patience hors norme et d'une générosité à toute épreuve, l'adolescent est placé en famille d'accueil, les Madsen, chez qui il réapprendra la douceur, le bonheur simple.Il ne perd pourtant pas de vue son objectif : retrouver le facteur et lui dire qu'il a survécu.

Mais le destin d'Edgar semble bien avoir encore quelques épreuves à lui soumettre...

En vrac et au fil des pages ...

 

Quelle étrange lecture ! Je me rends compte en le résumant qu'il me renvoie à des lectures ou des films que je regardais petite , Sans Famille d'Hector Malo, Les Misérables de Hugo, autant d'histoires qui vous prennent aux tripes parce qu'elles évoquent une enfance solitaire, difficile, parfois violente, tourmentée et qui n'en finit jamais.

Pourtant ici le ton est teinté d'humour, on entend l'adulte derrière le récit d'enfance et on y croit donc : quel adulte deviendra Edgar après une telle enfance ? Balotté de maison de convalescence en famille d'accueil, il ne vit que pour une chose ; retrouver celui qui a fait basculer sa vie et lui dire que tout va bien, qu'il est vivant.

Je dois dire que l'épisode concernant sa vie à Sherman m'a bousculée. Une telle violence fait référence à tout ce que l'on a déjà lu sur les pensionnats "à l'ancienne", la violence, la solitude, la débrouille pour survivre, montrer que l'on peut prendre le dessus face à un groupe de caids.Certains passages sont proprement révoltants et vous "secouent la pulpe" comme on dit !

Le style est fluide, on se laisse emporter par l'histoire, au-delà des interrogations qu'elle suppose. L'écriture est travaillée, qui nous livre une phrase à la troisième personne et les suivantes à la première, comme si le narrateur souffrait d'un dédoublement de personnalité ou que sa vie était hachée, morcelée comme sa mémoire, son corps. C'est troublant mais bien vu.

Parcours initiatique, c'est aussi une leçon de vie, de tolérance et de respect. On y parle de racisme, du regard envers les indiens, les métis, de l'intolérance dont on peut faire preuve envers une communauté qui nous est étrangère. Finalement, Edgar est observé avec curiosité, que ce soit pour ses origines ou son handicap.

La fin nous dévoile la véritable histoire, celle qu'Edgar a oubliée, celle où il était aimé comme tout enfant le mérite ...

Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 08:23
La Maison de Salt Hay Road, Carin Clevidence

La Maison de Salt Hay Road, Carin Clevidence, éditions 10/18, 2015, 336 pages

Genre : fresque familiale

Thèmes : famille, mariages, fratrie, patriarche, générations, ornithologie, drame

 

L'auteur en quelques mots ...

Carin Clevidence est née en 1967. Elle a grandi sur l’île de Long Island, « entourée d’eau et d’oiseaux », et vit désormais à Northampton, avec son mari et ses deux enfants. Après un diplôme en écriture créative à l’université du Michigan, elle écrit une série de nouvelles pour diverses revues aux États-Unis, telles que The Michigan Quarterly Review, The Indian Review, ou encore Story. La Maison de Salt Hay Road est son premier roman.

L'histoire :

 

Pasionné d'ornithologie, le jeune Clayton fait régulièrement l'école buissonnière, au grand damn de sa soeur Nancy, pour observer les oiseaux dans les marais. Ce matin là, lorsque l'explosion de l'usine de feux d'artifice retentit, il était pourtant en classe, rêvant aux oiseaux qu'il connaissait bien. De l'autre côté de la ville, son grand-père Scudder se réveilla en sursaut, pensant à une attaque allemande; Mavis, sa tante, "se prépara à rencontrer son créateur" et sa soeur fit une embardée à cheval. Toute le monde fut rapidement au courant de la catastrophe, des marins du port, aux habitants des villes environnantes.

Ce jour-là Nancy rencontra Robert Langdraff, adjoint du Muséum d'Histoire naturelle de Boston venu en repérage, et le présenta à sa famille, bien qu'elle ait honte de sa tante Mavis. Quelques années plus tôt Roy et Mavis avaient recueillis Clayton et Nancy dont la mère, Hélène, leur soeur, était décédée d'un cancer. Alors que le jeune garçon appréciait sa vie à Salt Hay Road, Nancy ne rêvait que de partir et montrait son hostilité envers sa tante.

La famille, ainsi recomposée, évoluait autour du patriarche, Scudder, ancien sauveteur en mer, au caractère bien trempé, qui observait tout d'un oeil attentif , à la fois revêche et bienveillant. Nancy était sa préférée. Il reconnaissait en elle cette fougue qui l'avait longtemps animé lui-même. Attaché à sa maison de Salt Hay Road, il avait vécu bien des histoires et se plaisait à raconter à son petit fils comment il avait vu flotter sa maison "l'eau qui éclaboussait les murs blancs et l'encadrement de la porte, tandis qu'un rideau jaune se balançait derrière une des fenêtres. Ça fichait un peu la frousse, avait-il raconté à son petit fils ; pas la maison elle-même, mais sa progression laborieuse quoique déterminée à travers les vagues."

La rencontre de Nancy avec Robert allait changer bien des choses, l'amener à Boston où sa nouvelle vie l'éloignerait de sa famille. A Salt Hay Road, les événements se succédèrent, chacun dut faire face à ses sentiments : Roy tomba amoureux pour la seconde fois et se remémora le drame qui avait failli lui coûter la vie, Mavis qui redoutait que son mari violent ne la retrouve, vivait dans la crainte depuis l'explosion et assimilait le gros nuage noir à un présage, Scudder ne se remit jamais vraiment du départ de Nancy et Clayton comprit le lien qui l'unissait à sa soeur seulement après son départ.

Lorsque l'ouragan les surprit à l'automne 1938, ils étaient en train d'apprendre à se connaitre...

En vrac et au fil des pages ...

Ce récit est l'histoire d'une famille, d'un drame et d'une maison qui apparait à elle-seule comme un personnage, lien entre tous les membres d'une famille fragile. Personne ne parvient à exprimer réellement ses sentiments et aucun ne peut dire qu'il connait vraiment l'autre. C'est que l'on ne se confie pas.

Nancy et Clayton font figure d'exception et ont nourri un lien fort au décès de leur mère. Pourtant, le départ de Nancy va rompre cette fusion et provoquer un raz de marée plus important que l'explosion de l'usine.

Il faut parfois s'éloigner pour comprendre, c'est ce qui va arriver à cette famille dont le patriarche a toujours plus ou moins guidé le parcours. Roy est le fils que Scudder n'a jamais vraiment compris, détestant le milieu de la mère que son père vénère. Mavis porte en elle une blessure liée à son mariage, ne laisse pas de place à un autre amour et vit dans la crainte que son mari la retrouve. Elle est aussi un ciment fort pour sa famille, les nourrissant au sens propre, créant ainsi un lien que Nancy appréciera de retrouver lorsque son univers s'écroulera.

Chacun comprend peu à peu ce qui les unit et le besoin qu'ils ont les uns des autres alors qu'ils pensaient s'affranchir de ce lien.

L'auteur nous fait découvrir un espace à la fois féérique avec ces marais ,ces espéces variées, et rude, avec ses ouragans, ses tempêtes qui n'épargnent personne. La guerre apparait en fond, comme une musique sourde qui génère de la crainte dans un pays qui ne sait comment sera perçu son engagement. Elle n'est pas traitée ici, comme si le lecteur était placé dans la position des personnages, sachant ce qui se passe en dehors du pays sans que cela n'affecte directement leur vie, mais redoutant tout de même une contre offensive allemande.

Comme souvent dans les récits américains, l'espace est un élément fort et essentiel qui crée une ambiance particulière, lente, un drame en attente.

L'écriture, aseez contemplative, s'attache à ce qui fait la beauté de ces paysages, aux sentiments qui animent les personnages, avec douceur, et nous guide vers le drame.

Encore un très bon récit que je vous invite à découvrir.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:59
Mississippi, Hillary Jordan

Mississippi, Hillary Jordan, éditions 10/18, 2014, 364 pages

Genre : récit contemporain, fresque familiale

Thèmes : mariage, amour, racisme, ségrégation, plantation, développement

 

L'auteur en quelques mots ...

Hillary Jordan a grandi à Dallas, au Texas et Muskogee, Oklahoma. Elle a obtenu un BA en anglais et en sciences politiques au Wellesley College et a passé quinze ans à travailler comme rédacteur publicitaire avant de commencer à écrire de la fiction. Elle a obtenu son MFA en création littéraire de l'Université Columbia.
Mudbound, publié par Algonquin Books en Mars 2008, est son premier roman. Il a remporté en 2006 Bellwether Prix de la Fiction , décerné tous les deux ans à un premier roman inédit qui traite des questions de justice sociale.Publiée en France sous le titre 'Mississippi' en 2010 aux éditions Belfond, cette fresque familiale fait revivre le Vieux Sud des années 1950 et vaut à son auteur plusieurs prix aux Etats-Unis

 

L'Histoire :

 

Laura est ce que l'on appelle une vieille fille. Désespérant de se marier un jour, elle a fini par faire une croix sur ce projet et poursuit son investissement dans la paroisse de sa ville, entourée d'une famille aimante.

Pourtant lorsqu'Henry se présente, elle envisage de le suivre. Ce dernier est un homme posé, peu romantique, mais qui a la tête sur les épaules, ce qui suffit à Laura. La demande en mariage ne sera pas celle qu'elle espérait, mais la voici casée, au soulagement de sa famille." je ne peux pas dire si j'étais vraiment amoureuse de lui à l'époque, je me sentais tellement redevable envers lui que ce sentiment éclipsait tout le reste .Il me sauvait d'une vie dans les marges, de la pitié, du mépris et cette gentillesse grincheuse qui sont le lot des vieilles filles".

Henry nourrit depuis longtemps le rêve de devenir fermier et l'entraine, bien malgré elle, dans une vie de privations, de dur labeur, dans une plantation de coton du Mississippi.

Pourtant ce sont d'autres émotions que Laura s'apprête à vivre, sur une terre qui ne se donne pas et sur laquelle oeuvre un personnel de couleur souvent maltraité. Même si Henry se montre bienveillant, son père Pappy , qui vivra désormais avec eux, n'entend pas qu'un "nègre" ouvre sa bouche, réclame des droits similaires aux blancs ou fréquente les mêmes lieux.

La famille d'Henry est partagée à ce sujet, et le jeune frère, Jamie, rentré de la guerre, cotoie le fils de Hap, planteur noir employé par Henry. Rapidement les ennuis les guettent alors que les deux jeunes hommes se comprennent par leur vécu des atrocités du conflit qui les a laissés meurtris. Incompris, seuls, ils vont devoir affronter les regards et le mépris des habitants du Mississippi.

Alors que Laura commence à s'habituer à cette vie, la tragédie couve...

En vrac et au fil des pages ...

 

Le début du récit est surprenant et c'est par un flash back que l'auteur nous explique ce qui mène à la tragédie finale.

Les chapitres alternent le point de vue des personnages et permettent de mieux les saisir, les comprendre. Chacun suscite une émotion différente chez le lecteur, de la douce Laura, à l'atroce Pappy, du flegme d'Henry à l'enthousiasme de Jamie.

Chacun porte en lui des valeurs qu'il va devoir confronter à celles des autres, c'est le point le plus intéressant du récit. Le Mississippi se révèle une terre dure, intolérante, sur laquelle les noirs ne sont que des employés traités comme des bêtes. Ici les passions sont exacerbées et le moindre faux pas peut mettre le feu aux poudres.

On retrouve donc en thème central la ségrégation, mais aussi le poids de la guerre. J'avoue avoir découvert que les américains avaient engagé des personnes de couleur dans des bataillons spécifiques pour les envoyer au front. C'est le cas de Ronsel, fils de métayers, qui a su gagner ses galons pendant la guerre et a servi comme sergent. Ce rôle lui a donné des envies de liberté, une conscience de ses capacités qu'il ne parviendra pas à mettre en oeuvre de retour dans sa famille. Car le Mississippi n'est pas prêt à vivre une telle révolution.

Le Ku Klux Klan veille, Pappy en tête. Ce personnage proprement odieux, cristallise toute la haine qui symbolise cette région des Etats-unis.

Dans ce contexte , l'auteur a travaillé à la crédibilité et, malgré sa bienveillance, Laura n'est pas non plus prête à accepter l'égalité entre blancs et noirs. Elle se montre cependant conciliante et tente d'imposer sa vision des choses. On touche ici un autre point sensible : la place accordée aux femmes dans la société des années 40.

Le récit est souvent dur, réaliste, mais aussi porteur d'une morale que la fin révèle. L'écriture porte le récit. C'est donc un coup de coeur que ce récit.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 08:17
Féroces, Robert Goolrick

Féroces, Robert Goolrick, éditions Pocket, 2012, 252 pages

Genre : autobiographie

Thèmes : enfance, parents, rejet, suicide

Traduit par Marie de Prémonville

 

L'auteur en quelques mots ...

 

 

Robert Goolrick vit à New York. Il est l'auteur de "The End of the World as We Know It", un récit acclamé par la critique américaine. 

"Une femme simple et honnête" son premier roman, N°1 sur la liste du New York Times, fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique confiée au réalisateur David Yates. 
"Féroces" a reçu en France un accueil prodigieux de la part des critiques, des libraires et des lecteurs. 
Robert Goolrick reçoit le Prix Virgin Megastore 2012 et le Grand prix des lectrices de Elle 2013 pour "Arrive un vagabond". "La Chute des princes" reçoit le Prix Fitzgerald 2015. 

Sa vie, son adolescence dans une famille respectable mais qui, une fois la porte fermée, cachait bien des secrets et a détruit à petit feu sa vie d'enfant, est la métière de plusieurs de ses romans (Féroces, La cute des Princes). Il y décrit les années de descente aux enfers et le regard de sa famille.

 

 

L'histoire :

 

Evoquant sa famille, Robert Goolrick parle de son admiration pour sa mère, sa beauté, son élégance, et de l'indifférence de son père. Connus pour leurs soirées arrosées, l'image idéale sur papier glacé qu'ils donnaient en façade, les Goolrick cachaient pourtant bien des blessures, comme en attestent les disputes sans fin, les parents qui sombrent dans l'alcool pour ne pas penser, les enfants qui observent cela et deviendront des adultes blessés.

Dans ce contexte, sous le regard d'un enfant, l'élégance revêt les atours d'une dame sophistiquée, de cocktails aux noms plus exotiques les uns que les autres,  des Gimlet, des Manhattan, des Gibson,  des Singapore Ming,d'amis qui viennent chaque semaine pour de longues soirées où l'on rit en ne pensant pas à l'avenir. L'insouciance. Les enfants, brillants, parachèvent le tableau.

Pourtant, les fissures ne tardent pas à se faire jour. Une règle absolue permet à la famille de ne pas montrer l'envers du décor : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison. Règle que va enfreindre Robert en écrivant un récit de vie et en dévoilant une facette de la vie de ses parents que personne n'aurait dû connaitre. Dès lors, c'est une haine féroce qui va animer les Goolrick et faire sombrer Robert dans l'alcool, la drogue, les tendance suicidaires...

 

En vrac et au fil des pages ...

 

C'est pourtant avec une certaine douceur que l'auteur évoque des années pénibles, marquées par l'absence de tendresse, une joie feinte pour donner le change. On sent bien que derrière cela doit se cacher un drame mais l'on ne comprend vraiment qu'à la fin du récit.

Revenant tantôt sur ses années d'enfance, tantôt sur son entrée dans le monde adulte, Robert Goolrick ne cache rien de ce que fut la vie de sa famille. On sent une admiration pour sa mère, son physique élégant, sa beauté et l'on est d'autant plus peiné par l'attitude de cette dernière qui considère son fils comme un traitre parce qu'il a osé parler d'eux dans ses écrits.

On comprend le poids, le fardeau et les années de chute libre qui ont suivi pour se trouver, se perdre, avancer.

Le récit est donc un mélange de belles images et d'une réalité cruelle qui explique aussi le caractère sombre des écrits de l'auteur. Cette part d'ombre est en lui et, encore en écrivant ce livre, il ne parvient pas à joindre toutes les pièces du puzzle. Pour l'enfant, tout a basculé avec l'épisode de la robe : une belle robe verte et bleue que sa mère avait endossée avant de partir à une soirée et dans laquelle les enfants l'avaient admirée, regardée tounoyer; une robe qui était revenue précipitamment, abîmée par un trou infligé par la cendre d'une cigarette et qui marquait la dispute, l'instant d'inattention parce que happé par autre chose, la faille dans la vie de cette mère si parfaite.

"On a tendance à vouloir aimer sa famille. En fait, on a même tendance à le faire.Même si l'on choisit de couper les liens avec tout ce qui avait été pour nous "chez nous", pour redéfinir l'espace dans lequel on vit, les émotions qui nous paraissent le plus naturelles, notre manière d'aimer, on reste hanté par un sentiment persistant de deuil et d'admiration à l'égard des êtres que l'on a connus en premier et le mieux. Même si on ne leur adresse plus jamais la parole, ils demeurent nos premiers et nos plus purs amours. Il y a, pour chacun de nous, une époque où ils signifiaient tout.
Parfois, cette époque dure toute notre vie. Elle est aussi éternelle que notre souffle. Elle ne s'altère ni ne meurt.
Parfois, elle prend fin à un âge très précoce. On n'y peut rien. Il arrive des choses."

Les remarques de l'enfant se mêlent à l'analyse de l'adulte. La destruction lente que s'inflige l'auteur ne prend fin qu'avec l'acceptation. Malgré tout, il ne parvient pas à en vouloir à ses bourreaux et poursuit pour eux ses attentions, ses égards. C'est ce décalage, que l'on ne comprend, qu'à la fin, qui rend ce témoignage poignant et cinglant.

Une lecture forte que je vous recommande.

Féroces, Robert Goolrick

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 13:34
Littérature jeunesse pour le mois américain

Pour le mois américain de Titine, je débute avec un billet consacré à la littérature jeunesse qui évoque l'Amérique ou écrite par des auteurs américains. De belles trouvailles que je vous recommande.

Dans l’Amérique sudiste du début des années 1950, Sam et son petit frère Josh voient leurs parents assassinés par des blancs, parce que, noirs, ils ont osé demander d’exercer leur droit de vote. Les deux enfants sont placés chez leur tante, Rosa Parks, à Montgomery en Alabama. Sam s’imprègne du mouvement de non-violence initié par sa tante et le pasteur Martin Luther King, tandis que Josh préconise la lutte armée pour mettre fin à la ségrégation. Sam entreprend des études de droit pour devenir juge. Avec quelques amis, il met sur pied des « voyages de la liberté » au cours desquels les noirs font valoir leurs droits. Il suit Martin Luther King dans ses luttes à Birmingham, Washington…

1912. Marcello et son père quittent l’Italie pour les Etats-Unis, et l’espoir de faire fortune en plantant des citronniers en Californie. Durant le voyage en paquebot, le père tombe à l’eau. Une fois à New-York, Marcello – devenu Mark pour l’administration - tente de le retrouver, tout comme la jeune Antonia veut se découvrir des parents adoptifs. Marcello est repéré par une réalisatrice de films, et les deux enfants font route vers Hollywood. En devenant star de cinéma, Marcello pense que son père le verra et le rejoindra.

 

En 2020, la frontière des Etats-Unis et du Mexique est matérialisée par un mur. Une chaîne de télévision a l’idée d’un jeu de téléréalité consistant à lancer 200 candidats à l’immigration dans une course-poursuite avec les forces de l’ordre. Les perdants sont tués ou capturés, le gagnant obtient de l’argent et un visa américain. Diego décide d’y participer pour rembourser les dettes de son père auprès de la mafia locale. Avec Pablo, Chico et Guadalupe, il va découvrir Angel Town, une ville souterraine de clandestins. Un secret qui intéresse bien la police…

 

 

Nous sommes en 1893, la jeune Cissy Sissney s' installe avec sa famille à Florence, un territoire du Nord-Ouest de l’Oklahoma ouvert à la colonisation par le gouvernement. Avec les autres pionniers, ils doivent relever le défi de bâtir une ville sur un terrain aride, et lorsque le président des Chemins de fer décide qu’aucun train ne s’arrêtera à Florence, pour punir les habitants d’avoir refusé la vente de leur terrain, c’est le coup de grâce. Le roman raconte la lutte de toute une population unie par un même rêve et par son courage contre les intérêts d’un industriel puissant et corrompu. Ce long récit est rendu vivant par une multitude de personnages au caractère bien trempé, par une intrigue bien menée et par l’humour dont fait preuve Geraldine McCaughrean, qui raconte avec brio la formidable expérience humaine que fut la conquête de l’Ouest.

Nine Eleven est le numéro des urgences aux Etats-Unis. C’est aussi la transcription du jour et du mois où débute le nouveau récit de Jean-Jacques Greif : le 11 septembre. L’auteur a ici choisi de décrire les vingt heures correspondant à cette date, devenue désormais historique, le 11 septembre 2001. Une classe d’adolescents, une mère qui conduit son enfant à l’école, un homme qui doit livrer un projecteur, voici donc ces new-yorkais de tous âges et de toutes origines qui sert de fil conducteur à ce récit documentaire. Tout bascule lorsque deux avions de ligne viennent s’écraser sur les tours du World Trade Center. D’un chapitre à l’autre, l’auteur nous présente deux mondes (réparables par une typographie différente). La vie des différents personnages et leurs réactions face au drame. La survie des employés piégés dans les bâtiments lors de cette tragédie. Un hyperréalisme au cœur de l’actualité.

 

Mary Jolie est un très belle femme qui vit en Louisiane. Belle femme, mais aussi forte tête. Sa mère, lasse de ne pas la voir marier, organise un concours. C'est un gentleman qui remporte la victoire. Il gagne le droit d'emmner sa nouvelle fiancée. Mais sur le chemin, Mary Jolie se rend compte que son futur époux est le diable en personne. Mary est trop indépendante ; elle brisera ses châines et de sa fuite naîtra le fleuve Mississipi. Une belle mise en page pour ce conte populaire cajun.

Merci à la maison d'édition Ricochet chez qui j'ai pioché ces belles découvertes.

 

Je ne résiste pas à en proposer un dernier, certes difficile à lire pour certains ados mais, quelle merveille !

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:19
Le Mois américain chez Titine

Pour sa 4° édition,Titine nous convie au mois américain qui coincide cette année avec le Festival América de Vincennes et la visite de Jonathan Franzen sur le Forum Fnac livres.

Pour moi rien de tout cela mais j'ai ressorti quelques livres de ma Pal. Honte à moi ,certains y étaient depuis ... oulah !

 

Quelques lectures communes sont prévues auxquelles vous êtes libres de participer :

  • 1er septembre : Blogoclub de Sylire consacré à Siri Hustvedt
  • 3 septembre : Peyton Place de Grace Metalious
  • 9 septembre : Laura Kasischke
  • 18 septembre : Joyce Maynard
  • 24 septembre : La vallée des poupées de Jacqueline Susann
  • 26 septembre : Abha Dawesar
  • 27 septembre : F.S. Fitzgerald
  • 30 septembre : la Beat generation

 

Dans ma Pal pour ce mois donc ...

Le Mois américain chez Titine
Le Mois américain chez Titine

A demain pour le premier billet ! 

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