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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 12:45

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Le Roi transparent, Rosa Montero, éditions Métailié, collection Points, 2008, 563 pages

Genre : roman historique, récit d'aventures

Thèmes : chevalerie, paysannerie, cathares, croisés, Dames, Inquisition, liberté, amour, amitié

Retrouvez la biographie de l'auteur ICI

http://csis.pace.edu/grendel/projs993a/arthurian/images/avalon.jpg

Avalon

L'histoire

" Je suis femme et j'écris. Je suis plébéienne et je sais lire. Je suis née serve et je suis llibre. J'ai vu dans ma vie des choses merveilleuses. Pendant un temps le monde fut un miracle. Puis l'obscurité est revenue."

Ainsi s'exprime Léola qui s'apprête à raconter son incroyable histoire. Née dans une famille de paysans, Léola a vu son père et son fiancé emmenés par "les hommes de fers", chevaliers venus chercher des hommes pour combattre au nom du seigneur D'Aubenac, leur maître. En ces temps où les serfs sont la propriété des seigneurs de la région, toute recrue est bonne à prendre. Léola a toujours rêvé d'endosser cette armure et de combattre auprès des valeureux chevaliers. Aussi n'hésite-t-elle pas devant sa maison brûlée. Elle qui a toujours mené une vie paisible au bras de son amour, Jacques, trouve une armure à sa taille sur le champ de bataille, l'équipement qui fera d'elle un homme, du moins en apparence. C'est sous la tutelle du seigneur de Ballaine qu'elle apprendra à se conduire comme tel, dans un monde où le pouvoir des hommes domine, à ses côtés aussi qu'elle découvrira pour la première fois la légende du Roi transparent et ce qu'il advient à ceux qui la raconte.

C'est pourtant seule qu'elle continue sa route. Devenue désormais Léolo, apeurée mais résolue à retrouver son Jacques, elle croise alors le chamin de celle qui l'accompagnera jusqu'à la fin, Nynève. Cette dernière prétend être une fée de connaissance et avoir connu la belle cour du roi Arthur, les chevaliers de la table ronde et , surtout, l'incroyable Myrddin, Merlin. Ne sachant discerner le mensonge dans ses paroles, Léola lui accorde sa confiance pour la guider et force est de reconnaitre que son aide est précieuse. Guérisseuse, Nynève sait ce qui est bien pour elles et fait de son amie un preux chevalier apte au combat. De femme amoureuse Léola se meut peu à peu en combattant, dont le corps durci  et meurtri par les batailles, les joutes lui rappelle qu'elle n'a pas d'identité.

Peu à peu, pourtant, Nynève lui ouvre un monde de féérie, en lui contant les merveilles d'Avalon, dont les récits la transportent. Leur parcours semé d'embûches les mènera en Occitanie, que l'on dit pays de tolérance. A la cour d'Aliénor d'Aquitaine, des cercles de lecture s'organisent autour de l'amour courtois, les chevaliers vouent leur âme aux belles dames et les récits merveilleux s'écrivent. Chrétien de Troyes, Abélard et Héloise, autant de noms que l'Histoire gardera en mémoire.  Est-ce ce monde résolument optimiste qui l'aveugle au point de se livrer corps et âme à la Dame blanche, sorte de Callypso qui les retiendra des années dans son palais ? Prenant enfin conscience de son côté obscur, Léola décide de partir. Mais le prix à payer la conduira à découvrir la noirceur de l'âme humaine. Car le monde change dehors. L'Eglise se veut toute puissante et bientôt naissent les bûchers et  l'Inquisition, par lesquels les Cathares seront exterminés. Léola assiste à l'effondrement d'un monde lumineux où tout n'est qu'amour et altruisme d'une part, violence et intolérance d'autre part.

Mais avant cela elle connaitra elle-même l'amour qui transcende, l'amitié qui transporte et la clé du chemin vers Avalon ...

http://www.cathares.org/P11-11-26a-montsegur.jpg

Le chateau de Montségur

En vrac et au fil des pages

Entre féérie et Histoire, entre mythe et réalité, ce roman nous transporte au coeur du Moyen âge tout en mélangeant légendes et faits historiques qui ont fait des XII°S et XIII°S des siècles lumineux et des plus sombres en même temps. L'auteur reconnait avoir voulu ces anachronismes afin de rapprocher dans le temps des événements liés et les ramener à une vie d'homme ou plutôt de femme.

La femme est en effet au coeur du roman. Pas seulement Léola dont le destin incroyable lui ouvre les portes de la connaissance et de la liberté. Mais toutes les femmes que cette période a vu s'élever : Aliénor d'Aquitaine, Héloise , les Parfaites et bien d'autres, réunies par un désir intense de changement, de renouveau dans ce monde de noirceur mené par les hommes.

Car le Moyen âge est une période sombre et le roman retranscrit à merveille la servilité des vilains, les batailles sans fin pour un lopin de terre, la violence quotidienne, l'insalubrité. L'Eglise participe de cette noirceur et le point fort de ce récit est de, justement, souligner sa montée en puissance, jusqu'à l'Inquisition, infâme processus d'extermination qui a eu les conséquences que l'on connait. Ainsi les données historiques sont-elle judicieusement mises en relief lors de rencontres entre les personnages, de débats organisés par les chrétiens et les cathares.On retrouvera l'ambiance, dans certains passages, des Piliers de la Terre de Ken Follett et la plume de Rosa Montero retranscrit bien la violence qui régnait tout en nuançant d'une douceur propre à l'identité double du pesonnage principal. Pour ma part je dois dire que ce récit m'a transportée en des lieux connus du Sud ouest de la France, Montségur, Toulouse, Albi ... pour y retrouver une Histoire que je connais bien pour l'avoir entendu, en français et en occitant maintes fois.

Néanmoins, au milieu de ce tumulte,de croisades en guerres,  apparait la féérie, véhiculée par Nynève, personnage mystérieux dont on ne sait si elle est une fée ou une folle. Porteuse de légendes, elle est en lien avec la Terre et représente les croyances liées à la forêt, à la nature. Tout au long du récit elle transporte avec elle le fil conducteur du roman: la magie d'Avalon en quoi elle croit et à quoi elle aspire. A aucun moment Rosa Montero ne dénature ce personnage en révélant son identité, cela n'aurait d'ailleurs aucun intérêt car ce mystère ajoute à la valeur du roman. Le lectuer oscille donc entre une explication réaliste et la volonté de croire à ce récit merveilleux que le personnage ne quitte pas .Je ne peux tout raconter mais certains personnages sont tout de même plus attachants que d'autres, ainsi Léon, décrit comme une montagne, robuste et pourtant atteint dans sa chair par une maladie, inconnue à l'époque et que l'on nommerait aujourd'hui épilepsie, qui le fait passer pour hanté par le Malin. Une montagne d'amour à l'origine de passages émouvants avec Léola.

Les personnages sont d'ailleurs parfaitement décrits et possèdent une personnalité propre, toujours étrange, comme si aucun d'eux ne savait réellement qui il est, comme si chacun d'eux était un mystère à lui seul. A tel point que, bien que ce récit soit long, il prend des allures de conte merveilleux. La fin, pourtant trouble et violente, nous est livrée comme douce et apaisante et la clé est, encore une fois dans les paroles de Nynève, persuadée que la brèche ouverte par les cathares fera son chemin, que leur amour se répandra et qu'il en sera encore question des siècles plus tard.

Alors certains passages sont un peu plus longs à lire, les données historiques étant au coeur, par exemple, des débats qui se livraient à l'époque entre les tenants de l'Eglise toute puissante et ceux qui souhaitaient une ouverture. Mais sincèrement, il y a toujours un rebondissement pour relancer l'action et cela vaut le coup de se lancer dans cette lecture passionnante. Par ailleurs l'énigme du Roi transparent maintient un suspens constant, tute personne qui tente d'en raconter l'histoire étant étrangement arrêtée dans son élan, blessée ou tuée !

J'ai apprécié, pour finir, le petit dossier final qui nous livre l'histoire du Roi transparent et replace dans l'Histoire les épisodes racontés . Pour cette raison le roman est résolument historique jusque dans certains détails étonnants, mais il est aussi fantastique par certains côtés que je vous laisse découvrir.

 

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 02:14

http://geektionnerd.net/wp-content/uploads/2009/11/46200092.png

Les enseignants me comprendront, les parents me détesteront , les élèves ...

s'en souviendront ?

Depuis quelques années je constate que nos élèves ont une mémoire de poisson rouge. Bien entendu cela suppose que cette affirmation soit vérifiée et que les poissons rouges aient effectivement une mémoire courte, chose que je n'ai pas vérifiée ( m'enfin lorsque je vois mon poisson qui se précipite vers la surface pour manger et fait exactement la même chose trois minutes plus tard lorsque je m'approche ,alors qu'il a la panse pleine, cela me fait réfléchir !).

Illustration par quelques situations :

Situation 1 : tac au tac !

Vous vous souvenez sans doute des règles de l'école dont la fameuse N°1  "je lève le doigt lorsque je veux prendre la parole", immédiatement suivie par la n°2 "j'attends que le professeur me donne la parole". Force est de constater que les règles de bienséance sont difficiles à retenir puisque la plupart de mes élèves répondent sans rien demander, du tac au tac ! Devant mon silence et mon regard insistant ils comprennent qu'ils ont dû oublier quelque chose...oui mais quoi ?

" Oh zut Madame, j'ai oublié de lever le doigt !

- Ben oui X. Donc on recommence. Qui peut me donner la réponse ?"

Là, autre cas de figure (ben oui y'a des variantes), on lève le doigt mais on répond en même temps.

" Oui mais au moins j'ai levé le doigt !

- Oui, pour t'imposer Y ! Alors je rappelle la règle, simple à retenir vous allez voir, vous levez le doigt et vous attendez que je vous donne l'autorisation de répondre...

- J'arrive pas, c'est plus fort que moi, il faut que je le dise quand je connais la réponse"

La réponse intempestive serait donc une sorte de phénomène réflexe, totalement non maitrisable...qui pourrit la vie de la classe !


Situation 2 : le rappel du rappel !

" Donc la semaine dernière nous avons vu ce qu'était une métaphore. Quelqu'un peut nous expliquer ce qu'il a retenu ?

- ...

- Je vous rappelle que ceci était déjà un rappel de ce que vous aviez vu l'an dernier ! Donc ?

- ..."

Devant les regards inquiets et interrogateurs j'en viens parfois à me demander si je n'ai pas rêvé que je faisais un cours sur la métaphore. J'en viendrais presque à douter si mon cahier ne me rassurait sur le fait que, oui, nous avons vu cela vendredi dernier

" Oui mais Madame, il y a eu le week end entre temps ...

- ...

- oui, enfin on pense à autre chose le week end quoi

- D'accord, donc en clair vous me dites que chaque week end vous subissez un lavage de cerveau et qu'il faut tout reprendre le lundi ? Formidable, donc le lundi, lendemain de week end on est à peu près frais mais bon on pense encore à ce qu'on a fait le week end; le mardi ça va; le mercredi ah zut une seule demi journée de cours : est-ce que l'après midi vous oubliez ce que vous avez fait le matin ? Le jeudi  on se rapproche dangereusement du week end et le vendredi, ben on est en week end ! Votre semaine est formidable !"

http://nechwa.illustrateur.org/files/2012/10/poisson.jpg

Situation 3 : la bible d'internet !

Je me souviens d'un élève qui m'a dit un jour que ce qu'on leur enseignait était inutile puisque tout ce qu'ils veulent savoir se trouve sur le net. C'est pas faux !

Leur vie est totalement assistée :

Pourquoi retenir un parcours ? le GPS est là pour vous guider

Pourquoi retenir des numéros de téléphone ? Votre portable les garde en mémoire

Pourquoi retenir les dates d'anniversaires ? FaceBook le fait pour vous !

Pourquoi retenir les règles d'orthographe ? L'ordinateur les corrige pour vous

Bienvenue dans un monde où la mémoire est inutile. Ici, plus besoin de vous prendre la tête, on le fait pour vous ! Sans mémoire, votre esprit  ne sera pas encombré de savoirs et autres connaissances. Vous pourrez à loisir répéter les mêmes erreurs tout au long de votre vie et transmettre ce néant à vos enfants (à lire avec la voix annivrante d'une d'hôtesse d'aéroport).


Situation 4 : on n'a rien fait l'année dernière !

Sans doute ma favorite, cette réplique se transmet d'année en année dans le milieu scolaire:

" Mais si madame , je vous assure, on n'a rien fait l'année dernière en français !

- Je veux bien croire, en effet, que VOUS vous n'ayez rien fait, mais votre enseignant ,lui ,a du s'échiner à faire entrer dans vos têtes un certain nombre de connaissances

- mouais, bon ça me dit vaguement quelque chose le truc dont vous parlez là, mais en tout cas on n'a rien lu !

- Ben voyons !"

Toujours se souvenir donc que le collègue précédent est une grosse truffe qui ne travaille pas et fait de la garderie. C'est bien connu : pourquoi faire travailler les mômes puisque le prochain collègue pourra s'en charger ?

http://gifs.toutimages.com/images/ani_eau/poissons/poisson_037.gif

Je pense que mon collègue d'histoire doit vivre de grands moments de solitude avec son "devoir de mémoire" !

Et moi je reprends le chemin de l'école dans 10 jours après un mois de vacances. Je vous laisse imaginer l'étendue des dégâts !


Sans rancune les loulous ;)

Pour retrouver les autres épisodes de "La prof a dit ..." cliquez (vous vous souvenez comment on fait ? hihi ! )

 


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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 03:36

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L'Etrangleur de Cater Street, Anne Perry, éditions 10/18, collection Grands détectives, 1997, 382 pages

Genre : Grand détective, roman

Thèmes : assassinats, mariage, femmes, rang social, Londres, XIX°S, religion

http://p7.storage.canalblog.com/78/62/776266/71449477.jpg

Biographie de l'auteur (cliquez ici)


L'histoire

http://1.bp.blogspot.com/-A7MvVwM3R0c/T-euIfZV0uI/AAAAAAAAAQI/OXCG-h1TB1g/s320/Theodore-Blake-Wirgman.jpg

"Charlotte Ellison se tenait au milieu du salon désert, le journal à la main. Son père avait commis l'imprudence de le laisser trainer sur la desserte. Il désapprouvait ce genre de lecture (...)"

Mais Charlotte n'en fait qu'à sa tête et, loin de ressembler à ses soeurs Emily et Sarah, ne souhaite pas s'adonner aux convenances qui , selon elle, infantilisent les femmes dans la bonne société victorienne. Franche, curieuse, elle revendique le droit à l'information et entend bien prendre les nouvelles fraiches de Londres là où elles se trouvent. Mais ce matin du 20 avril 1880,Charlottte espère trouver dans le journal une information qui la sortira de son quotidien monotone, le rituel du thé, les visites chez les uns ou les autres, les conversations empruntées.

" On était en 1881 (...) Mr Disraeli venait de mourir. Les rues s'éclairaient au gaz; les femmes étaient admises dans les universités de Londres! La reine était impératrice des Indes et l'Empire lui-même s'étendait jusque dans les coins les plus reculés du globe"

Six semaines auparavant, Chloé Abernathy mourrait assassinée dans Cater Street. Mais Le père de Charlotte ne souhaite pas évoquer en public ce type d'incident, préférant que ses filles soient élevées loin de tout scandale. Pourtant, le comportement de ses filles lui pose quelques soucis. Emily, la cadette s'est entichée de Lord Ashworth , coureur et joueur de noble famille qu'elle compte bien épouser, et Charlotte n'a d'yeux que pour le mari de sa soeur Sarah, Dominic et provoque par son franc parler quelques soubresauts dans les conversations mondaines. Pourtant les crimes s'intensifient dans Cater Street, au point que l'on ne pense plus qu'à cela.Le pasteur et sa femme Martha s'emparent de ces actes odieux pour rappeler à leurs ouailles la nécessité d'une vie irréprochable, martelant leur sermon "Nous sommes tous de frêles esquifs et les femmes, surtout les jeunes femmes, deviennent facilement la proie du vice quand elles subissent de mauvaises influences (...) Les femmes, même les plus innocentes, ont besoin de la protection des hommes, qui repèrent à temps les germes du péché pour les en préserver".

C'est dans ce contexte qu'intervient l'inspecteur Thomas Pitt, chargé de mener l'enquête. Reçu froidement au départ, comme une personne de rang inférieur, il parvient à créer un climat de confiance qui envoûtera peu à peu Charlotte. Les hommes de la maison deviennent tour à tour suspects dans cette affaire et l'on découvre alors la face cachée de chacun, dans une société où les hommes sont volages mais où cela est communément admis. ce n'est que lorsque le malheur touche la famille Ellison que les querelles et rancoeurs s'estompent pour laisser place à la résolution des meurtres. Car l'assassin fait partie de cette société bien pensante ...

http://lapasserellemontreal.files.wordpress.com/2011/12/mode-victorienne-2.gif

En vrac et au fil des pages

Voilà ! J'ai trouvé le livre de Anne Perry qu'il me fallait ! C'est le tout premier roman de la série des Pitt, il suffisait de commencer par là me direz-vous !

Ici l'enquête policière arrive bien après la description de la bonne société victorienne, ses convenances, ses us qui permettent aux hommes d'assouvir tous leurs désirs ( et leurs vices) et demandent aux femmes de tenir le foyer et de bien  présenter. On comprend qu'un jeune femme comme Charlotte souhaite s'émanciper de ce qu'elle considère comme une injustice flagrante. Bien que classé dans les romans policiers, ce récit brosse un portrait historique du Londres des années 1880 et ne fait pas défaut à la réputation de la capitale, sombre, intriguante. C'est l'époque de Jack l'éventreur, de la création de Sherlock Holmes par Sir Arthur Conan Doyle. C'est aussi la ville des plus pauvres d'un côté et des plus riches de l'autre, comme dépeint dans Oliver Twist par exemple.

Ce roman développe d'ailleurs assez bien la reflexion sur les vices , la menant à son paroxysme avec la femme du pasteur dont le discours est assez efrrayant. Percevant le péché partout autour d'elle, elle se sent investie d'une mission de purification qui glace le sang. L'Eglise, représentée par le pasteur, apparait d'ailleurs comme une source d'avilissement plus que comme un refuge, ce que regrettent les femmes dans ce récit.

Evidemment, dans un millieu plutôt féminin, il est question de mariage, d'alliances avec la noblesse et de chiffons ! Mais l'on prend plaisir à découvrir la répartition des classes sociales et le gouffre entre la haute bourgeoisie londonienne et le tout venant. Ainsi l'inspecteur de police Thomas Pitt est-il considéré comme inférieur; issu d'une famille de domestiques il apparait indigne des prétentions paternelles. La société qu'il décrit est des plus troublantes, en cette période Londres est le repère de malfrats, les rues sont insalubres, la pauvreté mène à des actes criminels pour survivre, ce qu'explique bien le personnage qui cotoie chaque jour les plus démunis. C'est le Londres de Dickens ! Charlotte découvre ce monde nouveau dont elle ne savait rien, c'est dire le grand écart entre le peuple et les nobles qui vivent dans une sorte de bulle, loin de ces préoccupations matérielles. Bien entendu elle subvient à sa manière aux besoins des pauvres mais sans vraiment prendre conscience de ce que cela représente puisqu'elle ne les cotoie pas directement. Elle sera la seule, au demeurant, à accepter d'entrer dans un univers autre que le sien, par curiosité,par pitié.

La condition des femmes est parfaitement décrite, de la plus conservatiste ( la grand-mère absolument odieuse !) à la plus libre, on rencontre dans ce roman toutes les conditions. La prostitution tient le haut du pavé, considérée comme nécessaire dans une société qui donne tout pouvoir aux hommes pour assouvir leurs penchants. La réputation des femmes ne tient qu'à un fil, un faux pas qui les rangerait aux côtés des femmes de petite vertue ou des démunies, toutes deux peu considérées. Aussi doit-on se montrer en société d'un rare hypocrisie afin d'être reconnue.

Je dois avouer que l'intrigue est bien menée car, même si j'avais des soupçons sur l'identité du tueur en série, j'ai eu quelques doutes et ai soupçonné un autre personnage. Il faut dire que chaque personnage a sa part d'ombre et l'on découvre des secrets de famille, les vices de chacun. Les personnages sont entiers, en bien ou en mal. Lord Asworth est détestable, quoique touchant à la fin; le pasteur est effrayant de même que sa femme, Edward, le père de famille est intriguant et l'on a du mal à le cerner jusqu'au bout , Thomas Pitt est charmant et Charlotte très attachante.

J'ai donc passé un bon moment avec eux et compte bien poursuivre dans cette série.

http://img.over-blog.com/300x267/3/28/83/65/logos/plume.jpg

  http://sylectures.files.wordpress.com/2012/09/anneperry2.jpg?w=501&h=364

http://imageshack.us/a/img585/7453/historique.png

http://img16.imageshack.us/img16/5773/livresu.png

 

 

 

 

 


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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 05:54

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84 Charing Cross Road, Hélène Hanff, Le livre de poche, 2011, 160 pages

Genre : récit par lettres

Thèmes : livres, guerre, écriture, rationnement, amitié, librairie

L'auteur en quelques mots ...

http://www.babelio.com/users/AVT_Helene-Hanff_3200.jpeg

Ecrivain américaine née à Philadelphie en 1916, Hélène Hanff est auteur de pièces de théâtre et a également écrit des scénarios pour la télévision. D'abord la protégée d'une des coproductrices de la Teater Guild, elle ne connut jamais le succès, ses pièces ne furent jamais jouées. Elle vécu dans une grande misère, cumulant les petits contrats. Dès 1949 elle se lance seule dans une entreprise folle : acquérir une culture classique solide. C'est dans ce contexte qu'elle contacte la librairie anglaise Marks and Co. Cette correspondance durera 20 ans. En 1969 Hélnene Hanff se dit que ces échanges pourraient donner lieu à une petite histoire sympathique et les confie à un ami chargé de les abréger. ce dernier les livres telles quelles à un éditeur qui se propose alors de les publier sous le titre 84 Charing Cross Road. Ce n'est qu'avec la publication de sa correspondance avec la librairie Marks and Co qu'elle fut reconnue. En 1971, lorsque paraissent ces lettres, Hélène Hanff ne croit pas au succès, pensant qu'il ne s'agit là que d'une correspondance professionnelle. Mais grâce à la sortie du livre en Angleterre elle peut enfin se rendre à Londres pour la première fois, sur les lieux qu'elle n'a connu qu'à distance.Le livre est pourtant adapté au cinéma en 1987, avec à l'affiche Anthony Hopkins dans le rôle de Franck Doel et Anne Bancroft dans ce lui de l'auteur.

 

 

L'histoire

                                                                                                  "      Marks and Co

                                                                                                     84, charing cross road

                                                                                                          Londres, W C 2

                                                                                                               Angleterre

 

        Messieurs,

        D'après votre publicité dans le Saturday review of literature, vous êtes spécialisés dans les livres épuisés. L'expression "librairie en livres anciens" m'effraie un peu parce que, pour moi, "anciens" est synonyme de "chers". Je suis un écrivain sans fortune mais j'aime les livres anciens et tous ceux que je voudrais avoir sont introuvables ici, en Amérique (...)".

Ainsi débute la correspondance entre Hélène Hanff et la librairie Marks and Co, sise en Angleterre, à Londres . Dès le départ, l'auteur impose un style, une personnalité bien à elle, directe et non dénuée d'humour. Les livres que recherche Hélène Hanff sont généralement épuisés chez les édieurs et participent tous de la culture classique, de Platon aux poèmes de Wyatt en passant par la Bible. Rapidement les initiales qui signent les lettres de la librairie se tranforment en un nom F.Doel, puis un prénom, Franck, signalant au fil des pages le lien qui s'installe entre les correspondants.

La franchise de l'auteur étonne mais crée rapidement une ambiance sympathique: "Eh, Frank Doel, qu'est-ce que vous FAITES là-bas ? RIEN du tout, vous restez juste assis à ne RIEN faire. Où est Leigh Hunt ? Où est l'anthologie d'Oxford de la poésie anglaise ? (...) vous me laissez tomber et j'en suis réduite à écrire des notes interminables dans les marges de livres qui ne sont même pas à moi mais à la bibliothèque. Un jour ou l'autre ils s'apercevront que c'est moi qui ai fait le coup et ils me retireront ma carte". L'usage des majuscules donne le ton !

Le style oralisé ajoute à l'humour qui se dégage des pages et l'on imagine une Hélène Hanff qui sait ce qu'elle veut, ne craint pas de le dire et est surement très dynamique :

" il a une édition originale de l'Université de Newman pour trente balles et il demande innocemment si je la veux !

Cher Frank:

Oui, je la veux. Je ne pourrai plus me regarder dans une glace. Je ne me suis jamais intéressée aux éditions originales en tant que telles, mais une édition originale de CE livre-là ! Bon sang !"

Le plus surprenant sans doute est de voir comment Frank Doel prend ces écrits, avec humour et se plie aux demandes de son interlocutrice. Une amitié naitra de ces lettres qui emportera toute la librairie dans son sillage. Rapidement Hélène Hanff fait parvenir en Angleterre des colis contenant la nourriture qui fait défaut en cette période de rationnement : " je tiens à ajouter que tout ce qu'il y avait dans ce colis est introuvable ici ( ou alors on ne peut se le procurer qu'au marché noir). C'est vraiment très gentil et très généreux de votre part de penser à nous comme ça".

D'autres employés écriront à Hélène Hanff pour la remercier puis pour demander des nouvelles, établissant avec elle une correspondance amicale et reconnaissante et tous attendent sa visite. Mais elle ne viendra pas, non pas faute de temps mais faute d'argent. Car l'auteur avoue vivoter entre quelques scenarios pour la télévision et des écrits historiques qui lui sont commandés. On ne comprend réellement sa situation que lorsqu' un correspondant insiste pour qu'elle cesse de dépenser ses maigres gains dans des colis de nouriture qu'elle leur envoie.

La dernière lettre, en date du 8 janvier 1969 sera rédigée par Joann Todd, secrétaire de la librairie, annonçant une bien mauvaise nouvelle qui mettra fin à la correspondance entre Hélène Haff et Frank Doel. Au terme de cet échange épistolier, une dizaine de personnes auront participé à ces échanges.

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En vrac et au fil des pages

Il faut prendre ce recueil  de lettres pour ce qu'il est , sans chercher à y voir un roman. Les échanges sont véridiques, non remaniés et soulignent la singularité d'une correspondance qui s'est étalée sur 20 ans.

J'ai particulièrement aimé le décalage entre le franc parler d'Hélène Hanff et la réserve toute britannique de Frank Doel. C'est ce qui fait le charme de ces écrits. Bien sûr la dimension historique est présente et l'on en apprend beaucoup plus sur l'Angleterre entre 1949 et 1969 que sur les Etats-Unis. Le rationnement a été maintenu en Angleterre jusqu'en 1953, ce qui explique la joie des correspondants à l'ouverture des colis, le bonheur de régals en famille grâce à cette mane généreuse. Cependant quelques remarques bien senties soulignent l'opinion de l'auteur sur son propre pays : " Je vous envoie des amitiés d'Amérique, même si l'Amérique est une amie traitresse qui déverse des millions dans la reconstruction du Japon et de l'Allemagne et laisse l'Angleterre mourir de faim".

Entre eux deux s'établit une amitié intellectuelle qui vaut par la proximité ressentie dès le premier écrit. La femme de Frank expliquera plus tard que Frank se reconnaissait totalement en Hélène, sa verve et son humour.

On découvrira dans ce recueil une multitude de titres, souvent méconnus, auxquels Hélène Hanff fait référence comme étant le socle de la culture littéraire anglophone. Mais c'est Arthur Quiller Couch, qu'elle appelle Q dans ses lettres, qui lui a permis de découvrir la littérature anglaise. Pas de référence de romans car , comme elle le précise avec humour, "je ne peux jamais m'interesser à des choses qui ne sont pas arrivées à des gens qui n'ont jamais existé". Pourtant, en fin de correspondance on trouve une référence à Jane Austen qui a apparemment réussi à obtenir gain de cause auprès d'elle, Orgueil et Préjugés qui l'envoûte au point qu'elle souhaite lire ses oeuvres complètes. C'est cet enthousiasme pour la littérature, le savoir, qui m'a le plus plu, puis la personnalité très directe d'Hélène Hanff.

Les lettres sont truffées de pépites, de petits moments d'émerveillement littéraire, surtout lorsque les employés de la librairie se prennent à imaginer la correspondante de Frank et avouent écrire dans son dos, car il garde jalousement cette cliente, puis cette amie, pour lui. Mais c'est peine perdue car l'enthousiasme de l'auteur gagnera toute la librairie !

J'avoue avoir découvert avec plaisir une mauvaise habitude de lecture que j'ai aussi et qui fait souvent horreur : les petites notes portées dans les marges ! "des petits points au crayon pour attirer l'attention d'un amateur de livres  qui n'est pas encore né sur les meilleurs passages". Puis le plaisir de lire des livres d'occasion, lorsque la page "s'ouvre toujours d'elle même aux meilleurs endroits et le fantôme de son précédent propriétaire attire mon attention sur des choses que je n'avais jamais lues(...)"

Le plus intéressant est sans doute de lire l'histoire de cette correspondance , en fin d'ouvrage, dans le petit dossier proposé par l'éditeur et qui reprend la vie d'Hélène Hanff. On replace alors les lettres dans leur contexte, imaginant la vie des uns et des autres. C'est le lecteur qui construit son propre roman à partir de cette correspondance.

Inévitablement on pense au Cercle littéraire des amateurs d"épluchures de patates qui proposait aussi un petit côté désuet et délicieux. Puis à l'heure où l'on parle de la mort des libraires, ce petit livre nous rappelle que rien ne vaut le conseil éclairé d'un libraire ou d'un bouquiniste ...

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 04:25

http://media.paperblog.fr/i/277/2771503/vie-passion-dun-gastronome-chinois-L-1.jpeg

Pour ce deuxième billet consacré aux pages gourmandes de la littérature j'ai choisi un extrait de Vie et passion d'un gastronome chinois de LU Wenfu.

Retrouvez le récapitulatif et le principe des Pages gourmandes du Week end

et n'hésitez pas à vous inscrire !

Ici le personnage principal est ... la gastronomie ! On suit dans ce roman deux ennemis, réunis par le hasard, Zhu Ziye, qui arpente tous les restaurants et échoppes de la ville et Gao, le narrateur, épris de morale révolutionnaire. Pour l'un, la gastronomie est sacrée, pour l'autre elle doit se plier à la nouvelle Chine. Deux conceptions différentes de la cuisine s'affrontent alors, bourgeoise ou prolétaire, sur fond historique. Il faut dire que Gao a passé son enfance à accéder aux désirs de gens comme Zhu Ziye et qu'il en a conçu une haine féroce contre la bourgeoisie.

Les descriptions mettent l'eau à la bouche et l'on a tout de suite l'impression de se trouver au coeur d'un restaurant, dégustant un plat de nouilles chaudes . L'alliance des divers éléments d'un plat est observée jusqu'au détail, retranscrivant à merveille la fusion des saveurs. Zhu Ziye se "nourrit de saveurs" et les mets prennent dans sa vie une place prépondérante, source de plaisir.

Aujourd'hui je ne détaillerai pas les passages historiques qui sont pourtant très importants et nous plongent au coeur de la Chine du XX°S, des années 30 aux années 70. Je laisse la parole au narrateur, pour un pur moment de régal :

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village du SuZhou

"Zhu Ziye était un homme du matin. La grasse matinée n'avait aucun charme à ses yeux car son estomac, tel un réveil, l'appelait à heure fixe : il fallait sans tarder filer chez Zhu Hongxing prendre "les nouilles de première cuisson" !

Ceci demande des explications, sinon on peut craindre que seuls les habitants de SuZhou, et encore ceux d'un certain âge, en saisissent le sel. Chez Zhu Hongxing était alors un restaurant de nouilles très célèbre.Le restaurant existe touours, il est situé en face du jardin de la tranquillité. Je ne vais pas m'étendre sur la variété, la saveur des nouilles servies chez Zhu Hongxing, , il suffit de consulter le menu, qui du reste ne comporte rien d'exceptionnel. Je voudrais plutôt parler des rites accompagnant ces nouilles. Parce qu'il y avait des rites ? Oui, c'est vrai, pour un même bol de nouilles, chacun avait ses habitudes. Le sgastronomes avaient les leurs, bien établies.Un exemple : on s'asseyait à une table et on appelait le serveur:

"Hep ! (à l'époque on ne disait pas camarade !) Un bol de nouilles ... !"

Au bout d'un instant le garçon répondait d'une voix forte :

" Voilà, j'arrive ! un bol de nouilles de ..."

Pourquoi ne venait-il pas immédiatement ?Parce qu'il attendait que le client ait précisé nouilles al dente ou bien cuites, nature ou avec bouillon; vertes ou blanches ( avec ou sans ciboule); riches (bien grasse) ou légères (sans graisse) ; sauce longue ( avec plus de sauce que de nouilles) ou sauce courte ( avec plus de nouilles que de sauce); nouilles sur l'autre rive: la sauce, au lieu d'être versée sur les nouilles, est présentée à part sur une assiette et l'on doit faire le pont entre le bol et l'assiette.

Quand c'était Zhu Ziye qui arrivait dans le restaurant, on entendait le serveur prendre son souffle et lancer: éVoilà, je viens ! Un bol de crevettes sautées en accompagnement, nouilles sur l'autre rive, beaucoup de bouillon, vertes, sauce longue, al dente".

La nourriture fait fonction de lien social, le personnage de Gao s'en rend compte en se remémorant la préparation des repas par sa grand-mère. C'est aussi un repère rassurant en cette période troublée.

Cela m'a rappelé quelques films comme L'Odeur de la papaye verte dans lequel on retrouve cette association de saveur, l'apprentissage de la cuisine dès le plus jeunes âge, les alliances de mets.

 

 


 

ou encore In The mood for love

 


 
Mais pour l'heure voici ma recette :

Nouilles et boeuf sauté au basilic Thaï

-Pour 4 personnes je prends 600gr de boeuf ( rumsteak) que je fais couper en très fines lamelles
-1 gousses d'ail
-1 échalotes
- un morceau de gingembre frais
-1 petit piment rouge
-de la sauce Nuoc Mâm
- de la Sauce soja
-1 petite botte de basilic thaï
-3 cuil à soupe de cacahuètes
-1/2 cuil à café de graines de cumin
- des nouilles

Je fais tout d'abord revenir dans une poêle les cacahuètes et le cumin afin qu'ils libèrent leurs huiles et prennent une bonne odeur grillée.Je fais mariner quelques heures les fines tranches de boeuf dans une sauce composée de tous les ingrédients (sauf le basilic)  que je pile ensemble. J'ai ajouté quelques baies roses car j'adore ce petit goût poivré mais c'est un petit plus ;)
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Au moment de la préparation je fais sauter le boeuf dans un Wok, à feu très vif. J'y ajoute les nouilles préalablement ramollies dans de l'eau bouillante et verse la sauce de la marinade. Il suffira d'ajouter le basilic finement  ciselé au moment de servir.
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Bel appétit et à la semaine prochaine !
et chez les copinautes ?
Retrouvez la recette de la galette de Stefiebo. une recette de circonstance mais revue et corrigée !

Si vous souhaitez tenter l'aventure n'hésitez pas à vous inscrire ICI

pages gourmandes 1

 


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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 02:59

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Plaisir en bouche, Béatrice Joyaud, éditions Gallimard, collection Folio Policier, 2001, 228 pages

Genre : roman / roman policier

Thèmes : restauration, plaisirs gustatifs, sens, crime, anthropophagie

L'auteur en quelques mots ...

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Née en 1970, Béatrice Joyaud est avocate d'affaires dans le domaine de la finance. Elle est l'auteur de Plaisir en bouche, son premier roman, et plus recemment de Cultivez votre enfant, de babar à Balzac ! guide qui répertorie les incontournables de la littérature jeunesse.

L'histoire

" Balthazar Chacun naquit dans une huître. Du moins, c'est ce qu'il crut pendant des années. Il était né dans une huître car, disait la gardienne de l'orphelinat avec un fort accent marseillais, "d'une huître, parfois, naît une perle".

Quinze ans plus tard, Balthazar s'enfuit de l'orphelinat et rencontre Helga dont l'oncle tient le restaurant Au toqué d'à côté. Commence alors l'aventure des saveurs, " on mangeait uniquement ce qui avait été cueilli, chassé et pêché au cours du week end précédent. le lièvre à la royale cuisiné par lui était une merveille de finesse. Il fondait dans la bouche et se mêlait intimement aux pommes de terre râpées, rissolées recouvertes de son sang, dans un brouet savoureux". Et l'oncle lui apprit tout ce qu'il savait jusqu'à ce que Balthazar entre dans une école nationale de gastronomie afin de se mesurer à d'autres jeunes chefs talentueux. Il excella, apparaissant comme le palais le plus sûr et le plus fin,"il était capable de restituer l'exacte composition du plat, en précisant les dosages de chaque ingrédient et d chaque épices au gramme près".

Il eut à mettre à profit son intelligence lors d'un conflit qui opposait les tenants de la cuisine française contre les restaurants étrangers et ceux qui, comme lui, pensaient que la cuisine française devait se nourrir de voyages. Une bagarre s'ensuivit, plusieurs blessés, ce qui lui valu quelques jours au mitard, "monotonie gustative" dont il sortit fermement décidé à monter sa propre enseigne. Cuisiner devait, pour lui, permettre de faire passer une idée. La cuisine pensée comme un art devint son cheval de bataille.

Durant des années il s'évertua à créer , innover, dans le restaurant qu'il dirigea avec Helga, Arthus. "Arthus cristallisait de manière aboutie le "misme", une tendance qui touchait la société en profondeur et qui consistait en une tentative de rechercher dans chaque chose son essence". Dans une société du XXII°S épurée, sans couleur, dans laquelle le Moi préfigurait le sens de la vie, artistes de tous poils proposaient une vision du monde des plus troublantes dans laquelle le dépouillement était le maitre mot. Balthazar fit des miracles dans ce domaine jusqu'au jour où il reçut une première lettre :"Ton restaurant est triste. Tes mets sont si fins qu'ils s'affadissent dans la bouche la plur sûre. Le décor de ton restaurant est si épuré qu'on ne peut y puiser l'excitation des sens préalable à une dégustation magnifique(...)".

Cette lettre fut la première d'une série qui poussa Balthazar au changement, toujours plus loin dans l'expérimentation du goût, jusqu'à en perdre son couple, ses valeurs et la raison.Ivre de découvertes, il se jette alors, inconscient des conséquences, dans une frénétique recherche de la perfection, guidé sans le savoir par l'auteur des lettres qui le mènera lentement mais surement à sa perte...

En vrac et au fil des pages

Il faut que je dise en préambule que la quatrième de couverture élogieuse qui rapproche ce roman du Parfum de Süskind, m'a fait miroiter un récit au-delà des mots, dans lequel je m'attendais à trouver des descriptions gastronomiques extraordinaires. Il est vrai que l'histoire tient dangeureusement de cette référence, non pas dans le domaine des parfums mais du goût. C'est un défaut à mon sens d'avoir rappellé ceci au lecteur, car la comparaison s'arrête là. On ne retrouve pas la plume fine , fluide et évocatrice de Süskind et les ressemblances, loin de créer du nouveau, sont lassantes. Ainsi en est-il de l'anthropophagie, du personnage capable de restituer la composition de tout met , apte à définir un être humain comme un ensemble de molécules par la seule sensation gustative de sa peau et puis la perte finale de tous repères qui mène à une fin inéluctable. Oui, on se serait douté qu'il y avait du Süskind là-dessous !

il aurait fallu miser sur l'originalité de l'histoire, menée par une série de lettres anonymes qui vont bouleverser la vie de Balthazar. Les éléments posés dans la première partie du roman comme autant de petits cailloux, prennent sens dans la troisième partie lorsque l'on découvre l'auteur des lettres, que le lecteur n'a pas vu venir. On y croit jusqu'à la fin, se demandant comment Balthazar va s'en sortir.

J'ai par ailleurs apprécié la référence à un nouveau courant de pensée, le "misme", décliné par Béatrice Joyaud dans tous ses détails artistiques. Cela m'a rappelé le roman d'Eric Emmanuel Schmitt Lorsque j'étais une oeuvre d'art. Cette société du XXII°S , en quête de valeurs nouvelles, qui se perd peu à peu dans le conformisme étonne et subjugue à la fois est le point fort du roman.

On revient toujours sur le problème de la classification. Ce n'est pas un policier à proprement parler puisque Balthazar n'engage son ami détective que fort tard afin de retrouver l'auteur des lettres. Balthazar devient le coupable à la toute fin... je ne sais pas, je suis toujours génée par les classifications.

Je regrette donc l'absence de descriptions suggestives, colorées, aussi savoureuses que les mets proposés ( celle que j'ai citée dans la première partie est la plus évocatrice, je n'en ai pas trouvé d'autre), un peu à la manière d'Agnès Desarthe dans Mangez-moi qui reste, pour l"heure, avec Suskind, ma référence !

Un bon moment de lecture donc, mais pitié ne lisez pas la quatrième de couverture !

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