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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 07:20

Ceux qui me connaissent doivent être étonnés de me voir essayer une nouvelle recette de gratin dauphinois.  Il faut que celui que je fais depuis des années est apprécié et réclamé.  

Syl m'a  convaincue de rejoindre  les gourmandes en ce dimanche, pour tester la recette de Martine. Je dois avouer que j'étais réticente,  jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'en fait ... c'est quasiment la même !  La seule différence est que je m'embête encore moins en ne précisant pas les pommes de terre.

Recette de MARTINE:https://lefricotdujour.wordpress.com/2017/03/12/le-gratin-de-chez-les-dauphinois/

Ingrédients :
– 1kg de pommes de terre
– 1/2 litre de lait
– 1/2 de crème
– Ail, sel, poivre, beurre

Préparation :
– Épluchez et coupez les pommes de terre en rondelles. Pas trop fines les rondelles car c'est ce qui va donner le côté onctueux. Personnellement je préfère les couper au couteau.
– Dans une grande casserole, mettez les pommes de terre avec une gousse d’ail écrasée, le lait et la crème, à hauteur. 
– Quand les rondelles sont pré-cuites, disposez-les dans un plat beurré sans chercher à faire une rosace ou autre deco artistique !

-  Recouvrez avec la crème. Salez, poivrez et mettez au four
– Il faut que le plat prenne une jolie couleur ambrée. 

Le gratin dauphinois de Martine

Verdict : les gourmands de ma tribu ont aimé.  Le goût d'Ail est plus prononcé que dans ma recette, cela vient sans doute de l'infusion précédant le passage au four.

Merci Martine et j'espère que tu ne prendras pas mal le fait que je garde ma petite recette sans précuisson car je trouve que les pommes de terre se gorgent davantage de crème,  l'ensemble est plus onctueux.

Toutes les recettes des gourmandes sont chez Syl

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 14:45
Appelez la sage-femme, Jennifer Worth

Appelez la sage-femme, Jennifer Worth, éditions Le Livre de poche, 2015, 498 pages

Genre : témoignage

Thèmes : obstétrique, seconde guerre, enfantement, femmes, ouvriers, Londres, Docklands

 

L'auteur en quelques mots ...

 

 

née au Royaume-Uni en 1935, Jennifer Worth est une infirmière et une musicienne.

Jeune infirmière, elle décide, dans les années 1950, de parfaire sa formation de sage-femme auprès des sœurs d’un couvent anglican, des sœurs de St John the Divine, qui soignent les pauvres des quartiers des docks de l’East-End. 
Quand à vingt-deux ans elle rejoint les sœurs de Nonnatus House, une maternité qui vient en aide aux plus pauvres, elle s’apprête à vivre l’expérience de sa vie. Elle travaille à Elizabeth Garrett Anderson Hospital à Bloomsbury et plus tard à Marie Curie Hospital à Hampstead.

En 1963, elle s'est marie à l'artiste Philip Worth. Ils ont eu deux filles. 

Elle se retira de son métier d’infirmière en 1973 pour poursuive une carrière de musicienne. En 1974, elle reçoit un diplôme du London College of Music, ou elle enseigne le chant et le piano.

En 2002, elle se tourne vers l’écriture et publie "Appelez la sage-femme" (Call the Midwife), un best-seller qui sera suivi par trois autres tomes de mémoires: "L’ombre des Workhouses" (Shadows of the Workhouse, 2005) et "Au revoir à l’East-End" (Farewell to the East End, 2009), les tomes 2 et 3 de la trilogie, et "In the Midst of Life" (2010).

Elle meurt en 2011 sans connaître l’immense succès de la série télévisé de la BBC, "Call the Midwife" (2012), inspirée par son livre. 

L'histoire :

 

" A l'ère victorienne, un vent de réforme sociale avait soufflé sur le pays.Pour la première fois, des auteurs ont dénoncé des injustices qui n'avaient jamais été mises en lumière, et la conscience du public s'est émue.Un certain nombre de femmes instruites et clairvoyantes se sont notamment avisées du besoin d'améliorer les soins infirmiers et l'obstétrique(...) Ils ne faisaient pas partie des occupations considérées comme respectables."

Les sages-femmes de Saint Raymond Nonnatus travaillaient dans les docks de Londres, seules sages-femmes compétences dans la seconde moitié du XIX°S, soumises aux épidémies de choléra, polio, tuberculose... Au cours du XX°S elles ont exercé leurs activités durant deux guerres mondiales. Tous les respectaient.

C'est dans ce contexte que la narratrice évoque son arrivée puis son apprentissage auprès des soeurs, sages-femmes, dans les bas quartiers de Londres. Pourquoi s'engager dans une telle voie, auprès des plus pauvres, dans la saleté, la misère ? Rapidement la réponse émerge à travers la beauté d'une rencontre d'une mère et son enfant, la puissance de la vie, la certitude d'une vocation, sans doute pas suffisamment reconnue, souvent méprisée au profit de professions plus nobles.

"Tous les médecins généralistes étaient formés par une sage-femme. Mais cela, très peu de gens semblent le savoir" et le mépris continue de la part des médecins diplômés envers ces femmes courageuses, souvent non reconnues. Heureusement ce n'est pas le cas de tous et ceux que l'on rencontre dans ce récit sont tout aussi bienveillants.

Peu à peu, à travers les rencontres, le suivi de parturientes, se tissent des amitiés. La misère sociale éclate également, le manque d'instruction, la violence, l'alcool parfois, la malnutrition qui provoque des malformations ou des décès précoces, les mères soumises ou révoltées, les pères effacés, travailleurs ou au contraire investis. Dans tous les cas une méconnaissance des soins nécessaires, de l'hygiène. Mais également de belles surprises liées à l'instinct maternel.

Sur les docks, toujours un respect affectueux pour ces sages-femmes qui circulent à vélo, par tous les temps, afin d'accompagner leurs patientes, prodiguer des soins précis, des conseils. En expertes, elles assurent les gestes qui vont faire naitre la vie, protéger ses premières heures et guider les nouvelles mères comme les multipares. Leur technique est ici détaillée et souligne les progrès effectués en terme d'obstétrique.

Jennifer Worth livre ici avec patience et émotion, le récit de quelques expériences fortes, vécues dans les années 50, alors que ces quartiers de Londres sont en pleine mutation. Les logements ouvriers ne suivent pas l'évolution de la société et les familles s'entassent en nombre dans une seule pièce, dans ces "tennements" pourtant récemment aménagés, souvent au détriment de l'hygiène de base. Pourtant ces quartiers grouillent de vie et la pauvreté n'enlève rien à l'amour.

Etre sage-femme dans ces conditions est une preuve inconditionnelle d'amour de son prochain, ce que les soeurs de Saint Nonnatus apprennent à Jennifer qui n'était pourtant pas tournée vers la spiritualité au début de sa prise de fonction.

Ici, chaque soeur, chaque sage-femme a une histoire , mais ce vécu est souvent oublié au profit des patientes. Jennifer Worth choisit de faire vivre chaque personne à travers ses particularités .

En vrac et au fil des pages ...

 

On parle souvent d'infirmières ou de médecins dans la littérature, mais rarement de sages-femmes. C'est le constat que dresse Agnès Ledig dans la préface.

Ce qui fait la force de ce récit est le mélange parfaitement agencé d'un documentaire et d'un récit de vie. On plonge immédiatement aux côtés de la narratrice dans cet univers si particulier, en démarrant par une interrogation : pourquoi avoir choisi ce métier ?

Les conditions d'exercice sont particulièrement rudes, la gratitude absente de la part du corps médical. Mais l'essentiel n'est pas là, car au-delà des soins on touche à la vie.

Le récit invite à l'humilité face à ces familles dont on se demande toujours comment elles peuvent mettre au monde de si nombreux enfants tout en sachant qu'elles ne pourront subvenir à leurs besoins. Le témoignage le plus poignant pour moi reste le récit de l'accompagnement de Conchita, mère de 23 enfants ! Les a-priori sont forts avant la rencontre de Jennifer avec cette famille exceptionnelle. Mais force est de constater que tout n'est qu'amour dans ce foyer, que les enfants disposent de l'essentiel et que  non seulement le couple est toujours uni ( je ne vous dirai pas pourquoi, c'est à vous de la découvrir !), mais le père, Len, est investi au même titre que sa femme, dans l'éducation des enfants. Une leçon d'humilité ! 

Jennifer Worth ne passe cependant rien des moments tragiques, difficiles, nécessairement affrontés.Les avancées de la médecines sont détaillées dans leur application quotidienne ( come l'usage de la pénicilline qui n'a été généralisé qu'à partir de 1941 !) , ce qui aide à comprendre comment on en est arrivé à un monde hyper médicalisé comme aujourd'hui. Qui eut cru qu'à cette époque, accoucher dans un hôpital vous faisait courir plus de risque que rester chez soi !

Mais ce qui rend le récit touchant et l'apparente à un roman, est la description des personnages, les portraits qui en sont dressés, qui rendent le tout vivant. Certains sortent du lot comme la soeur Monica Joan , dont on ne sait si elle feint l'innocence ou cache sa véritable personnalité, capable de bonté ais aussi de cruauté. A l'opposé, Soeur Evangelina se révèle adorée de ses patients et l'on se demande là encore ce qu'a été son parcours de vie. Chummy, jeune femme d'une taille hors norme, livrée aux moqueries mais déterminée et bravant ce défaut physique, compensé par sa bonté. Puis des patientes comme Conchita qui donnera une leçon de vie à tous.

Je vous recommande cette lecture touchante.

On me souffle à l'oreille qu'il faut regarder la série inspirée de ce roman témoignage ;)

 

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 16:58
Carnets de recettes voyageurs : le concours !

Depuis le temps que les carnets circulent en France, Belgique ou Suisse, nous arrivons au terme de deux voyages !

Le carnet "Recettes de nos voyages" est désormais rempli, de même que le carnet "Maman/bébé".

Comme convenu , j'organise un petit concours afin de permettre aux participantes de gagner ces carnets. Seuls les adhérents au club de recettes par correspondance peuvent donc participer. Un tirage au sort déterminera les gagnants parmi les bonnes réponses le 2 avril 2017.

Je précise que pour le carnet maman/bébé, seules les mamans ayant contribué à le remplir pourront remporter le carnet. Cela me parait juste, étant donné que seules quelques participantes souhaitaient le recevoir. En outre, il s'agit un peu de leur histoire ;)

 

Pour participer :

- être adhérent au Club de recettes par correspondance

- répondre correctement aux trois questions suivantes :

* en quelle année a été créé le Club de recettes par correspondance ( version choco !) ?

* quel roman a inspiré la naissance de ce club ?

* quel est le dernier né des carnets ?

Pour vous aider un peu voici le fil consacré aux carnets

- répondre exclusivement par le formulaire de contact en bas de page du blog,  pour éviter les tricheries ! 

 

C'est parti ! 

 

Carnets de recettes voyageurs : le concours !
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 09:39
Pechblende, Jean Yves Lacroix

Pechblende, Jean Yves Lacroix, éditions Albin Michel, juin 2016, 310 pages

Genre : littérature contemporaine, historique

Thèmes : seconde guerre, nucléaire, recherche, amour, engagement, Résistance

 

L'auteur en quelques mots ...

Jean-Yves Lacroix est né en 1968 dans la région de Grenoble. Ancien élève de l'École normale supérieure, spécialiste de l'œuvre de Jean Paulhan, il fait le commerce des livres anciens à l'enseigne La Palourde. Il a traduit des œuvres d'Herman Melville, E.E. Cummings et William Blake.
Il a publié un récit : Le Cure-dent (Allia, 2008) et un roman très remarqué : Haute époque (Albin Michel, 2013).

(source Albin michel)

L'histoire :

Jef Goldman est répétiteur à l'Ecole normale supérieure et prépare les élèves à l'agrégation. "Jef vivait attaché à l'Ecole normale comme une moule attachée à son bouchot".Depuis quelques temps le jeune homme s'intéresse à une oeuvre, l'Algèbre d'Omar Khayyam, qui aurait inspiré Descartes pour rédiger sa Géométrie. Une accusation de plagiat attire à présent son attention et Jef souhaite en savoir davantage.C'est qu'il rêve d'une publication qui le rendrait célèbre ou au moins remarqué, comme son rival, Jean Cavaillès, ou son camarade Emmanuel Des Essarts, tout juste nommé au Quai d'Orsay. Dès lors"Le sentiment de n'être nulle part à sa place" le tenaille.

Cependant, persuadé de tenir là une piste, Jef se rend dans la librairie Les Corps intermédiaires, gérée par Edouard Mesens. Parallèlement, lui parvient d'Italie une missive ayant échappé à la censure, émanant d'un ancien camarade, Ettore Majorana, spécialiste de la structure atomique. L'envoi date de cinq mois. Pourquoi tant de temps pour lui parvenir ?

Jef a pleinement conscience des changements dans les enjeux mondiaux " Depuis Michaux, le regard sur l'atome avait largement évolué. Les perspectives s'étaient ouvertes.(...) l'infiniment petit se révélait un abîme à part entière. L'atome cristallisait désormais les espoirs les plus fous, suscitait les pire craintes, avec l'intérêt des militaires".

Lorsqu'Emmanuel Des Essarts apprend à Jef que Majorana est porté disparu, ce dernier comprend que la lettre envoyée d'Italie contient la réponse à sa question. On parle d'enlèvement sur fond de complot international."Il avait jamais douté que la guerre approchait, mais il en devinait à présent un des enjeux secrets: le temps était venu pour lui de se perfectionner"

Lucien, quant à lui travaille pour Edouard Mesens et comprend rapidement les enjeux du métier, cherchant les perles rares, les trésors cachés dans les greniers. Apprentis libraire, il ne tarde pas à faire ses preuves, participant à la mise au jour d' une collection rare, transmise au sein d'une famille, inconnue des bibliophiles. Conscient des sommes considérables à en tirer, qui pourraient par ailleurs sauver la librairie, Edouard Mesens acquiert l'ensemble. A force de fouiner, Lucien finit par dénicher l'Algèbre d'Omar Khayyam, exemplaire dédicacé à Théophile Gautier. L'acheteur , un certain Jef Goldman, se présente comme philosophe... Devenus amis, les deux hommes échangent leurs vues sur la guerre, Jef faisant part de son engagement dans l'armée, persuadé que la prochaine guerre sera mécanique et remettra en question toutes les stratégies héritées de 1914/18, "c'est l'animal en l'homme qu'elle dresse à la hauteur d'un géant meurtrier".

Lorsque Laura entre dans la vie de Lucien, ce dernier n'imagine pas qu'il va participer à un pan de l'Histoire. Etudiante en Physique, elle participe à des recherches sur la scission de l’atome à partir du dioxyde d’uranium, la pechblende, littéralement « la pierre qui porte malheur ». . "Depuis le mois de janvier, le département de Chimie nucléaire du Collège de France devait faire face à une surcharge de travail tout à fait exceptionnelle (...)" deux chercheurs "apportaient la preuve expérimentale qu'il était possible de briser un noyau d'uranium en le bombardant à l'aide d'un faisceau de neutrons.(...) le phénomène baptisé "scission nucléaire " allait faire basculer le monde ...

"Le 14 juin en fin de matinée, les troupes allemandes pénétrèrent dans Paris par la Porte de Saint Cloud, sans rencontrer la moindre résistance".

 

 

En vrac et au fil des pages ...

Voici un récit passionnant, dans lequel il faut cependant entrer en sachant que l'écriture est travaillée, que les références historiques et scientifiques sont nombreuses. Une fois prévenu, le lecteur pourra se laisser porter par l'intrigue et apprécier les nombreuses références qui apportent une tension dramatique au récit.

Car s'il s'agit d'une fiction, elle est basée par les dernières découvertes en terme de nucléaire, qui vont révolutionner le monde, la façon de penser une guerre. Le récit se termine d'ailleurs par l'évocation de la bombe lâchée sur Hiroshima, comme un signal fort de ce qui était prévisible mais n'a pas su être entendu ou reconnu à temps.

La recherche fait de grandes choses mais détruit aussi des vies. Dans ce contexte, des intellectuels s'évertuent à transmettre des connaissances , mais tout est faussé par l'avancée de Hitler. Le roman sous entend fortement que sa stratégie n'a pas été prise au sérieux. Mais alors que des chercheurs font évoluer les sciences, les nazis, eux, entrevoient parfaitement ce qu'il serait possible d'en faire.

En mettant en confrontation la littérature et les sciences, l'auteur nous livre une reflexion sur ce que nous laissons au monde, sur l'engagement, les enjeux mondiaux et ce qu'il convient de faire , en terme d'éthique. Il s'agit aussi d'un hommage à la littérature, témoin du passé.

Les personnages de Lucien et Laura sont de jeunes adultes qui ne perçoivent pas l'ampleur des découvertes ou des décisions politiques "ils ne trouvèrent pas de mots assez durs pour stigmatiser la corruption générale, ni le cynisme en vigueur dans le monde des adultes". Eux vivent leur histoire d'amour. Laura voue une admiration sans borne à son mentor, Joliot Curie.Mais Lucien n'entrevoit pas quelle part de responsabilités endosse Laura au sein du département de chimie, ni comment cela la relie à l'Histoire immédiate. Un passé commun douloureux les rapproche: "Alors , l'un et l'autre, nous avons commencé à chercher ailleurs : moi dans les molécules, toi dans les livres,une vérité qui nous concerne et nous aide à vivre". 

La première partie du récit met en place les personnages, les lieux, les éléments essentiels qui font pressentir la menace. Par la suite on suit avec eux l'entrée des allemands, les actes du gouvernement de Vichy. On comprend, sans doute mieux que Lucien, ce qui se trame derrière les recherches. La fin accélère les révélations et installe un inconfort que vient souligner ce constat : "A travers Joliot Curie, ce jour-là, comme à chaque cérémonie patriotique qu'il lui était donné de suivre, Lucien avait le sentiment bouffon qu'un peuple se dédouanait de ses manquements à l'histoire immédiate (...) en glorifiant les victimes, au nom de leur sens bien connu du sacrifice. Le pays retaillait sa légende à grands coups de ciseaux : la France occupée découvrait ses héros".

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 14:01
Arrive un vagabond, Robert Goolrick

Arrive un vagabond, Robert Goolrick, éditions Pocket, 2013, 352 pages

Thèmes : Virginie, ségrégation, influence, amour, terres, enfance

Genre : drame

Traduit par marie de Prémonville

 

L'auteur en quelques mots ...

Retrouvez la biographie de Robert Goolrick sur la chronique de Féroces

L'histoire :

"Tous les regards de cette ville sont posés sur nous, même quand nous dormons". révérend Shadwell

1948.Lorsqu'il arrive à Brownsburg, petite ville de Virginie, Charlie Beale est loin d'imaginer ce qu'il y vivra. Au volant de son pick-up, devenu au fil du temps sa maison, il repère immédiatement un terrain où coule une rivière. Ce sera son campement, son refuge. Seul depuis longtemps il n'aspire à rien d'autre que la tranquillité et une terre à lui.

Rapidement, Charlie se fait accepter par les habitants de la ville, pourtant peu locaces, méfiants, vivant dans la crainte de Dieu représenté à travers les multiples églises méthodistes, baptistes ...etc. Doué pour découper la viande, il est alors embauché par Will dans sa boucherie et adopté par sa famille. Son travail est reconnu par tous, y compris par la communauté noire qui vient plus tôt le matin pour acheter la viande, laissant ensuite la place aux Blancs. Ses talents de joueur de baseball achèvent de créer la légende Beebo.Dès lors, Will et Alma n'auront de cesse de faire en sorte qu'il se sente bien et leur petit Sam ne tardera pas à devenir l'ombre de Charlie "Beebo". Entre eux deux des liens forts se tissent au point qu'il deviennent inséparables.

Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille et du jour où Sylvan Glass fait son apparition, Charlie n'est plus lui-même, sous le charme de la jeune femme pourtant mariée au notable de la ville que tous détestent et redoutent.

Sylvan est issue d'une famille de paysans du fin fond de la Virginie et a été achetée par Harrison Boatwright Glass ,pour qui tout se paie. En compensation d'un terrain à exploiter et d'une somme d'argent, la famille a accepté de laisser partir Sylvan. Cette dernière vit sa vie par procuration à travers le cinéma, les actrices qu'elle vénère Olivia de Havilland, Ava Gardner, Audrey Hepburn, et dont elle reproduit toutes les tenues, grâce à Claudie, couturière noire qui lui voue une admiration sans faille bien qu'elles appartiennent à deux mondes différents.

Pour elle, il perdra la raison, sa fortune et les regards se détourneront sur son passage ...

En vrac et au fil des pages ..

 

Ce récit est présenté comme une romance mais il n'en est pas une pour moi, même si l'amour et la folie qui guettent Charlie sont au coeur du roman. C'est un drame, une tragédie sur fond de ségrégation, relatant combien une société croyante et pratiquante peut laisser tomber ses enfants, par conviction, peur de l'enfer.

Le lecteur se prend réellement d'amitié pour Charlie dont la vie simple interpelle. On ne saur pas d'où il vient ni pourquoi son pick up est devenu sa maison. mais qu'importe. Jusqu'au moment où arrive ce drame, on ne prête pas attention à son passé car seules comptent ses actions au coeur de la ville pour se faire accepter. Par la suite son besoin d'amour prendra l'ascendant sur lui, incarné en Sam, un enfant qui n'est pas le sien mais qu'il considère comme son fils, en Sylvan surtout, ce qui le mènera au pire.

Le décor à lui seul vaut le détour. Nous sommes dans l'Amérique des grands espaces où posséder de la terre est synonyme de richesse. Charlie y voit une transmission possible à sa descendance, puis à Sylvan et choisit minutieusement chaque parcelle, pour son emplacement, sa beauté, les sensations que cet amoureux de la nature y éprouve. Offrir cela c'est offrir son coeur, c'est se mettre à nu. Mais qui peut le comprendre, hormis celui qui narre cette histoire et dont je ne peux rien dire au risque de trop en dévoiler.

L'amitié sous-tend le récit. mais l'on en perçoit la fragilité dès lors que les hommes sont mis au banc de la communauté par les prêcheurs des différentes églises. dans ce contexte, seul un révérend noir va accueillir Charlie, tout en le mettant en garde contre ce qu'il risque s'il persiste à fréquenter ceux que la ville tolère mais n'accepte pas. Ce révérend deviendra une des voix qui s'élèveront contre la ségrégation quelques années plus tard.

Pour l'heure le danger est ailleurs, mais Charlie n'y peut rien, emporté par son amour pour Sylvan en qui il reconnait son âme soeur. Pourtant on comprend assez vite qu'elle n'est pas tout à fait sur la même longueur d'onde, ou plutôt que sa naiveté ne lui permet pas de comprendre l'ampleur de l'amour de Charlie. Issue d'un milieu paysan, elle a été achetée par son mari comme un animal de ferme et s'est dès lors projetée dans une vie rêvée, faite de cinéma, de tenues extravagantes. Une façade qui va rapidement se fissurer...

Je vous recommande chaudement ce livre qui est un véritable coup de coeur. La plume de Robert Goolrick est toujours aussi envoûtante, ici ntamment dans la description des paysages, des sentiments, et toujours acérée. La violence latente est aussi au coeur de l'oeuvre de Goolrick.

 

 

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 09:13
Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé

Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé, éditions Actes Sud, 2016, 288  pages

Genre : roman

Thème : guerre, épopée, Histoire, terrorisme

 

L'auteur en quelques mots ...

Retrouvez la biographie de Laurent Gaudé sur le billet du challenge

L'histoire :

 

" La défaite, elle est là. Est-ce que les autres ne la voient pas ? La défaite gourmande, bestiale, sans appel. Ils ne pourront pas lui échapper. Est-ce qu'il est le seul à la sentir ?"

Mariam est archéologue et voue sa vie à la recherche et la conservation de trésors oubliés, vestiges d'un passé antique où la Mésopotamie était glorieuse. Heurtée dans son corps par une maladie qu'elle sait incurable, elle prend parfois du plaisir dans les bras d'hommes vite oubliés, amants de passage.

Pourtant lorsque son chemin croise celui d'Assem, Mariam sait que leurs destins sont unis. Il la comprend et trouve les mots justes qui prouvent sa connaissance de la terre sur laquelle ils vivent, des guerres et conflits passés. Assem est un agent des services de renseignements français et s'apprête à rencontrer un ancien membre des commandos d'élites américain que le gouvernement cherche à éliminer après avoir testé sa dangerosité. Tous deux ont vécu les drames, les obligations inhérentes à leur métier, parfois bien loin de l'humanité. Chacun sait qu'il est arrivé au bout de quelque chose et qu'il ne sera pas possible de continuer ainsi, une vie de combat, de traque.

Afin d'unir son destin à celui d'Assem, Mariam cache dans ses affaires une statuette de Bès, " le dieu nain que l'on glisse sous la tête des défunts pour les apaiser", qui sera le lien entre eux. Elle que l'amour n'a su combler voit en cet homme une renaissance et la possibilité d'une réparation. Elle sait qu'il aura le bon geste et comprendra ce qu'il faut faire de la statuette.

A des siècles de distance, Hannibal se prépare à une bataille mémorable. Lui, roi puissant, guerrier à dos d'éléphant, entend marcher sur Rome et révéler son pouvoir au monde. Le général Grant doit mener une bataille contre les confédérés et sait que sa victoire n'en sera pas vraiment une car toute guerre est une défaite en soi.  Hailé Sélassié , dit Le Négus,roi des rois, adulé puis rabaissé, luttant contre l'envahisseur fasciste, enfermé dans une geôle où il sera oublié, en est l'exemple.

Et alors que Daech s'attache à détruire toute trace d'un passé glorieux en détruisant les musées, le patrimoine ancestral, Mariam constate, tout en gardant espoir, ce que l'homme est capable d'infliger à ses semblables. "il ne peut y avoir de renoncement"...

"Tout ce qui se dépose en nous, année après année, sans que l'on s'en aperçoive (...) signe qu'au-delà de la conscience quelque chose vit en nous qui nous échappe mais nous transforme(...) avance obscurément, année après année, souterrainement, jusqu'à remonter un jour et nous saisir d'effroi..."

En vrac et au fil des pages ...

 

Les thèmes chers à Laurent Gaudé sont réunis dans ce roman polyphonique : la guerre, l'humanité et son devenir, la mythologie, les grands guerriers de l'Histoire. Ici l'accent est mis sur les dérives actuelles perpétrées par Daech et c'est ce qui a le plus retenu mon attention.

J'avais été choquée par les images présentées au journal télévisé, montrant des terroristes abattant des statues, détruisant tout un patrimoine. Rapidement mes élèves avaient posé la question "c'est ce qu'on voit dans les livres d'Histoire ? La Mésopotamie ?". Et même ceux qui ne sont pas férus d'Histoire avaient compris ce que l'on perdait là.

Laurent Gaudé part  de ce constat et l'explique par le mépris mais aussi la conscience de l'impact de ces actes sur la communauté, une revendication de pouvoir au-delà des guerres. "L'Antiquité est pleine de villes mises à sac -l'incendie de Persépolis, la destruction de Tyr- mais d'ordinaire il en restait des traces, d'ordinaire l'homme n'effaçait pas son ennemi".

Le roman donne voix aux grands combattants de l'Histoire : le général Grant, Hailé Sélassié, Hannibal et leur confie un discours qui peut sembler désabusé : une bataille se gagne au prix de multiples vie et est ainsi, en soi, une défaite. L'on découvre le courage, la force de chacun, mais également un état d'esprit très lucide, conscient que tout peut basculer.

La touche féminine apportée par Mariam, archéologue irakienne, qui assure un espoir, une continuité dans la folie et célèbre surtout l'art, sa beauté intemporelle. Peut-être est-ce ce qui vaut encore la peine de lutter.

Assem est un agent de la République que rattrapent ses fantômes : "J'ai mené tant d'opérations durant toutes ces années que je suis devenu un chasseur, tueur de la République qui traque sans cesse des homes nouveaux". Il connait bien le pays de Mariam car y a poursuivi des terroristes mais a surtout foulé le sol de ses ancêtres et éprouve, comme elle, un infini respect pour le passé de l'Irak.

Ce que j'apprécie le plus chez Laurent Gaudé est sa faculté à faire vivre l'Histoire, à donner corps et voix à des êtres oubliés sur lesquels on a aussitôt envie d'en savoir plus, sa perspicacité et capacité à trouver le mot juste, souvent empreint de poésie.

C'est un récit que je vous recommande, même si j'ai eu plus de mal à entrer dans l'histoire que pour les oeuvres précédentes. Avec le recul je pense que cela vient du fait que je connais moins les actes du général Grant ou de Hailé Sélassié, sur lesquels je me suis documentée depuis.

 

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