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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 11:02

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Eve et ses décombres, Ananda Devi, editions Gallimard, NRF, 2006, 154 pages

Genre : roman

Thèmes : ile Maurice,quartier défavorisé, adolescence, insularité, violence, poésie

 

 

Eve et ses décombres est un roman à quatre voix. Eve, Sad, Clélio et Savita, dont les destins se croisent, prennent tour à tour la parole pour expliquer leur vie sur l'ile Maurice. Mais alors que l'on s'attend à une description digne d'une carte postale, c'est un lieu en marge , défavorisé qui les accueuille. Troumarron " une sorte d'entonnoir, le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées de tout un pays. Ici on recase les réfugiés des cyclones, ceux qui n'ont pas trouvé à se loger après une tempête tropicale et qui, deux ou cinq ou dix ou vingt ans après, on toujours les orteils à l'eau et  les yeux pâles de pluie". L'envers du décor, dans un roman qui peut

 

paraître dérangeant par les thèmes qu'il aborde mais qu'Ananda Devi connait bien.

 

L'histoire : le roman s'ouvre sur un prélude d'Eve, à la fois cassée et fière. Sad prend la parole , révélant son amour pour Eve qui, elle, ne le voit presque pas. Il la regarde sombrer, se veut une présence rassurante et protectrice. Clélio, lui, s'enfonce dans la violence parce qu'il ne sait comment faire autrement et perd ce qui lui reste de naiveté enfantine. Enfin Savita, la seule qui ait pu entrer dans l'intimité d'Eve et lui apporter son amitié et qui porte sur son amie un regard à la fois admiratif et inquiet :"S'approcher d'Eve, c'est être happé par elle (...) J'ai été clouée sur place par sa tristesse".Tous vivent leur adolescence comme un vide, un fardeau, une perte de contrôle mais prennent en même temps conscience du monde qui les entoure, violent, injuste. Refusant son existence à Troumarron, Eve fait commerce de son corps, "J'ai dis-sept ans et je m'enfous. J'achète mon avenir". La perte des illusions de l'enfance se manifeste dans l'acceptation du don de soi, sans amour, sans compassion, comme si c'était tout ce qu'elle méritait. "Nous sommes des papillons volés.(...) même au plus fort de notre offense. Nous sommes des corps volés". Mais un soir Savita ne rentre pas. Son corps sera retrouvé dans une poubelle.Le roman prend alors des allures d'enquête pour amener le lecteur à comprendre ce qui s'est passé et combien tout conve

 

rge vers Eve et ses décombres.

 

En vrac et au fil des pages :J'ai trouvé ce roman bouleversant. Certes, le sujet qu'il aborde est délicat mais la façon dont il le traite est remarquable. La répartition de la parole, d'un personnage à l'autre, construit peu à peu un tableau sans concession de la vie dans un quartier défavorisé d'une ile paradisiaque. L'insularité permet de former une sorte de huis clos dans lequel se débattent ces quatre adolescents que la vie délaisse. Je pense que ce qui touche également le lecteur est la voix intérieure, comme un refrain, qui parcourt les chapitres et que l'on pourrait lire indépendamment. Une voix qui s'adresse à l'être pour l'interroger, le mener à une réflexion intense.

 

J'ai aimé la poésie qui se dégage de certains passages et fait le pendant d'un monde hostile et parfois écoeurant. Ainsi les paroles de Sad résonnent-elles comme un chant d'amour dédié à Eve : "Miracle de mes jours. Les flamboyants sont en fleur (...) Une explosion presque indécente de couleurs, comme si un volet s'était ouvert et qu'on apercevait à l'intérieur un corps de lumière nue". Sad que la poésie de Rimbaud a éveillé et qui se reconnait dans le poète, "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans". Sad qui sera la présence finale.

 

Quand ce qui devrait être la plus belle période de la vie ressemble à une lente chute ...

 

Ce roman a reçu le Prix des cinq continents de la francophonie 2006. Je vous en recommande la lecture.

 

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 07:50

 

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Plus léger que l'air, Joelle Ecormier, Azalées Editions, 2003, 232 pages

 

Genre : roman

 

Thèmes : ile de la Réunion, deuil, passé/présent, estime de soi, plongée en apnée

 

 

 

L'histoire : Joséphine est une publicitaire brillante qui entretient sa forme en nageant et en plongeant en apnée. Sa vie parisienne défile entre l'attente d'une promotion qui consacrera son talent et une vie amoureuse qui ne la satisfait pas mais qu'elle pense adaptée à sa vie. Aussi le jour où une lettre lui parvient depuis l'ile de la Réunion où elle est née et a grandi, elle ne l'ouvre pas tout de suite, présageant le retour d'un passé qu'elle souhaite occulter. Il lui fait cependant se rendre à l'évidence: elle va devoir y retourner, ne serait-ce que pour vendre la demeure familiale qu'un groupe hôtelier convoite. Ce voyage sera comme une plongée en apnée dans son lourd passé. Les visages attanchants de Madeleine et Léger rythmeront son avancée et les sentiments oubliés ( ou masqués) pour François réapparaitront pour la hanter. Face à son passé Joséphine devra se remettre en question, être à l'écoute, retrouver l'harmonie que l'ile propose.

 

En vrac et au fil des pages : la construction de ce récit m'a beaucoup plu. Les têtes de chapitres ont été rédigées par un apnéiste, Andy le Sauce, recordman du monde qui a beaucoup voyagé pour assouvir sa passion. Ces petits textes , tantôt explicatifs, tantôt poétiques, toujours sensibles, accompagnent le récit du voyage de Joséphine . Il n'est pas rare de voir un lien entre ce qui est dit de la vie d'un plongeur en apnée, de la discipline qu'il s'impose, de la communion avec la nature qu'il vit, et le déroulement des chapitres dans lesquels, comme un plongeur, Joséphine évolue. Car c'est une plongée dans le passé, dans l'enfance perturbée par deux événements majeurs (le décès de son jeune frère puis l'accident de voiture de ses parents) que nous propose ce roman. Ces têtes de chapitres font l'originalité de l'écrit. Le retour de Joséphine est vécu comme une apnée, a la fois terrifiant et attirant où l'on prend l'air suffisant pour apprécier la descente tout en sachant que l'on ne remontera pas indemne. A plusieurs reprises le fond l'attire et elle y aperçoit le fantôme de son frère, hallucination mais aussi ouverture à l'inconscient.http://ile-de-la-reunion.info/photos/im/case-creole.jpg

 

L'écriture, la vie parisienne, la description d'un personnage happé par son travail, sa passion, m'ont fortement rappelé l'univers que décrit Katherine Pancol dans le dernier tome de la trilogie: Les écureil de central parc s'ennuient le lundi. sans doute le prénom de Joséphine n'sest-il pas innocent dans ce rapprochement. Le style fluide et imagé permet une lecture aisée que l'on goûte jusqu'à la dernière page.

 

Je dois dire que retrouver des rues connues de St Denis, les paysages du cirque de Mafate, l'évocation de la flore réunionnaise mais aussi des traditions créoles m'a enchantée. Tout cela est noyé dans le récit d'une réunionnaise et trouve donc sa juste place. Le contraste entre la vie parisienne et réunionnaise n'est pas trop accentué car les seules descriptions suffisent à présenter les avantages de l'une et de l'autre. Cependant la nostalgie devant la grande demeure familiale, le personnage attanchant de Léger dans son pliant, le regard bienveillant de Madeleine penchée sur ses brèdes, tout cela dresse un tableau que l'on a envie de découvrir et qui fait le quotidien de la vie créole ici, sur l'ile de la Réunion. Alors même, et surtout, si vous ne connaissez pas l'ile, lisez -le !

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 06:33

Outre le fait qu'il s'agit d'une lecture réunionnaise, je me suis naturellement sentie attirée par ce livre aux illustrations envoûtantes :e belles aquarelles de Ann Marie Valencia qui accompagnent à merveille les trois récits contenus dans ce recueil.

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Fées et Gestes des fleurs, Claire Karm, illustrations de Ann Marie Valencia, Océans jeunesse, 2006, 158 pages

Public : jeunesse

Thèmes: fées, elfes, jardins, nature, cohabitation humains/êtres surnaturels

 

 

 

 

 

L'histoire : Savez-vous que les jardins réunionnais, les sentiers de la plaine des palmistes, renferment une vie extraordinaire ? De petits êtres y vivent, en harmonie avec la nature qu'ils protègent.

 

La première histoire "Sylvie La Charette" nous entraine dans ce petit monde merveilleux à la manière d'un film deYonebayashi et Miyasaki : Arriety et le petit monde des 100_1987.JPGchapardeurs. On y découvre Pique nique, petit lutin mutin fermement "décidé à se construire une carriole afin de pouvoir faire autre chose de sa vie". Pique nique est un lutin lecteur, passionné par les journaux dont il découpe et classe les articles, ici les sujets botaniques, ici les "mensonges des hommes". Aidé de Système D et ses combines il se fait fort de convaincre la Fée de la tomate afin qu'elle rétrécisse un animal destiné aux humains qui pourrait tirer son véhicule. On aime dans cette histoire le caractère bien trempés des trois personnages et la vie au sein de la flore réunionnaise (goyavier, cryptoméria). Il faudra au moins l'aide d'un lutin ensorcelleur pour animer le véhicule de Pique Nique !

 

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La deuxième histoire "Arum et les fleurs de perles" dévoile avec magie les relations entre humains et fées/Elfes. Les

petites créatures ne sont pas toujours perçues des humains car se cachent . Mais lorsqu'un lutin bleu entreprend de raconter à la narratrice comment Arum, jolie Fée des fleurs et Jean, humain séduisant, se sont mariés, c'est avec tendresse et inquiétude à la fois que nous découvrons que ces deux mondes sont imbriqués. Le lac aujourd'hui asséché était auparavant un lieu riant, refuge de fées et d'elfes, où les arums poussaient à foison. Mais il faut se méfier du petit peuple et du "charme pervers et incontrôlable des créatures magiques" ...

 

La troisième histoire "La fée de l'agapanthe" nous raconte combien les fées peuvent être cruelles entre elles. Saviez-vous qu'il existe des fées carnivores, comme Purpurine qui utilise la naiveté des humains pour dévorer ses consoeurs et conserver son apparence sanguine ? Le narrateur, P1030245attentif et

attentionné, s'en apercevra fort heureusement et , fasciné par cette

vie qui anime son jardin, s'assurera que chaque petit être a sa place dans son jardin ou alentours.


 

En vrac et au fil des pages : j'ai beaucoup apprécié ces histoires dans lesquelles j'ai retrouvé toute la magie de mon enfance, la certitude que de petits êtres existent et protègent la nature tout en veillant sur les humains. J'y ai retouvé la malice espiègle dont on taxe ce petit peuple.

Je dois dire que j'ai aussi découvert une artiste de talent dont le pinceau léger anime les pages de ce livre. Ann Marie Valencia est peintre aquarelliste. Britannique, elle est venue vivre à la Réunion et a accepté de collaborer avec Claire Karm sur ce projet. On ne sera pas étonné d'apprendre qu'elle a réalisé des peintures et croquis pour l'ONF ce qui explique ce détail dans la création des fées et lutins. Les couleurs sont adorables et vivantes à la fois.

 

Je ne saurais à quel public conseiller cette lecture car, même si les histoires se rappochent de l'univers enfantin, le style et l'écriture s'adressent à de plus grands. Certaines subtilités ne seront peut-être pas comprises de tous, le langage un peu cru des lutins de la première histoire peut surprendre. Mais cela reste une jolie lecture.

 

Je vous livre quelque photos d'une fôret réunionnaise que je trouve fascinante: Notre Dame de la Paix et qui est, sans doute, habitée ! Nous nous y rendons régulièrement pour sa fraicheur et le côté mystérieux des enchevêtrements d'arbres de toutes sortes et des formes inexplicables...

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 14:08

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Il est parfois difficile de placer les rubriques où on le souhaite sur un blog ! Dans cette catégorie "Lectures de l'Océan indien" je range aussi des livres chroniqués dans la section "Jeunes lecteurs". Je vous propose donc un récapitulatif, histoire de ne pas perdre le fil !


Lectures de l'Océan indien "jeunesse"


- Tigouya, Teddy Iafare Gangama (enfants)

- Je t'écris du Pont, Joelle Ecormier (adolescents)

- Je veux ma place au soleil, Bernadette Thomas (adolescents)

- Fées et gestes de fleurs, Claire Karm (grands enfants)

- Tambour battant, vol.1: Bahiya, Gilles Gauvin et Laetitia Larralde

 

lectures de l'Océan Indien "adulte"

-Plus léger que l'air, Joelle Ecormier

- Eve et ses décombres, Ananda Devi


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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 06:35

http://www.bernadette-thomas.com/wp-content/uploads/2008/02/je-veu-ma-place1.jpg

 

Je veux ma place au soleil, Bernadette Thomas, Editions Grand Océans, 247 pages

Thèmes : île de la Réunion, relations inter-générationnelles, nature, emploi/chômage,illetrisme

genre :roman

 

 

J'ai rencontré Bernadette THOMAS l'année dernière à l'occasion d'une séance lecture dans mon collège. Je n'ai pas résisté à l'envie de l'inviter à nouveau en fin d'année, pour un petit moment d'échange avec mes élèves (rendez-vous ICI pour en savoir plus). A cette occasion je me suis plongée dans son parcours, son oeuvre au sens large. J'ai d'abord été étonnée par la variété des genres : roman fantasy avec La Terre jumelle, fiction réaliste avec Le souffle des disparus ou Je veux ma place au soleil. Des récits toujours ancrés dans son ile natale ,La Réunion, ses croyances, ses superstitions.

 

L'histoire : Je veux ma place au soleil se détache un peu des autres romans de Bernadette THOMAS par la révolte qu'il contient. Le style est ample mais aussi incisif. Le roman s'ouvre sur une description de Bras-la boue, banlieue défavorisée inspiré d'un quartier de Saint Denis qui donne le ton. Maximin a 20 ans et vit avec sa mère, ses frères et soeur et son beau père dans un quartier précaire,gangréné par le chômage, l'illettrisme et l'ennui. Ecoeuré par l'école, une vie qu'il juge décevante, il décide de se lancer dans une quête aussi folle que passionnante : la découverte d'un trésor laissé par des pirates qui lui apporterait richesse et liberté. Ses pas le mènent dans les Hauts de l'ile puis à Sainte Suzanne, Sainte Rose, Saint Philippe pour autant de rencontres insolites et attachantes. Sur fond de révolte, tant personnelle que sociale, Bernadette THOMAS nous montre les deux facettes de l'ile, une société à deux vitesses dont la richesse réside dans ses racines, ses croyances ancestrales, sa mixité culturelle.

 

Le roman évoque le voyage et la quête initiatique qui font l'unité de ses écrits. C'est aussi un hymne à la tolérance et au respect, une invitation à lier les générations qui peuvent s'apporter beaucoup mutuellement. La Réunion change et tente de se mettre au diapason de la métropole, du monde moderne. Mais elle porte en elle une spécificité et une originalité qu'elle doit préserver.En filigrane Bernadette THOMAS propose au lecteur , non pas de vivre dans le passé, mais de se donner les moyens de vivre avec son temps tout en restant conscient de ses racines.

 

Le roman aborde de nombreux thèmes:

 

- l'école avec ce qu'elle comporte d'opportunités mais aussi de fermeture pour des jeunes dont la langue maternelle n'est pas forcément le français mais le créole, le shimaoré, le malagasy... La plupart des créolophones sont bilingues mais la langue de l'école reste le français, avec toutes les difficultés d'apprentissage que cela comporte dans un système qui n'utilise pas la langue maternelle comme support d'apprentissage. L'échec scolaire qui en résulte ...

 

- le chômage et la société de consommation qui laissent sur le côté de la route bon nombre de personnes défavorisées. Le roman dénonce ici l'apparence trompeuse, le refus de voir les choses en face et d'apporter une aide réelle et efficace aux plus démunis; la débrouille qui en découle. Mais l'auteur souligne aussi sans le dénoncer le comportement de la jeunesse , entre désir de consommation et passivité.

 

- les croyances, les légendes réunionnaises, profondément ancrées.

 

- la nécessité d'un retour à l'essentiel, aux vraies valeurs en s'appuyant sur les particularités de la Réunion. C'est aussi le combat de bien d'autres écrivains sur l'ile et je ne manquerai pas d'en parler dans un prochain billet.

 

On peut trouver les romans de Bernadette THOMAS en métropole ou commander via internet: ICI

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