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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 04:49

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Georges, Alexandre Dumas , éditions Gallimard Folio classique, 1974, 452 pages

Genre : roman réaliste

Thèmes : esclavage, Ile de France, Bourbon, métissage, colonisation

L'auteur en quelques mots ...

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Je devrais logiquement commencer cette chronique par "On ne présente plus Alexandre Dumas". Pourtant, toutes les biographies consultées révèlent des failles quant aux origines métissées de Dumas fils. Ces zones d'ombre tendent à souligner la volonté de ne pas associer Alexandre Dumas à l'esclavage, au métissage.

Avant 1843 Alexandre Dumas est connu comme homme de théâtre (Henri III, Antony, La Tour de Nesles...). Pourtant à partir de 1844 sont publiés ses nombreux romans, qui ont tous fait partie de notre enfance (Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte Cristo,La Reine Margot, Vingt ans après ...). Dans cette prolifique diffusion, son roman Georges est passé quasi inaperçu. Pourtant le héros préfigure à bien des égards Edmond Dantès.

On a pu voir dans Georges une large part autobiographique, sans doute par les origines "mûlatres" de Dumas. Mais jamais ses origines ne lui ont fermé les portes des salons et de la bonne société. Pourtant il a reçu, comme d'autres, des injures, ainsi Balzac le surnommait-il "le nègre" et Mademoiselle Mars disait-elle de lui: "Il pue le nègre"; En le voyant couvert de décoration Nodier aurait dit : "Ah ! Dumas, mon pauvre garçon, que de babioles ! Serez-vous toujours les mêmes, vous autres nègres, et rechercherez-vous éternellement la verroterie et les hochets ?". Certes le terme "nègre" n'avait pas encore la connotation péjorative qu'il a pris par la suite.

Sa grand-mère, Louise Cessette Dumas, était esclave noire à Saint Domingue. Mais il ne parle pas d'elle dans ses écrits. Quelques notes sur son père renvoient à ses origines :" beau de visage, quoique son teint de mûlatre donnât un caractère étrange à sa physionomie." Deux lettres attestent de sa volonté de se lier avec "ses frères (...) amis de couleur", mais Dumas n'a pas milité au côté des abolitionnistes. Sans doute cela est-il dû au fait que son métissage le renvoyait davantage vers les colons blancs que vers les haitiens, comme c'était le cas au XIX°S. En effet, les "mulâtres" étaient libres, possedaient des terres et pouvaient s'enrichir et posséder des esclaves. Dans plusieurs écrits il partage d'ailleurs les préjugés ethniques de ses compatriotes.

Dans ce roman Dumas attaque les préjugés sociaux des créoles blancs envers les mulâtres libres. Il ne s'agit pas d'un roman abolitionniste. Dumas a probablement souffert du préjugé de couleur mais s'est toujours clairement dissocié des esclaves noirs et de leur histoire. Je pense qu'il faut considérer ce roman comme un témoignage de la pensée du XIX°S, un document historique en somme.

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L'histoire

"Ne vous est-il pas arrivé, quelquefois, pendant une de ces longues, tristes et froides soirées d'hiver (...) le front appuyé contre votre cheminée, et regardant, sans les voir, les tisons pétillants dans l'âtre (...) de prendre en dégoût notre climat sombre, notre paris humide et boueux, et de rêver à quelque oasis enchantée, tapissée de verdure et pleine de fraicheur..."

Le narrateur nous entraine alors au coeur des océans, à bord d'un vaisseau qui nous mènera vers l'Ile de France( Maurice), contournant Bourbon (la Réunion) et sa végétation luxuriante, à la rencontre d'indigènes. Pourtant, rapidement, le regard se porte vers une bataille singulière, opposant Français et Anglais, pour la belle ile de France, convoitée de tous. Sur le sol français, pour la défendre, les troupes de M de Malmédie, armées jusqu'aux dents. Mais alors que le conflit s'annonce, le bataillon s'exclame : "Pas de mulâtre !". La famille Munier s'est avancée, le père et ses deux fils Georges et Jacques, mulâtres, riches propriétaires terriens de l'ile, pour venir en aide aux autres. Il faudra créer deux troupes, pour une seule et même cause. Georges, alors âgé de 10 ans; gardera toujours en mémoire cette journée où, repoussant les anglais, son père se battit aux côtés des esclaves noirs et ramena le drapeau ennemi qui lui fut confisqué par un blanc. Quatorze ans plus tard, revenant de France où il reçut une éducation qui lui permit de se distinguer dans la haute société, Georges entreprend de venger son père et cette humiliation en luttant contre le préjugé racial qui affaiblit les mulâtres de l'ile. Reprenant la plantation de son père il se distinguera par sa générosité, affranchissant des esclaves, leur donnant les moyens de cultiver leurs terres. Mais ,face à lui, un mur culturel lui fera comprendre que cette lutte est âpre . Jacques, devenu négrier, comprenant la douleur et la fermeté de son frère le poussera à comprendre comment fonctionnent les relations inerculturelles sur l'ile. Mais Georges est déterminé à se battre, tout comme il est déterminé à enlever Sara des griffes d'Henri Malmédie à qui elle est promise . A ses côtés, Laiza, esclave, fils de chef, fomentera la révolte..

En vrac et au fil des pages ...

Voici un roman qui se distingue par sa construction et son propos polémique . Le narrateur , par des piques constantes, met à mal les deux partis : les riches propriétaires créoles et les esclaves. Entre les deux, les mulâtres, metiss libres et propriétaires eux aussi, ne sont ni blancs, ni noirs. C'est cette situation instable qui est développée dans le roman d'Alexandre Dumas. Les préjugés raciaux ponctuent le récit, animant chez le lecteur une polémique que le héros, Georges, ne prend pas en charge. Sa détermination n'a qu'un but, amener les blancs à considérer les mulâtres comme leurs pairs.

Bien que le roman ne se revendique pas abolitionnistes, les actes de Georges tendent à souligner la nécessité de redonner aux esclaves leur liberté. On entend tout de même les prémices du discours de Sarda Garriga prônant le travail pour la patrie.

Rapidement, la raison du coeur l'emporte et notre héros s'affaiblit dans sa lutte , d'une part en découvrant que malgré sa volonté il n'est pas aisé de générer une émulation chez les esclaves, dont seule une poignée est consciente de la chance d'avoir un tel homme à leurs côtés, d'autre part en tombant amoureux de Sara, nièce de son ennemi Malmédie.

On appréciera les scènes où l'on découvre un peu mieux la culture des esclaves, l'importance des contes, de la danse pour sortir d'un quotidien d'asservissement, la révolte qui gronde mais ne prend pas, le marronage. On aimerait un héros plus sûr de lui, qui ne faiblit pas. Mais la réalité l'emporte et le lecteur la respectera pour ce qu'elle est : un témoignage historique.On peut regtretter que le narrateur ne prenne pas davantage parti, annonce des préjugés raciaux comme si cela coulait de source. Sans doute aurait-on aimé un Dumas plus affirmé et non tiède  ! mais il faut le lire comme une chronique de la société coloniale de l'époque.

L'écriture est celle de Dumas, précise, détaillée, abondante. Les descriptions jalonnent le récit et proposent une ambiance en même temps qu'elles donnent à voir la vie au XIX°S sur l'ile. Les Anglais vont peu à peu s'accaparer l'ile qui deviendra Maurice. Certaines scènes ne sont pas sans évoquer un roman qui viendra plus tard, Le Comte de Monte Cristo, par la vengeance, la scène de bal. Mais Edmond Dantès est bien plus fort que Georges, qui souffre de sa différence de couleur. Notre héros apprend aussi le poids de la fatalité tout en se révélant un héros romantique comme on les aime, une sorte de Lorenzaccio qui affronte avec courage les préjugés. Commes le précise L F Hoffmann dans la préface : " les milâtres partageaient le plus souvent les préjugés  de ces blancs qui les méprisaient et ne râvaient que de faire oublier la part du sang maudit qui coulait dans leurs veines"

Quoiqu'il en soit c'est un roman à découvrir car peu connu mais il mérite autant d'attention que les grands classiques d'Alexandre Dumas.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 07:29

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Le Mystère de Callander Square, Anne Perry, éditions 10/18, collection Grands Détective, 1997, 383 pages

Genre : roman

Thèmes : Londres, drame, classes sociales, enquête, époque victorienne, condition des femmes

Retrouvez la présentation de l'auteur ICI

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L'histoire

Dans le jardin londonnien de Callander Square, des employés retrouvent le cadavre de deux bébés, enterrés sous un arbre. Aussitôt alerté, l'inspecteur Pitt va prendre en charge l'enquête qui le mènera rapidement à observer le voisinage. Face à Mc Beath qui prétend à un meurtre, Pitt évoque une pratique courante  : " J'en doute, répondit Pitt calmement. Il s'agit probablement de quelque malheureuse servante séduite, qui a accouché seule et l'enfant est mort. Elle a dû l'enterrer en cachette et garder son chagrin pour elle-même, de peur de se retrouver à la rue, sans travail et sans références pour obtenir un autre emploi." Ce milieu d'aristocrates est éloigné de son univers et son mariage avec Charlotte ( voir L'Etrangleur de Cater Street) ne l'aide pas en ce sens. Pour lui elle a sacrifié un avenir d'aristocrate, aussi vivent-ils modestement. Friande d'enquêtes et soucieuse d'apporter son aide à son époux, Charlotte n'hésite pas à entrer chez les Balantyne. Sous l'influence de sa soeur Emily, elle se place au service du Général , classant et inventoriant lettres et récits à la gloire de sa famille afin que ce dernier puisse rédiger ses Mémoires. Parallèlement elle se tient en éveil, guettant un mot, un comportement déviant. Enceinte de leur premier enfant, Charlotte est férue d'Histoire et trouve son compte dans cet arrangement , inconnu de Thomas Pitt. De son côté Emily, dotée par son mariage d'une certaine aisance et d'une notoriété qui lui permet d'entrer dans toutes les grandes maisons, entreprend de nouer des liens avec les jeunes filles de bonnes famille afin de découvrir qui a mis ces enfants au monde et dans quelles circonstances ils sont décédés. Ainsi progresse l'enquête alors que l'on découvre les moeurs dépravées des hommes, leur attitude envers les domestiques souvent courtisées puis rejetées et la soumission des femmes dont l'honneur peut basculer à chaque instant, pour un faux pas. Les mères de famille protègent leur progéniture, ainsi Augusta s'assure-t-elle que la liaison que sa fille entretient avec un majordome aux dents longues sera de courte durée et ne nuira aucunement à la réputation de sa famille. Les hommes se rendent à leur club où ils cotoient des femmes de petites vertu et s'ouvrent sur leurs agissements envers les domestiques. Chacun présente un motif pour avoir commis cet acte odieux , mais sous le vernis et d'un secret de famille à un autre, Pitt ne tardera pas à découvrir la vérité.

En vrac et au fil des pages ...

Résolue à lire les romans d'Anne Perry dans l'ordre, je me suis lancée avec plaisir dans la lecture de ce tome. On y retrouve la famille Ellison et une nouvelle complicité entre Charlotte et sa soeur Emily, qui se révèle une entremetteuse hors pair. Là encore le plus stimulant est sans doute de découvrir les moeurs d'une époque, les non dits pour une question d'honneur, les secrets de famille et les différents traitements selon que l'on appartient à une classe noble ou basse. Le roman est essentiellement centré sur les femmes, de la domestique dont la place est fragile au sein d'un milieu où les hommes ont tous les droits, à l'aristocrate, soucieuse d'élever ses enfants dans les règles mais aussi de masquer la réalité par des convenances.

Les jugements envers la gent féminine sont souvent implacables, comme le soulignent les paroles de Reggie : "Les femmes doivent savoir pratiquer un art: ça leur donne une occupation plus tard , quand elles sont grandes. Sinon, que feras-tu de ton temps ?". Le comportement volage des hommes de la haute société ne saurait d'ailleurs être critiqué alors même qu'il serait impensable qu'une femme se donne , elle, à un autre homme. En même temps ce sont ces mêmes femmes qui apparaissent comme les piliers de la bonne société, maintenant les apparences envers et contre tout.

Tout cela, mené tambour battant par une auteur qui mêle à merveille données historiques et enquête policière autour d"une tasse de thé, vous promet un bon moment de lecture.

 

http://sylectures.files.wordpress.com/2012/09/anneperry2.jpg?w=501&h=364

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 07:06

http://www.gallmeister.fr/images/medias/0305%20Cover%20SUKKWAN.jpg

Sukkwan Island, David Vann, éditions Gallmeister, 2010, 200 pages

Genre : roman, drame

Thèmes : séparation, solitude, relations père-fils, Alaska, désespoir

 

L'auteur en quelques mots ....

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Né en Alaska en 1966, David Vann est un passionné des océans et de la navigation. il publie d'ailleurs dans des magazines comme The Atlantic Monthly ou Esquire. Auteur de plusieurs écrits, il vit en Californie où il anime des ateliers d'écriture et enseigne à l'université de San Francisco. Attiré par l'Alaska qu'il perçoit comme une terre mythique, il y place l'intrigue de son roman, Sukkwan Island.

Sukkwan island, sans être un roman autobiographique, lui a été inspiré par un drame familial survenu alors qu'il était âgé de 13 ans : le suicide de son père. David Vann explique que les liens entre sa vie personnelle et son roman ne vont pas plus loin tout en reconnaissant avoir insinué dans la deuxième partie de son oeuvre ce qu'il a lui-même ressenti à la mort de son père.

L'auteur parle de son écriture comme un exercice au plus près de l'inconscient, fait de découvertes surprenantes pour lui-même et, à fortiori, pour le lecteur !

L'histoire

Après une série d'échecs personnels, Jim décide de partir avec son fils de 13 ans afin de renouer les liens entre un père totalement perdu et son fils qui ne le connait que très peu. Une année sur une île sauvage, au coeur de l'Alaska, devrait leur permettre de se retrouver. " L'espace d'un instant, Roy eut la sensation de débarquer sur une terre féérique, un endroit irréel".Pourtant, sur cette terre à la fois fascinante et hostile , tous deux vont apprendre que la volonté ne suffit pas. Passée l'euphorie des premiers jours , ils se heurtent à des difficultés bien réelles. Abrités dans une cabane sans eau ni électricité, exposés aux dangers de toutes sortes ( climat, férocité des animaux), père et fils vont se découvrir à travers l'effort, la survie. Mais construire un abri pour la nourriture à la suite de l'attaque d'un ours, faire face à une tempête ne sont pourtant que les à côté de l'épreuve que subit Roy. Chaque nuit, en effet, Jim se laisse aller à pleurer, sous le regard inquiet de son fils. Jim est en proie à un désarroi dont Roy est témoin , lui qui a besoin d'un père sur qui il puisse compter. Peu à peu les défaillances de ce père vont devenir le seul horizon du jeune garçon qui deviendra son soutien, son espoir, le confident qu'il n'aurait pas dû être.

" Quelque part il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d'argent, d'impôts et tout est parti en vrille.

Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t'es marié avec maman ?

Son père le dévisagea d'un oeil qui prouva à Roy qu'il était allé trop loin.

Non c'est parti en vrille un peu avant je crois. Mais difficile de dire quand."

Pourtant les moments de complicité auraient dû porter ce duo: pêcher, fumer leur nourriture pour la conserver, découvrir la nature, s'apprivoiser ...  Jusqu'au moment où leur seul lien avec le monde, une radio maintes fois rafistolée, va leur apporter la nouvelle qui va tout faire basculer.

En vrac et au fil des pages...

Le roman est construit en deux parties. Je ne vous livre que la première puisqu'un basculement des plus surprenants nous fait entrer dans une seconde partie tout à fait sidérante. Je ne dévoilerai donc pas l'élément perturbateur mais plutôt l'ambiance créée par l'auteur.

La force du roman vient de l'écriture et de cette capacité de l'auteur à nous faire entrer dans le décor. Sous nos yeux un paysage extraordinaire, immense, sauvage, vivifiant et en même temps un isolement que l'on ressent dès les premières pages. La mise en scène joue sur tous les moyens d'enfermement : la radio qui ne fonctionne pas, l'avion de ravitaillement que l'on attend mais qui ne vient pas, la cabane qui de refuge devient un cercueil. Les deux personnages présentent un décalage qui laisse présager le pire. En effet, alors que le père devrait être un modèle et un soutien pour son fils, c'est ce dernier qui joue à plusieurs reprises le rôle de protecteur. L'épisode marquant de la première partie du roman dévoile au lecteur les failles de Jim : alors que père et fils cheminent dans le froid, Jim saute d'une falaise. Roy pressent immédiatement qu'il ne s'agit pas d'un accident mais que son père a bel et bien sauté. S'ensuit une longue description, haletante, au cours de laquelle il ramène son père dans leur cabane et attend, souhaitant par moment que ce père défaillant meure, qu'il soit enfin libéré de ce poids et puisse rentrer. En perte de repère Jim voudrait effacer le passé, retrouver son fils. Mais l'angoisse, la dépression le rattrapent. A chaque page l'on se dit que tout va bien se passer, qu'un changement va se produire et que cet épisode sera finalement une belle aventure humaine.

Pourtant c'est dans les tréfonds de l'âme humaine que nous conduit la seconde partie. L'on comprend alors à quel point la vie est fragile, combien les mots et les actes comptent, que l'on ait 13 ans ou 40 ans. Je dois dire que le personnage de Jim est extrêmement agaçant, mou. sans doute parce que l'on s'attahce davantage à Roy et que l'on comprend le désarroi qui l'envahit peu à peu.

Je pense que ce roman ne peut laisser indifférent. En revanche je ne suis pas certaine qu'il plaise à tout le monde, tant la violence sourde qui le sous-tend nous renvoie à notre propre fragilité. La première partie se lit avec un certain plaisir cependant, entre aventure dans le Grand Nord et drame familial. La seconde en revanche est plus troublante...un seul mot : Waouh ! C'est un choc, sans aucun doute.

L'on peut peut-être mieux comprendre ce qui a amené l'auteur à ce roman en lisant cette interview, pour moi très parlante, découverte sur le blog In Cold Blog.

Un peu comme un Pollock, ce roman dérange mais captive ...

L'avis des copinautes :

June parle du roman

La chronique de Felina


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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 04:53

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Récit d'enfance, L'Odeur du café de Dany Laferrière est aussi un récit qui nous transporte en Haiti, dans le village de Petit-Goave. Là, l'auteur nous parle de sa famille, de sa grand-mère Da et des femmes qui gravitent autour d'elle. Les senteurs, les couleurs se mêlent pour offrir un moment empreint de nostalgie dans lequel la nourriture tient une large place, parce qu'elle est partage, famille, bien-être...

" La salle à manger. C'est le royaume de Da. Da a toujours nourri tout le monde. Je veux dire sa famille, les voisins et aussi des indigents qui passent toujours au bon moment. Sans compter les chiens que Marquis invite lui aussi à manger. Ce qui fait beaucoup de bols blancs pour la famille et de bols bleus pour les autres. Da n'a jamais oublié personne, sauf tante Gilberte. Et on ne sait pas pourquoi. Ce qui fait que c'est toujours son bol qu'elle donne à tante Gilberte. Je n'ai jamais vu Da en train de manger. Quand tout le monde a fini, Da se fait un café qu'elle va siroter sous le manguier."

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" Une fois par mois mon grand-père allait vois ses terres, près du cimetière; en face de la vieille guildive de Duvivier.Il y passait toute la journée et ne rentrait que fort tard dans la soirée. Son diner l'attendait sous le couvre-plat en plastique rose, dans la salle à manger. Quelques mouches volaient autour des plats, par principe. Son repas favori : bananes, mirliton, aubergine, très peu de riz (cuit sans sel) avec du pois noir en sauce. Pas de viande, ni de carotte. Da dit toujours qu'il n'y a que mon grand-père et les enfants qui n'aiment pas les carottes. Il s'asseyait, mangeait lentement et se servait toujours une tranche d'ananas pour le dessert. Après le repas, mon grand-père se nettoyait longuementles dents. C'était sa fierté. Il a conservé toutes ses dents  jusqu'à la fin.

Un soir, il avait l'air plus fatigué que d'ordinaire. Il a à peine touché à son repas, s'est longuement brossé les dents avant d'aller se coucher. Une dernière fois."

C'est l'occasion pour moi de vous présenter un café réunionnais, remis à l'honneur ces dernières années : le café Bourbon pointu

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ici on le fait souvent griller au chaudron ..

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L'odeur âcre et forte emplit l'air ...délicieux ! J'avoue ne pas aimer le goût du café mais ce parfum de café grillé à quelque chose d'enivrant.

Le retrouver dans du chocolat n'est pas étonnant.

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La recette du jour : café Mocha

l'équivalent d'une tasse de café serré

1 cuil à café et demi de chocolat en poudre sucré

de la crème fouettée maison qui fondra moins vite au contact du liquide chaud

22 cl de lait

Miam ! Bonne dégustation

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 07:59

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Lorsqu'on veut préparer un petit goûter aux accents anglais, il est bon de regarder du côté d'Agatha Christie. Anne Perry offre aussi quelques instants autour d'une tea party mais avec moins de détails. par ailleurs j'aime bien la petite touche criminelle que prennent les description s de la grande dame du roman policier anglais !

" Le poison possède un certain charme ... Il n'a pas la brutalité du révolver ou d'une arme blanche. Mais je n'ai pas de connaissances particulières sur ce sujet, si c'est ce que vous voulez savoir.

- Avez-vous déjà eu de l'arsenic en votre possession ?

- Tiens, ça, c'est une idée intéressante"

Jeux de glaces, Agatha Christie

" Au buffet de la gare de Swindon, une dame en vêtements ornés de festons de jais déguqtait des buns au sucre et songeait à l'avenir. Aucun pressentiment ne l'avertissait d'un désastre. Ces buns étaient vraiment excellents. Incroyable de penser à quel point un enterrement peut vous ouvrir l'appétit !"

Les Indiscrétions d'Hercule Poirot, Agatha Christie

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Pour l'heure j'ai choisi une recette de marmelade d'oranges à déguster avec des scones ou des crumpets. Je n'aime pas trop les confitures d'agrumes, mais je dois dire qu'elles se marient parfaitement avec ces viennoiseries anglaises et la petite crème qui va avec. Elles apportent juste l'acidité qu'il faut. Sans cela ce goûter serait trop doux.

" Quoiqu'il méprisât personnellement le five o'clock - qui interdisait, à son avis, de déguster comme il convient le repas suprême, le dîner - Hercule Poirot avait fini par s'habituer à le faire servir. Pour la circonstance, George, toujours plein de ressources, avait disposé de grandes tasses, un pot de thé indien vraiment fort et, outre des crumpets carrés, chauds et beurrés, du pain, de la confiture et un gros morceau d'un plum-cake richement garni."

Pension Vanilos, Agatha Christie

Marmelade d'oranges d'Agatha Christie

2 kg d'oranges

500 gr de sucre

Eau de fleur d'oranger

A l'aide d'un économe, prélever le zeste de 500gr d'oranges environ, puis les mettre dans un saladier d'eau froide. Eplucher le reste des oranges et les couper en quartiers. Mixer cette pulpe en conservant quelques petits morceau ( pas de bouillie !). Faire cuire jusqu'à ce que les oranges soient ramollies.Ajouter alors le sucre et l'eau de fleur d'oranger à votre convenance. Faire cuire à feu doux en mélangeant de temps à autre, jusqu'à ce que la confiture prennen une belle couleur carame clairl. Ajouter alors les zeste et faire cuire à nouveau.

Je n'aime pas les confitures trop cuites, cela les rend trop sucrées ou amères. Il est aussi possible de blanchir els zestes afin qu'ils eitn moins de goût.

Cette marmelade est délicieuse avec des citrons, " On peut utiliser le jus de citron pour confectionner un sorbet, fort prisé des colonels en retraite de l'armée des Indes, qui l'additionnent copieusement de Vodka" !


Les recettes des copinautes

   Découvrez la recette de Stefiebo complétée par un extrait de une pièce montée de Sandrine Le Callet

http://deliceaupaysdesmerveilles.files.wordpress.com/2013/02/dsc00581.jpg?w=300&h=200

Et vous, quelle est votre recette du jour ?

N'hésitez pas à faire un petit billet et le laisser en commentaire ;)

Retrouvez l'ensemble des pages gourmandes ICI

pages gourmandes 1

 

 



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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 04:34

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L'Abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher, éditions Plon, 2013, 226 pages

Genre : roman

Thèmes : amour, jeunesse, engagement politique, idéaux

L'auteur en quelques mots ...

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Erwan Larher est né à Clermont ferrand. Des études de Lettres et de sciences politiques le mènent à l'écriture, non sans être passé par l'industrie musicale ( on retrouve dans ce roman des titres, des références et une ambiance propre aux années 80/90). Ses deux premiers romans très remarqués, l'Autogénèse et Qu'avez-vous fait de moi ?, lui ont valu de belles critiques.Au quotidien Erwan Larher fait aussi du rewriting et des bandes annonce pour la télévision. Dramaturge (Dégâts d'ego), comédien voix,  il écrit pour interroger le monde et l'humain.Un touche à tout à la plume envoûtante.


L'histoire

" Je te haissais.

Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j'exécrais : le désordre, le mauvais goût, l'improductive et vaine révolte juvénile".

Et pourtant, cette fascination qu'elle exerce sur lui va aller croissant. Bonne élève, sans histoire, elle attire l'oeil par son accoutrement, "tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps". 1977, première rencontre décisive. A l'occasion d'un exposé tous deux doivent travailler ensemble. Contraste saisissant : elle vivait dans une maison bourgeoise dans laquelle elle avait su ménager sa bulle, avec sa musique "I'm a problem child", "la rebelle était donc une privilégiée". Mais ce jour-là fut le début d'une longue histoire d'amour, "toute la rancoeur qui pourrissait en moi depuis des semaines disparut dans le vortex du désir". Elle l'entraine dans son monde, sa musique, ses copains décalés, les lieux sombres de la vie nocturne, sans jamais lui permettre de l'approcher davantage que comme une amie. Il faut dire que tout les sépare : lui, rangé, sage, membres des Jeunes Libéraux, rédacteur au Liberté et Fraternité; elle, tatouée du A de Anarchie, dévouée à la cause et prête à en découdre. Mais ces deux -là devaient vivre intensément leur passion, s'aimer, se nourrir l'un de l'autre. Lui, fou d'elle et pourtant toujours surpris qu'elle ait pu le choisir. Elle, indépendante, amoureuse mais aussi mystérieuse. L'histoire est belle, magique, tragique. Qui peut dire qu'il connait l'autre ? " Il me fallait deviner, tenter de te reconstruire pour te comprendre (...) je crois surtout que je ne voulais pas risquer d'ébranler ce miraculeux équilibre qui te gardait entre mes bras". Elle écrit. Qu'écrit-elle ? Jamais elle ne l'a laissé lire une ligne jusqu'à ce que son livre soit édité. Commence alors une vie qui l'éloigne de lui, l'édition, la promotion. Le public s'empare d'elle, "l'Ecrivain punk's not dead". 1983, La France fait la connaisssance d'Action Directe Branche Commando contre la laideur, des attentats réorganisent la vie politique. Elle s'intéresse à tout, pose un avis tranché sur tout. Lui a du mal à suivre, comme lorsqu'ils étaient plus jeunes et qu'il se sentait embarqué par des idées qu'il ne comprenait pas vraiment. Elle fait partie du monde et il ne l'en aime que davantage. Mais que savait-il de celle qui est devenue sa femme, qui menait une autre vie à Paris par besoin d'indépendance, qui lui disait l'aimer et avoir besoin de lui mais revenait différente, distante ,de chaque voyage ? "Il faudra bien que j'en parle" ...

En vrac et au fil des pages

Incroyable roman, L'Abandon du mâle en milieu hostile nous entraine dans un tourbillon d'émotions. Ca vous prend au ventre, inévitablement. Récit d'une petite vie tranquille ? Peut-être, mais toujours pointe cette sensation angoissante de la chute. Que s'est-il passé?  La phrase lancinante de cet anti-héros qu'est le narrateur, "Il faudra bien que j'en parle", laisse présager le pire. Et sincèrement, on pense à tout sauf à ce qui va nous être révélé.

C'est une déclaration, un sublime hommage à la femme aimée mais aussi un cri , retentissant, douloureux, libérateur ...Le temps d'un récit, l'illusion du bonheur ? La plume est enlevée, à la fois simple et érudite ( Que c'est bon de lire des mots moins usités au détour d'une phrase pourtant fluide et compréhensible de tous ! Petit coup de gueule du matin contre l'écriture facile...). Les pages se tournent, on veut savoir mais on profite aussi de chaque instant vécu auprès d'elle, de cet amour intense et exclusif qu'il lui voue. On passe de l'agacement envers un homme qui n'ose pas, se laisse porter, influencer par des idées faciles, à la joie d'un chemin qui s'annonce rayonnant. La fin nous obligerait presque à relire le roman, à la recherche d'indices qu'un lecteur attentif n'aura pas râté.

On ne sait d'elle que ce qu'il veut bien nous dire et c'est ce qui nous lie au narrateur, inextricablement, car , comme lui, on ne sait pas ce qu'il advient d'elle à chaque fois qu'elle part rejoindre son éditeur parisien, qu'elle quitte leur petite vie dijonnaise, le nid qu'il maintenait pour elle. On soupçonne, car on se souvient de la jeune fille rebelle qu'elle a été, qui l'attirait et le rebutait à la fois. Lui sait très bien où il veut nous amener en revanche et l'on apprécie d'autant plus cette capacité à reconstruire le passé.

La politique, la musique, les idéaux, prenent une grande place dans le roman et l'on se retrouvera sans doute dans ces souvenirs : l'engagement au lycée, les soirées si différentes d'un groupe à l'autre, les tracts distribués pour une cause ou une autre, les groupes que l'on écoutait dans les années 80, l'élection de Mittérand, les ados mal dans leur peau, les T-Shirt provocateurs... Quelles étaient alors nos valeurs ? Qu'en avons-nous fait ? Quels sont ceux qui, parmi nous, les ont faites grandir, en ont fait une passion ?

Tout est rédigé pour susciter l'émotion du lecteur et l'on adhère à la volonté du narrateur de ne pas aller trop vite. D'accord pour reprendre les souvenirs depuis la première rencontre, d'accord pour se laisser porter par les sentiments contradictoires qui lient les personnages, d'accord pour faire comme si on n'attendait pas intensément la chute ! Tout est fluide, tantôt poétique, tantôt plus sec. Et l'on finit la boule au ventre.

Le récit nous fait aussi entendre sa voix à elle. Elle lui répond par moments, mais où est-elle ? Tout cela est finement amené car l'on se demande sans cesse si elle est auprès de lui et réagit à cette autobiographie quil est en train d'écrire. Elle intervient pour modérer, rappeler, l'assiter dans son entreprise : se raconter, les raconter tous deux. mais au final, après être entrés dans leur intimité, la même question : qui était -elle vraiment ? "Il faudra bien que j'en parle".

Ce roman est un éritable coup de coeur, je vous le recommande.

Le petit plus : la pépite ! Le Blog d'Erwan Larher

 

 

 


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