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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 06:00

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Les mains de Dieu, Ludovic Rosmorduc, éditions J'ai lu, 2014, 377 pages

Genre : roman d'aventure historique

Thèmes : croisade, hérésie, quête, croyances ...

L'auteur en quelques mots...

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Tourangeau passionné de Moyen âge et d'histoire, Ludovic Rosmorduc est un statisticien, mathématicien de formation,  tombé par passion dans l'écriture. Ses rêves d'enfants l'ayant conduit sur les pas du Merveilleux,entre Dordogne et languedoc, il fait évoluer ses personnages dans un cadre médiéval fantastique ( récits jeunesse : L'Héritière du temps (2011), Le Tertre des âmes (2011), Trahison et faux semblants (2012)). Pourtant, dans Les mains de Dieu, l'écriture et le cadre historique invitent le lecteur adulte. Nourri de récits comme les Piliers de la terre de Ken Follett ou Les cathédrales de la mer de Ildefonso Falcone, Ludovic Rosmorduc nous entraine ici dans une quête, une aventure historique.

Mais je n'en dis pas plus et lui laisse la parole ( en fin de billet)

L'histoire:

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Carcassonne

1215. Quatrième concile du Latran. Le pape Innocent III réunit ses fidèles afin de consolider la chrétienté et réaffirmer le pouvoir papal menacé par les ambitions des empereurs et des rois. Dans ce contexte où l'hérésie cathare se développe, les décisions prises lors de ce concile signeront l'arrêt de mort des albigeois, condamnés à être livrés au pouvoir séculier.

Jehanne, jeune femme d'une quizaine d'année, a vu sa famille décimée en 1209 lors de la croisade contre les albigeois proclamée par l'Eglise. Recueillie par une famille bienveillante qui ne pourra lui assurer un avenir bien long, elle se retrouve dans une maison close, contrainte de livrer son corps au plaisir de clients plus écoeurants les uns que les autres, à l'image de ce religieux au regard lubrique. Pourtant, mue par une volonté farouche d'échapper à ce destin, elle fuit et est hébérgée par un vieil érudit, collectionneur de livres et agnostique, Théodore d'Havricourt.

Au même moment, un frère Dominicain parvient à Carcassonne, alors aux mains de Simon de Monfort. Que cherche cet homme , intrigué par la bibliothèque dans laquelle travaille le copiste Barnabé ? Ses propos orientent sa quête vers des ouvrages hérétiques que le copiste s'empresse de cacher, mettant sans le savoir Théodore et Jehanne en grand danger.

Commence alors une fuite désespérée qui se meut peu à peu en quête pour ce duo improbable ...

" (...) si tout comme un homme, un livre peut décevoir, il ne pourra en revanche jamais faire de mal" (...) Théodore n'était pas tout à fait d'accord. De son avis, certains écrits pouvaient causer de grands maux ..."


En vrac et au fil des pages ...

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Conques

Quel plaisir de lire un récit documenté et dont le style reflète l'esprit d'une époque et plonge, d'emblée, le lecteur dans ce XIII°S tumultueux.

Le duo improbable constitué d'une jeune femme au caractère fort et d'un vieux sage, collectionneur de livres, apporte une touche particulière à ce récit dont le cadre historique est bien campé. Pourtant le lien qui les unit est aussi celui de la chair, diable de Theodore qui ne résiste pas à la jolie frimousse de Jehanne ! Une familiarité, une proximité qui se voudra paternelle , unit ces deux là pour le meilleur et pour le pire. Mais Jehanne est aussi une belle femme qui fait tourner les esprits, ce dont le vieil homme est conscient et qui l'aidera à passer un cap, revenir sur des événements de son passé, aider Jehanne à avancer. J'ai trouvé la demoiselle indifférente ou peu touchée par certains événements que je ne peux révéler jusqu'à ce que je me souvienne de son âge et du parcours initiatique que constitue son périple aux côtés de Theodore. le lecteur ne lui reprochera donc pas trop de se laisser entrainer sur le chemin du péché ! Théodore est quant à lui un savant en avance sur son temps qui n'hésite pas à livrer ses découvertes et avancées, comme cette méthode de calcul révolutionnaire qui permet de ne plus s'appuyer sur les abaques. Une sagesse novatrice qui va dans le sens du progrès.

On se prend d'amitié poiur ces personnages même si chacun porte un côté sombre comme le passé de Théodore qui nous le rend désagréable ou décevant à un moment, passionné qu'il est par la quête et oublieux de ce que devrait être son mea culpa. Mais on lui pardonne bien vite tant son enthousiasme est grand.

Il appréciera que le mystère vienne d'un livre et que le voile se lève peu à peu sur une intrigue codée, faite d'indices que seul un érudit peut résoudre, ceci pour le côté aventureux qui leur apportera la compagnie d' un chevalier, gaillard au coeur d'or , et d'un troubadour.

Le tout est porté par l'Histoire, une Histoire que je connais bien puisque j'ai vécu dix ans à Carcassonne, région fourmillant de châteaux ici nommés (Peyrepertuse où vit Guillaume) et reconnus comme hauts lieux du catharisme. La croisade qui décime les albigeois n'est pas développée outre mesure mais se présente ici comme une toile de fond. L'ordre des dominicains, récent, commence son oeuvre et les mains de Dieu envoyés par le pape cherchent à mettre la main sur l'élément clé qui pourrait mettre à mal la chrétienté telle que pensée par l'Eglise.

L'écriture, comme dit plus haut, sous tend un récit bien construit par une érudition qui ne s'impose pas . La maitrise de la langue et le travail fourni, pour qu'aucun anachronisme ne vienne choquer la lecture, est à noter.

La chronique de Licorne


Petit plus ..

Licorne et moi-même nous sommes livrées à une petite interview de Ludovic Rosmorduc que je remercie encore chaleureusement pour avoir répondu si vite et de façon si complète, apportant ainsi à son roman un éclairage que lui seul pouvait donner.

Mes petites questions

 J'ai tout d'abord été interpellée par le lieu, que je connais bien comme je vous l'ai dit. Les environs de Carcassonne et l'histoire de ce lieu vous interpellent-ils ou bien cherchiez-vous simplement un cadre pour votre récit ?

 

On va dire qu’il y a un peu des deux !

J’avais envie de m’essayer à un roman adulte sur fond historique, pour changer un peu de mes précédents romans, orientés fantasy jeunesse. Cependant, au départ je n’avais pas d’idées précises sur le lieu dans lequel se déroulerait l’action.  Une seule chose était sûre,  cela se passerait au XIIe ou XIIIe siècle. Cette période de l’histoire m’a toujours fasciné, aussi bien par le peu que j’en connais (je en suis en aucun cas historien et mes connaissances sont donc plus que lacunaires), que par sa propension à nourrir mon imaginaire. En cela je rejoins totalement Carole Martinez qui, dans son roman « Du domaine des murmures » faisait dire à son héroïne du XIIe siècle à peu près ceci : Tu ne peux pas te rendre compte, lecteur, combien notre époque est perméable au merveilleux. C’est exactement ce que j’ai toujours ressenti. Pour moi le merveilleux ça n’est pas ailleurs dans l’espace mais ailleurs dans le temps. Dans notre propre passé. Les hommes et les femmes du douzième siècle croyaient au merveilleux, il faisait intégrante de leur vie et, de ce fait, existait réellement.

Pour revenir à la question, l’idée du lieu où se déroulerait l’action m’est venue plus tard, tandis que je mûrissais le projet. Enfant, j’avais passé plusieurs fois des vacances dans la région, les balades dans Carcassonne et, bien sûr, dans certaines forteresses cathares environnantes, m’avaient comme tant d’autres, captivé. Les histoires racontées durant les visites guidées m’avaient marqué, et je me plaisais même déjà à m’en inventer d’autres une fois revenu de ses visites. J’ai donc bien vite compris que je tenais là l’arrière plan naturel pour planter le cadre du roman que je voulais construire. Il me ne restait donc plus qu’à lire des ouvrages sur cette période de l’histoire pour me rafraîchir la mémoire, me mettre dans l’ambiance et… me lancer !

 

 L'histoire des Cathares fascine en général, néanmoins une part de mystère plane sur cette communauté sur laquelle on a beaucoup écrit. Quelles lectures ou rencontres ont orienté vos recherches et votre récit ? J'ai retrouvé dans votre texte la même part d'inconnu dans la mesure où vous n'entrez pas dans le détail de la vie des albigeois, du choix de leur religion, est-ce voulu ?

 

Plusieurs questions en une !

Comme je le disais plus haut, ce sont les visites effectuées enfant, durant  mes vacances, qui m’ont poussé à choisir de planter mon récit dans le Languedoc pendant la période de croisade contre les albigeois. Ensuite, comme vous le dites, beaucoup de choses ont déjà été écrites sur le sujet. Je n’ai donc eu aucune peine à me documenter. Je suis simplement allé en librairie acheter quelques ouvrages. En fin de roman j’ai listé ceux qui m’ont servis. On y retrouve notamment Michel Roquebert et Anne Brenon, des spécialistes de cette période.

Pour répondre à la deuxième partie de la question, je ne suis pas entré il est vrai dans les détails concernant la vie des albigeois. Comme je l’indique en préambule du roman, je ne suis pas historien ni médiéviste, je n’avais donc ni les compétences, ni l’envie d’ailleurs, d’écrire un roman purement historique. Je voulais plus modestement écrire un roman d’aventures mais sur un fond historique réel afin de lui donner plus de crédibilité.

Il m’est souvent arrivé de lire des romans d’aventures historique et, parfois, j’ai trouvé le côté historique un peu trop approfondi, un peu trop professoral surtout que cela ne servait pas forcément le récit. Je voulais éviter cela. J’ai donc simplement essayé de trouver le bon dosage entre actions et informations. Un lecteur ne connaissant ni les lieux ni la période trouvera peut-être mon roman riche en éléments historiques, tandis qu’un connaisseur, comme vous l’êtes, trouvera cela plus « survolé ». L’équilibre n’est pas aisé à trouver.

Pour résumer, et comme je le dis en tout début de roman, je me suis documenté pour rendre le background le plus crédible possible, j’ai fait au mieux pour que les éléments historiques s’insèrent de façon naturelle, qu’ils aient un lien direct avec l’action, mais mon but premier était de distraire le lecteur avec une histoire et des personnages fictifs, non de l’instruire. Maintenant, si certains apprennent des choses et que cela leur donne envie d’approfondir le sujet en lisant des livres de spécialistes, tant mieux !

 

 Comment sont nés vos personnages ? Jehanne, femme forte et fragile à la fois, Théodore, physiquement démuni mais mu par une quête qui le transcende...

 

En me lançant je n’avais pas d’idée précise sur les personnages. J’avais le cadre historique, et aussi, depuis déjà longtemps, l’idée du « trésor » après lequel courent nos héros.

Dans mes romans jeunesse je mettais davantage l’accent sur l’histoire, l’action, le suspens, que sur les personnages. Je voulais, cette fois-ci, mieux équilibrer l’ensemble. L’idée qu’un des personnages principaux soit âgé, au terme de sa vie, était cependant naturelle. Je l’avais survolée dans deux de mes romans, sans m’appesantir étant donné le public visé. En me lançant dans un récit adulte j’avais l’occasion d’approfondir davantage. D’autant plus que cela faisait écho à la quête dans laquelle les héros allaient se lancer, mais je n’en dit pas plus pour ne pas spoiler !

Le personnage de Théodore s’est donc peu à peu précisé dans mon esprit et j’ai vite vu qu’il me permettrait des digressions, des réflexions sur la vie, la mort… Bref, je pressentais que j’aurai matière à créer un personnage riche et fort. En en faisant également un grand amateur de livres, là encore pour faire le lien avec l’objet de la quête, l’idée m’est venu qu’il soit érudit et athée.

Pour prendre le contre-pied, je me suis dit que le second personnage principal serait tout le contraire, quelqu’un de jeune, de sexe féminin, croyante. Comme le roman s’inscrivait dans la période de croisades contre les albigeois, quoi de mieux que d’en faire une albigeoise ! L’idée m’est alors venue d’une jeune femme tout d’abord fragile, née dans un monde trop dur pour elle, et qui, peu à peu, va comprendre que le seul moyen de survivre est de se montrer dure à son tour. Inexpérimentée de tout sauf du malheur au début de roman, elle va ensuite découvrir de façon accélérée en raison des événements qui se précipitent, l’amitié, le désir, l’amour… bref, la vie quoi ! 

Ainsi Jehanne et Théodore étaient nés dans ma tête, restait à les faire naître sur le papier et à les entourer de mystérieux dominicains !

 

 L'incipit de votre récit semble orienter le lecteur sur la piste d'un récit fantastique      (les ombres qui s'échappent de l'église) que l'on ne retrouve pas par la suite. Avez-vous été tenté, à un moment, de mêler les genres ?

 

Je ne voulais pas orienter le lecteur sur la piste du fantastique dans ce prologue. Les ombres qui s’échappent de la basilique n’étaient dans mon esprit que des silhouettes encapuchonnées. Je voulais créer le mystère, pas le fantastique.

Mea culpa !

En fait ce prologue était là pour mettre le lecteur dans l’ambiance tant du point de vue historique avec le concile du Latran et ses conséquences, notamment la volonté réaffirmée de l’Église mettre fin aux hérésies, que du point de vue de l’intrigue avec donc ces mystérieux personnages s’échappant de la basilique au moment précis où débute le concile.

Cela étant, en cours de récit, je me suis effectivement permis une petite incursion dans le fantastique, ou au moins l’ésotérique, avec le frère Norbert, un dominicain doté de quelques pouvoirs occultes

Mais je confirme cependant que l’idée était vraiment d’écrire un roman plausible, sans fantastique, mais propice au rêve et au merveilleux, comme l’est, je trouve, cette époque.

 

 Les données historiques sont bien présentes dans votre écrit et parfaitement intégrées au texte, à l'intrigue. Il est toujours difficile de ne pas couper l'élan de l'histoire lorsqu'on rapporte des faits historiques. Comment avez-vous travaillé cet aspect de votre roman ?

 

Merci pour ce joli compliment qui me touche vraiment d’autant que c’est exactement ce que j’ai essayé de faire. Cela rejoint un peu ce que j’évoquais en question 3. J’ai lu bon nombre de romans d’aventures historiques et, dans certains, j’ai ressenti exactement ce que vous dites. Des passages historiques, intéressants bien sûr, mais alourdissant l’ensemble car trop peu connectés au récit, à l’action, à ce que vivent les héros. J’ai donc toujours essayé de garder à l’esprit que si je distillais des informations historiques ces dernières devaient absolument avoir un rapport direct avec l’histoire. Voilà pourquoi je ne suis pas entré dans les détails (ce qui a pu vous laisser sur votre faim, vous qui connaissez bien le sujet), pour m’en tenir à des événements qui influaient ou expliquaient ce que vivaient les héros.

Pour cela, en amont du travail d’écriture, j’ai lu plusieurs ouvrages, pris des notes, afin que les références historiques me viennent naturellement à l’esprit en même temps que se construisait l’intrigue du roman. Il est même arrivé, une ou deux fois, qu’un de ces événements historiques me donne une idée, oriente le récit dans une direction que je n’aurai peut-être pas envisagée.

Bref, j’ai essayé de faire en sorte que, dans mon esprit, les faits réels et ceux inventés se combinent, afin que sur le papier tout semble "couler de source".

 

 On a beaucoup glosé sur le trésor des cathares. D’où vous est venue l’idée d’en faire… ce que vous en avez fait ?

 

Merci d’éluder pour ne pas "spoiler".

Comme pour les Templiers ou les Hospitaliers, on a en effet beaucoup parlé d’un « trésor Cathare ». Mythe ou réalité ?

Peu importe à mon avis.

 Je crois que nous avons tous besoin de rêver, de nous inventer des histoires, des quêtes merveilleuses, comme si, quelque part, dormait encore en nous l’enfant que nous étions. Enfin en ce qui me concerne, c’est le cas. Donc l’idée du supposé trésor des Cathares me semblait à intégrer dans l’intrigue. Je voulais cependant en faire un trésor vraiment énorme et singulier. Je voulais qu’il soit au-delà de ce que nos héros, et j’espère le lecteur, pourrait imaginer. Je voulais également qu’il soit propice à réflexion, sur la mort, la vie et le sens à y donner. Cela collait parfaitement avec une idée que j’avais en tête depuis déjà longtemps, mais pour laquelle je ne me sentais pas encore prêt à intégrer dans un récit.

Difficile de s’étendre davantage sans révéler la nature de ce trésor et gâcher la lecture de ceux qui liront cette interview sans connaître le roman.

 

 La fin ouverte laisse-t-elle supposer de nouvelles aventures pour Jehanne ?

 

Jusqu’à présent je n’ai écrit que des "one shot" comme ont dit. Deux raisons à cela. La première est que mes histoires s’y prêtaient bien, la seconde, plus terre à terre, est que signer un contrat d’édition n’est pas chose facile. Tant que l’on pas fait ses preuves en tant qu’auteur, j’entends par là tant que l’on a pas à son actif un bouquin qui s’est bien vendu, il est plus difficile de convaincre un éditeur de signer pour une série que pour un "one shot". En effet, un éditeur sera plus réticent à s’engager sur plusieurs volumes que sur un seul avec un auteur dont il ne sait pas si le premier volume marchera. Voilà pourquoi, sur mes précédents romans comme sur celui-ci, il n’y a pas de suite.

Bien, sûr, il serait tout à fait possible d’en envisager une, cela n’est toutefois pas d’actualité pour l’instant. Mais sait-on jamais, si d’aventures ce roman est amené à rencontrer un peu de succès, peut-être cela sera-t-il à reconsidérer ?

 

 

Merci Nathalie de m’avoir proposé ce petit jeu de l’interview, je trouve qu’il est toujours très agréable de pouvoir échanger ainsi avec le lecteur et de connaître son ressenti, ses questionnements... J’espère en retour, avoir répondu à vos interrogations ! 

 

Les questions de Licorne

 J’ai cru voir un peu de vous dans le frère comptable, cellérier de son état, n’êtes vous pas dans les chiffres vous-même ?

 

Alors la réponse est dans l’ordre non et oui !

Oui je suis dans les chiffres, mais statisticien, non comptable, deux disciplines pour moi assez différentes. J’ai une formation en mathématique théorique, et suis venu aux statistiques en toute fin de parcours universitaire, car cela m’ouvrait plus de débouchés. Je ne me suis donc pas identifié au frère cellérier, ni pour ce qui est de sa fonction de religieux ni pour sa fonction de comptable. Je me sens bien plus proche de Théodore, non pas que je lui ressemble, plutôt parce que, plus jeune, j’aurai aimé être, comme lui, un grand esprit scientifique en avance sur son temps !

 

 De même votre récit est très carré, on sent à travers votre écriture la précision d’un récit piloté selon un plan bien précis. Est-ce le cas, comment procédez-vous pour écrire de manière générale et quelles sont vos petites manies d’écrivain.

 

Alors je vais me montrer contrariant, mais en fait je n’élabore jamais de plan avant de me lancer dans une histoire ! Au départ, ce qui me pousse à écrire, c’est une idée, une ambiance. En l’occurrence pour ce roman-ci, c’était l’envie de m’essayer à un roman d’aventures historique, car je n’avais jusque là expérimenté que le « fantasy jeunesse ». J’écris donc en me laissant guider par l’inspiration, qui vient au fur et à mesure que les mots s’assemblent, m’entraînant sûrement dans des directions différentes que celles empruntées si j’avais élaboré un synopsis en amont. Je ne fais pas de plans pour deux raisons. D’une part pour moi l’écriture est un loisir, qui m’aide à me ressourcer au sortir d’une journée emplie de graphiques, tableaux et programmes informatiques. Avoir à rédiger une trame qu’il faudrait respecter par la suite me rebute, je me sentirais « prisonnier ». D’autre part, je crois que les idées me viennent plus naturellement si je ne les cherche pas. Cela me permet aussi de prendre davantage mon temps. Si je savais précisément quelle direction  prendre, j’irai en ligne droite (sûrement mon côté cartésien pour le coup !) et cela ne conviendrait pas forcément au récit. Voilà pourquoi je fonctionne à l’instinct. Il faut admettre que mes romans s’y prêtent aussi, cette méthode ne fonctionnerait pas si je devais écrire un polar alambiqué !

Pour autant, même si je ne dresse pas de plan, je ne laisse pas l’inspiration tout diriger et essaie bien sûr de conserver une cohérence dans le récit. Peut-être est-ce d’ailleurs mon esprit plus cartésien qui me permet de fonctionner ainsi, je sais que certains auteurs, à l’inverse, ont besoin de faire un plan en amont, quelle que soit l’histoire dans laquelle ils se lancent.

 

J’ai assez peu de manies d’écrivains, mais elles sont cependant tout à fait indispensables ! D’abord je n’arrive à écrire que chez moi, bien installé à mon bureau. Si je ne suis pas dans mon petit cocon, ça ne va pas ! Il faut aussi une musique d’ambiance en fond sonore (musique médiévale, classique, en passant par Enya ou des musiques de jeux vidéos médiéval fantastique très réussies comme Oblivion ou Skyrim). La musique est-elle aussi indispensable, affronter une page blanche est difficile, je serai incapable de le faire dans un silence de mort ! Suivant l’heure à laquelle j’écris, je peux aussi accompagner les phrases d’un petit café ou d’un bon vieux whisky écossais !

 

 J’aimerais savoir ce qui vous attire dans cette période moyenâgeuse.  On retrouve ce même univers dans vos romans fantasy. Continuerez-vous dans ce style ou un autre genre vous attire peut-être ?

 

J’ai découvert l’ambiance moyenâgeuse qui m’inspire vraiment, lorsque j’étais enfant. En même temps que je passais mes vacances d’été en Dordogne ou dans le Languedoc, régions riches en châteaux forts, en histoire, en rumeurs de batailles, j’ai découvert les jeux de rôles, les livres dont vous êtes le héros… Ainsi donc dans ma tête, la vraie Histoire et les histoires imaginaires se mélangeaient, mais toutes deux avaient pour cadre le moyen-âge. Cela m’est resté et voilà pourquoi j’ai fait mes premières armes en tant qu’écrivain avec pour toile de fond un monde médiéval. Dans les Mains de Dieu, j’ai voulu rendre cet arrière plan plus réel, en ancrant l’histoire dans notre monde, dans notre propre passé. Davantage donc que des auteurs, ce sont au départ des lieux et des jeux qui m’ont amenés à la fantasy, au médiéval. Aujourd’hui j’aime me plonger dans de gros romans d’aventures historiques parmi lesquels je citerai notamment Les piliers de la terre et la cathédrale de la mer.

 

J’ai effectivement un projet en cours, toujours dans le même univers, mais ne sachant pas si je viendrai au bout, ni s’il trouvera preneur je n’en parle pas davantage.

Sinon j’ai trois autres romans terminés, dans des genres assez différents.

Tout d’abord un roman jeunesse tournant autour du thème des pirates, des chasses au trésor, qui a aussi bercé mon enfance. Ce roman devrait voir le jour en octobre/novembre prochain aux éditions du Riez.

J’ai également terminé un roman destiné aux plus jeunes (10-12 ans) mais qui pourrait aussi bien plaire aux adultes, intitulé Victor. Ce court roman raconte l’histoire de Victor donc, un jeune garçon un peu fâché avec l’école et qui va croiser la route d’une petite fille handicapée. Une rencontre qui va changer la vie de ces deux héros. Il est encore un tout petit peu tôt pour révéler quand, et chez qui sortira ce roman.

Enfin, dernier roman achevé et encore en soumission chez différents éditeurs, intitulé pour l’instant « Une dernière valse ». Ce roman raconte l’histoire d’un vieil homme de 99 ans, vivant seul depuis la mort de sa femme, et dont la plus grande peur est de devoir finir ses jours en maison de retraite. Une jeune femme va soudain faire irruption dans sa vie, bousculer ses habitudes, ébranler ses certitudes. Au crépuscule de sa vie, le vieil homme va découvrir qu’il n’est jamais trop tard pour faire des rencontres, trouver l’amitié, peut-être même l’amour. Bref, il va s’apercevoir qu’il n’est jamais trop tard pour vivre !

 

Voilà donc des projets différents, mais qui ne vont sûrement pas m’empêcher de revenir prochainement à mes « premières amours » que sont les aventures moyenâgeuses et épiques !

Merci d’abord de m’avoir lu, et ensuite d’avoir voulu en savoir un peu plus par l’intermédiaire de ce petit questionnaire.

 

Merci à vous pour ce roman passionnant !

photo

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 14:11

 

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Petit rendez-vous de partage, délectation et autres petits bonheurs

 

Les petits bonheurs du jour :

Une musique à partager pour entrer dans le week end : clic !


Le début du week end ! Quel bonheur même si ce n'est que pour deux jours. Je suis exténuée et aimerais ... ne rien faire ! J'adore le vendredi soir poir cette ambiance particulière qui s'installe : pas de devoirs, un petit temps en famille qui commence par un apéritif à la manière des enfants ;)


Une mariée en bleu : le cortège est passé devant ma porte cet après midi. Ici les couleurs sont de rigueur le jour du mariage et le bleu a la côte !


Une belle rencontre virtuelle avec un auteur dont je vous recommande le dernier titre : Les Mains de dieu, Ludovic Rosmorduc. Billet à venir pour vous donner envie de le découvrir ...

 

Et chez vous, quel temps fait-il ?


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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 13:05

 

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Petit rendez-vous de partage, délectation et autres petits bonheurs

 

Petits bonheurs gourmands

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(nos petites décos)

Ce week end fut chocolaté ! Nous nous étions lancé un défi : décliner le chocolat sous toutes ses formes ;)

Au programme donc : à déguster sur trois jours pour ne pas risquer l'indigestion !

Civet de lapin au cacao

petits chocolats de pâques

mousse

brioche aux pépites de chocolat

chocolat chaud épicé

gâteau nuage

(pour ce dernier je vous propose de retrouver un billet rédigé voilà quelques temps : ICI)

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Je vous livre donc mes recettes fétiches.


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Civet de lapin au cacao

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1 lapin

2 oignons

2 carottes

1 l de vin rouge

2 feuilles de laurier

thym

baies de genièvre

bouillon de légumes

1 cuil à soupe de cacao amer non sucré

Faites mariner le lapin toute une nuit dans le vin, les herbes, les carottes, 1 oignon piqué de trois clous de girofle et les baies. Le lendemain filtrer la marinade. Faire reveni un oignon dans une cocotte et ajouter les morceaux de lapin pour les faire dorer. Ajouter la farine qui sera le liant. Verser la marinade + du bouillon de légumes. Laisser mijoter 20 minutes puis ajoutez le cacao. Normalement pas besoin de retirer le lapin pour laisser épaissir la sauce mais si la vôtre est trop liquide n'hésitez pas !


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Chocolat chaud épicé

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Petit mélange à conserver : 1 cuillère à café rase de vanille poudre, 1 cuillère à café rase d'anis vert ou on mettra dans l'infusion de l'énis étoilé, 1 cuillère à café rase de cannelle poudre, 2 pincées de clous de girofle en poudre, 1/2 cuillère à café de cardamone, 2 tours de moulin à poivre - Bien mélanger . Peser 10 gr de ce mélange .

Faire chauffer dans une casserole 1/2 litre de lait et 1/4 de litre de crème. Couper le feu et ajouter 200 gr de chocolat noir ou un mélange de noir et lait à votre convenance. Ajouter les épices et laisser infuser. Mélanger en faisant mousser la boisson chocolatée. On peut filtrer en servant si on le souhaite.

Sachez que cette boisson est encore meilleure quelques heures après sa préparation.


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Ma jolie brioche

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Un gâteau nuage ...

et voici la surprise. J'ai testé cette recette totalement improbable et nous l'avons adoptée !

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8 blancs d'oeufs

1 pincée de sel

90 gr de sucre glace

80 gr de farine

le zeste d'un citron

Monter les blancs en neige et incorporer à mi-parcours 50gr de sucre glace. Lorsque les blancs sont fermes incorporer le reste de sucre glace, la farine et le zete, sans casser la préparation. Verser dans un moule sans huiler les bords ( oui je sais c'est étrange mais cela fonctionne). Faire cuire à 150°C pendant une heure en surveillant. Le gâteau va gonfler, ne surtout pas ouvrir le four. Lorsqu'il est prêt et légèrement coloré, éteindre le four et ouvrir la porte. laisser refroidir.

Le démoulage se fait très facilement. Napper le gateau nuage d'un coulis de fruits ou d'une sauce chocolat. A tomber ! (pas vraiment esthétique car ma fille a carément versé toute la sauce au chocolat au lait dessus! mais diablement bon)

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et chez vous, quelles gourmandises ont eu l'honneur de la table ?


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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 10:13

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L'Etoile jaune et le croissant, Mohammed Aïssaoui, éditions Folio, 2013, 198 pages

Genre : essai

thèmes : seconde guerre, déportation, shoah, Justes, islam, témoins

 

Merci aux éditions Folio et à Livraddict pour ce partenarait qui m'a permis de retrouver un auteur que j'apprécie.

L'auteur en quelques mots ...

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c7/Mohammed-A%C3%AFssaoui-2011.JPG

Ecrivain et journaliste né à Alger en 1964, Mohammed Aïssaoui travaille pour le Figaro littéraire . Chaque jour il y donne son avis sur un livre de poche publié récemment. Peut-être avez-vous lu une de ses chroniques ICI. (De belles idées pour agrandir sa Pal ! hihi !). On peut aussi le retrouver sur Direct8 dans l’émission « Tous les goûts sont dans la culture"

Il écrit également des enquêtes sur le monde des lettres (suivi des prix littéraires, dossiers sur l’édition, sur les premiers romans, interviews d’éditeurs et portraits d’écrivains, décryptage de phénomènes éditoriaux).

J'ai apprécié les interview menées avec Mohammed Aïssaoui sur le site Babelio, je vous les recommande ICI.

La plume fine et érudite de l'auteur m'avait déjà séduite lors de la lecture de L'Affaire de l'esclave Furcy à découvrir ICI

L'histoire : 

"Une mémoire, c'est souvent des notes bizarrement rassemblées, dans le sous-sol d'une bibliothèque ou dans une salle d'archives. C'est un dossier qui n'a été consulté que deux ou trois fois en une décennie et qui dort, attendant que quelqu'un se penche sur lui.Il peut disparaitre sans que personne ne le sache".

" Je dis souvent aux survivants :écrivez. je leur répète : écrivez, écrivez. Ou faites écrire votre histoire. Je n'ose ajouter : un jour vous ne serez plus là et qui receuillera vos paroles ?"

Mohammed Assaoui n'est pas un de ces survivants, de ceux qui ont vécu la guerre, les atrocités renouvelées sur une longue période, il n'est pas de ces témoins d'une époque que l'on espère toujours ne jamais revivre. Mais il est un passeur de mémoire, "j'exhume des noms oubliés comme d'autres chassent des trésors (...) je fouille dans les souterrains de l'Histoire."

Et justement, l'essai qu'il nous livre est la quête de la mémoire d'un homme, Kaddour Benghabrit, mort en 1954 et dont on dit qu'il fut l'un des Justes musulmans qui sauva des dizaines de juifs en les accueillant dans la Grande Mosquée de Paris. C'est ce casse-tête qu'il nous livre, de découvertes en contradictions. Car finalement que sait-on de cet homme qui fut pour beaucoup une légende et dont le nom résonne comme celui d'un saint ? Parle-t-on là d'un homme qui fut, comme Mohammed V, actif durant la seconde guerre et mérite d'être reconnu Juste parmi les Justes ?

Sa démarche se veut d'intérêt public afin que , plus largement, on sache et que l'on n'oublie pas que sous l'Occupation allemande, des arabes et des musulmans ont sauvé des juifs. Pourtant "sur les 23.000 "justes parmi les nations", il n'y a pas un seul Arabe et pas un musulman de France ou du Manghreb"

" Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial et un nom qui ne seront pas effacés" Isaie, 56.5 Ancien Testament.

En vrac et au fil des pages ...

http://www.linternaute.com/paris/magazine/diaporama/06/visites-audio/metrophone/images/4-mosquee.jpg

la grande mosquée de paris

La démarche de Mohammed Aïssaoui se veut journalistique, aussi rapporte-t-il dans le détail les rendez-vous, les appels téléphoniques, les déceptions lorsque les documents ne correspondaient pas à ce qu'il cherchait. C'est ici l'intérêt d'un tel écrit documentaire car, loin de s'en tenir aux faits, l'auteur les souligne de son ressenti. Ses pas le conduisent dans un premier temps vers Yad Vashem "chargé de la mission vitale de perpétuer la mémoire de la Shoah (...) pour assurer  que l'héritage de la Shoah sera transmis aux générations futures et demeurera pour l'éternité dans la conscience de l'humanité". Se dessine alors le portrait de Kaddour Benghabrit, homme juste et bon qui aimait la fête, l'art mais n'a jamais été reconnu comme un Juste par la Cour suprême de l'Etat d'Israel. Pourquoi ? parce qu'il n'existe aucune preuve irréfutable que cet homme ait sauvé autant de juifs, parce que son nom est devenu une légende et que, comme toute légende, son histoire contient une part d'extravagance.

J'ai particulièrement apprécié le réseau de relations et le puzzle qui se met en place au fil des pages, conduisant parfois l'auteur vers des lieux insoupçonnés, à la rencontre de personnalités qui disent avoir connu Kaddour Benghabrit. Ainsi retrouve-t-on Philippe Bouvard, ému à l'évocation de sa mère juive, attentif aux souvenirs qui refluent et aux nouvelles informations que lui apporte le journaliste. Car c'est ainsi que se mettent en place les pièces du puzzle, à travers des discussions, des rencontres.

Il faut dire que la tâche n'est pas aisée, la Mosquée de Paris ne possedant pas d'archives permettant d'éclairer la période. Le doute plane, on sent une appréhension à parler ,à dévoiler un pan de l'Histoire. Sans doute raction logique dans le contexte actuel mais que penser de ce manque d'élément, du fait que quasiment rien n'ait été conservé ?

L'émotion est présente dans le texte de Mohammed Aïssaoui, surtout lorsqu'il évoque les documents retrouvés au hasard de ses recherches sur lesquels il lit le nom d'une personne évoquée plus tôt , un portrait qui commençait à se dessiner mais une personne déportée, une de plus qui n'a pu être sauvée. L'on apprend que Kaddour Benghabrit a usé de ses relations pour faire partir ceux qui sollicitaient son aide. Cependant une part d'ombre subsiste sur cet homme, peut-être celle-là justement qui fait que l'on ne se souvient pas toujours de lui comme un Juste.

"Dans les Archives du ministère des Affaires Etrangères j'ai vu quantités de lettres, des lettres qui n'étaient que des cris (...) il faudrait prendre le temps de lire en profondeur, une à une, ses vies, les reconstituer". La tâche est grande et l'auteur, dans sa recherche d'un homme, se retrouve entouré de fantômes qui l'interpellent. En levant le voile sur des agissements de nazis, de collabos, il met aussi à jour des destins tragiques. L'on sent une réserve et en même temps une volonté de ne pas les abandonner. Il faut alors évoquer des hommes comme George Montandon, auteur du Comment reconnaitre un juif ? , qui se voulait "expert racial" et dont l'avis était suivi.

Le texte de Mohammed Aïssaoui nous pousse à nous interroger mais nous alerte aussi sur le devoir de mémoire : dans quelques années il ne subsistera peut-être plus aucun témoignage de cette période douloureuse que nos enfants apprennent dans les grandes lignes en se demandant parfois pourquoi on leur enseigne une époque à laquelle ils ne sont rattachés par aucun souvenir. l'auteur évoque le travail, nécessaire, des petits enfants et arrière petits enfants, de ces familles qui ont parfois brûlé jusqu'au dernier document pour ne pas à nouveau subir la honte, de celles qui au contraire ont tout conservé, jusqu'au moindre petit bout de papier et grâce à qui on peut remonter le fil d'une histoire. Je suis d'autant plus touchée que je suis enseignante et que je cherche toujours à expliquer à mes élèves pourquoi il est nécessaire qu'on leur présente cette période, qu'ils s'en imprègnent et qu'ils n'oublient pas.

 

"une mémoire morte c'est unhomme, une femme, une victime qu'on a oublié d'écouter"


Une lecture commune avec Achille du blog Passionlecteur. Son avis ICI

 

Merci aux éditions Folio et à Livraddict pour ce partenariat.




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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 07:11

http://media.rtl.fr/online/image/2014/0213/7769685260_mali-o-mali-le-nouveau-roman-d-erik-orsenna.jpg

Mali ô Mali, Eric Orsenna, éditions Stock, 2014, 403 pages

Genre : roman contemporain

Thèmes : charia, Afrique, terrorisme, Djihad, courage...


L'auteur en quelques mots ...

http://www.lumieresdelaville.net/wp-content/uploads/2014/01/Erik-Orsenna-avril-2010-Photo@Eric-Lefeuvre.jpg

Né en 1947 sous son véritable nom, Eric Arnoult entreprend des études de philosophies et de politiques, puis choisit l'économie à la London School of Economics. En publiant son premier roman il prend alors son nom de plume inspiré de l'oeuvre majeure de Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes.

Suivent onze années de recherches dans le domaine de la finance, puis dans le Cabine tde Jean pierre Cot, alors ministre de la coopération.. En 1983, Erik Orsenna devient conseiller culturel à L'Elysée. Puis dans les années 1990, il s'engage aux côtés  de Roland Dumas pour la démocratisation en Afrique, spécialisé dans les relations entre l'Europe du Sud et le Maghreb.

En 1998 il est élu à l'académie française, au fauteuil qu'occupait Jean Yves Cousteau.

Parallèlement à ses activités , écrivain pour un chef d'Etat : Mittérand, militant pour la langue française, il rédige sept romans. Les voyages, la mer et la musique bercent son quotidien, ce qui transparait dans ses écrits. Passionné par la langue française il publie des livres utilisés dans l'enseignement comme La Grammaire est une chanson douce ou Les chevaliers du Subjonctif. En 2003 parait Madame Bâ, roman dans lequel il met en scène une femme forte que l'on retrouve dans ce dernier opus, Mali ô Mali.

Pour en savoir plus, un site officiel très bien fait : ICI, qui lui ressemble absolument.

Merci aux éditions Stock et à Livraddict pour cette découverte.


L'histoire

http://4.bp.blogspot.com/-XmNoa7AiORM/UZX_3_2XTTI/AAAAAAAACM0/FVgTi_iqqho/s1600/Mali_-_mosque_in_Djenn%C3%A9.jpg

Avertissement pour le lecteur : bien que Mali ô Mali se présente comme la suite de Madame Bâ, il n'est pas nécessaire d'avoir lu ce premier roman pour comprendre l'intrigue et être transporté par les aventures de l'héroine.

" Quand je les ai vues, ces femmes multicolores, sur le pas de ma porte, je me suis dt : "Ca y est, marguerite, Le Mali se languissait de toi. Il est venu te rendre visite". Ce n'est pourtant pas une visite de courtoisie qui est proposée à Madame Bâ ce matin là mais un voyage." Bien sûr je connaissais chacun d'elles. Des vaillantes, des indomptables, des combattantes de la vie quotidienne, des génies de l'entraide, farouches militantes de l'alphabétisation des épouses." Déversant leur colère elles exposent à Madame Bâ leur plan : elle doit se rendre au Mali pour comprendre les femmes qu'on bâtonne, les pieds coupés, la musique interdite... Partir ? Alors qu'elle a réussi à se faire une place en France. Oui, partir, parce qu'elle est la "Grande Royale", parce qu'elle n'a jamais cessé le combat. Et leur espoir en elle devient un chant, une ode au Mali.

Alors elle part, accompagné de son petit fils Michel désormais baptisé Ismael, fils d'Abraham, qui sera son griot et apprendra. Mais le Mali de ses souvenirs n'est plus. Et pourtant tous la reconnaissent et viennent se confier à elle, exposer la tristesse, la colère, dresser le portrait des djihadistes, parler de la corruption qui ronge le peuple, de la drogue qui régit tout.

Dix ans qu'elle est partie Madame Bâ et aujourd'hui on lui demande ... de sauver le Mali.


En vrac et au fil des pages...

http://cdn-parismatch.ladmedia.fr/var/news/storage/images/paris-match/actu/international/les-casques-bleus-au-secours-du-mali-161316/1687872-1-fre-FR/Les-Casques-bleus-au-secours-du-Mali.jpg

Je connais bien l'écriture d'Erik Orsenna puisque je ne me prive pas de lire ses oeuvres dans mes classes et m'en inspire pour entrainer les jeunes sur la voie de la belle langue. J'ai retrouvé dans ce roman sa plume alerte. Mais ici elle se meut en griffe pour dénoncer.

Le roman prend pied dans notre époque, 2013 , la France de François Hollande. Voilà dix ans c'était dans la France de Jacques Chirac que débarquait Madame Bâ, évoquant cet épisode à travers une lettre du président. C'est Ismael qui raconte et dresse le portrait de sa grand mère, une femme forte, une battante qui ne mâche pas ses mots et tient tête aux hommes.

Comment sauver le Mali du mal qui le gangrène ? Le plan d'attaque de Madame Bâ peut surprendre : commencer par contrôler les naissances. Ainsi s'adresse-t-elle au femmes maliennes, proposant la contraception, alertant sur les conséquences dramatiques d'une natalité sans cesse en évolution. Et derrière elle, la voix d'Erik Orsenna , persuadé que là réside la solution. Le roman dénonce et comme son héroine, ne mâche pas ses mots. il donne la voix à madame Bâ car il la donne aux femmes : elles sauveront l'Afrique. Et pendant que les hommes se reposent ou palabrent, les femmes doivent agir.

L'écrit prend la forme du conte pour s'adapter au récit, à la parole donnée, à la transmission orale de la sagesse. A Bamako madame Bâ retrouve ses pairs, chassés du Nord par les djihadistes et entreprend méthodiquement, par le biais de rencontres et d'actions, de remettre sur le devant de la scène l'éducation. La religion est devenue un prétexte à l'asservissement et la folie des hommes.

Sous un voile d'humour se cache un message dur, transmis par un Blanc à travers les paroles de madame Bâ. Il fallait le faire ! Erik Orsenna connait bien le Mali et interpelle ici son lecteur : trafics, prises d'otages, regardons de ce côté là du monde. A l'intérieur 50% de la population a moins de 15 ans. "il ya deux fleuves à Bamako, il y a le fleuve Niger et la jeunesse. D'après toi ils vont où  ? (...) dans le mur ". Aider l'Etat malien à se reconstruire, à créer sa propre force. On croit entendre derrière Orsenna, Leopold Sedar Senghor, la voix d'un poète pour redresser un pays.

 

Merci aux éditions Stock et à Livraddict pour cette découverte.

 

L'avis d'Achille (blog passion de lecteur)

"Attention ce nouveau livre d'Erik Orsenna est un bijou de vulgarisation de géopolitique en terre africaine et intégriste"


photo


 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 03:22

http://www.kazeo.com/sites/fr/photos/440/des-peches-pour-monsieur-le-cure-joanne-harris_4404030-M.jpg

Des Pêches pour Monsieur le curé, Joanne Harris, éditions Charleston, 2012, 490 pages

Genre : roman contemporain

Thèmes : gourmandise, immigration, tolérance, magie, enfance

L'auteur en quelques mots ...

http://1.bp.blogspot.com/-7fism1IMUwY/UKt8qPGe7sI/AAAAAAAABFU/c_qkRozVd7Q/s640/joanne-harris.n.jpg

Née en 1964 d'un père anglais et d'une mère française, joanne harris. Après des études de lettres modernes et littérature médiévale à Cambridge, elle a enseigné durant 15 ans. C'est à cette période qu'elle écrivit trois de ses romans, dont Chocolat qui fut adapté au cinéma. Depuis elle a publié 14 autres écrits : nouvelles , livres de cuisine ou romans. Membre honoraire de l'université St Catherine, elle participe à de nombreux jury.

Puisque nous sommes en plein week end de pâques je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir ...

http://www.joanne-harris.co.uk/wp-content/uploads/2014/04/ALittleBookofChocolat.jpg

Précisons tout de suite que si vous n'avez pas lu Le Rocher de Montmartre mais avez apprécié  Chocolat , vous pouvez vous lancer sans hésiter dans la lecture des Pâqhes pour Monsieur le curé, vous ne serez pas perdu.

L'histoire:

 http://culturestreet.com/depot/620--auto--uploads-2012-08-peach.jpg

"Un jour, une femme m'a appris qu'en France seulement, deux cent cinquante mille lettres par an étaient distribuées à des gens qui sont morts. Ce qu'elle ne m'a pas dit c'est que, parfois, ces morts-là répondent".

Sur sa péniche en bord de Seine, Vianne vit avec Roux, Anouk et son dernier petit trésor : Rosette. Paris au mois d'août est un calvaire, un désert brûlant et chacun vaque à ses occupations. "Anouk a quinze ans. Où va le temps qui passe ?". Rosette communique peu mais se montre très éveillée. Très attachée à son père, elle semble posséder un langage qui lui est propre, fait de gazouillis et de petits bruits malgré ses huit ans. Elle communique par la langue des signes, ce qui lui correspond très bien. Que pourrait vouloir Vianne au delà de ce bonheur ? Elle fabrique toujours des chocolats, truffes et autres délices. Pourtant ce jour-là elle fait appel au vent, " à l'un de ces petits vents chauds et espiègles qui affolent les chats, font fuir les nuages et soulèvent les jupons (...) un petit souffle de vent seulement et une formule magique...". Qu'apportera le vent cette fois ? Une lettre. Une lettre qui la renverra des années plus tôt, souvenirs de Lansquenet, d'un village qu'elle a aimé bien qu'il ne l'ait pas accueillie à bras ouvert. Une passante sur le pont des arts, une "musulmane au visage voilé" annonciatrice d'un voyage, d'un retour aux sources dans la maison de sa vieille amie Armande décédée des années plus tôt, à la rencontre d'une communauté musulmane qui a du mal à s'intégrer au village et d'un curé qui a bien changé...

En vrac et au fil des pages ...

http://joanne-harris.co.uk/v3site/books/peaches/UScover.jpg

J'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman, suite de Chocolat qui se lit bien même si, comme moi, on a raté le livre du milieu, l'épisode au cours duquel Vianne quitte Lansquenet pour se rendre à Paris. Peu importe, on n'est pas perdu au coeur de la gourmandise. Ecoutant le vent du Nord, Vianne retourne dans le village qui l'a si mal accueillie des années plus tôt et où elle s'est liée d'amitié avec Armande. 

La sournoise Armande avait sans doute prévu que Vianne patirait... et qu'elle reviendrait. Lorsque Luc Clairmont, son petit fils, prend possession des  biens qu'elle lui a légués , il tombe sur une lettre à n'ouvrir que le jour de ses vingt et un ans. Or elle contient une missive pour Vianne. Et voilà reparti le malicieux vent qui mène la famille vers Lansquenet sous Tannes qui a connu bien peu de changements. En apparence du moins car la vie y est toujours aussi compliquée.

Joanne Harris nous entraine pourtant dans une toute autre histoire où il est aussi question de différence et de tolérance et où vient se mêler la religion. Mais ici ce n'est plus Vianne qui est prise à parti mais une communauté venue s'installer sur les bords de la Tanne, qui tout comme les "rats de rivière" du premier roman effraie et intrigue à la fois. Le thème est d'actualité : comment faire cohabiter la religion catholique et la religion musulmane au sein d'un même village ? "je déteste le niqab parce qu'il permet à la personne qui le porte de rompre les liens avec les autres, de ne pas se livrer aux actes sociaux les plus simples et pourtant susceptibles de rapprocher deux cultures différentes", ainsi s'exprime l'abbé Reynaud qui résume ce que pensent les habitants de ce petit village, surpris de l'installation de ces nouveaux concitoyens. La nouvelle génération de filles musulmanes cherche à se libérer du niqab et affronte les membres de la communauté qui souhaient voir la femme voilée. Rapidement l'on comprend qu'une autre raison motive le port de cette tenue mais il faudra attendre pour lire l'explication qui fait froid dans le dos. Peut-être le sujet de la cohabitation n'est-il pas assez approfondi mais c'est ici un roman sur les relations humaines qui nous est livré, la nécessité du dialogue et de l'ouverture aux autres.

Où il est question de la construction d'une mosquée, d'une école coranique incendiée, d'une mystérieuse femme voilée qui effraie la communauté chrétienne et semble en marge de sa propre famille, de la prise de conscience d'un curé bani pour une faute qu'il n'a pas commise et d'un rapprochement par le biais de la gourmandise. Car nous sommes en période de Ramadam, ce qui ne facilite pas la communication entre les deux cultures mais permet des instants de partage à la tombée de la nuit, autour de pâtisseries et de chocolats. Ici les femmes mènent la danse et les hommes cherchent leur place, les enfants montrent parfois la voie et la vérité n'est pas toujours où on le croit.

C'est aussi une nouvelle étape pour Vianne qui va devoir faire fi de ce qu'elle a toujours cru juste et vrai. La fuite à Paris, la vie avec Roux qui cache peut-être un secret, les retrouvailles avec Joséphine qui semble vouloir l'éviter ...

Ce qui m'a un peu génée peut-être est le décalage entre la vie pittoresque de ce village, le personnage de Vianne pétri de bonnes intentions , la gourmandise qui crée une échappatoire d'un côté et puis de l'autre un sujet épineux. L'on sent que l'auteur a envie de s'atteler à ce thème, part parfois sur la voie du terrorisme qui sous- tend les reflexions de certains personnages mais s'arrête, se freine elle-même, ce qui est dommage. L'intention est bonne mais l'on va trop loin ou pas assez et cela crée parfois une sensation étrange à la lecture. Plusieurs intrigues se mêlent : les révélations faites à Vianne qui la conduisent sur une piste personnelle qu'elle aimerait explorer et la vie de cette femme voilée, intrigante, que l'on nous décrit comme instigatrice de désordre, autoritaire mais en laquelle Vianne croit voir une faille. Peut-être est-ce ce mélange qui crée cette impression.

Un roman à lire dans tous les cas pour le plaisir , pour la plume poétique, alerte et fine, pour les descriptions gourmandes et l'évocation des souvenirs et des instants de bonheurs, pour la leçon de tolérance.

J'avoue que je suis sous le charme de la plume de Joanne Harris dont j'envisage de lire Cinq quartiers d'orange.


http://2.bp.blogspot.com/-wqfuskUXXXA/Uq4Zab17O2I/AAAAAAAAHzA/Gf60ypE7Pk8/s400/plume2014_2.jpg

 

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