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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 08:36
Loin de la foule déchaînée, Thomas Hardy

Loin de la foule déchainée, Thomas Hardy, éditions Archi Poche, 2015, 470 pages

Genre : classique

Thèmes : Angleterre, XIX°S, domaine, mariage, amour, statut social

 

L'auteur en quelques mots ...

Retrouvez la biographie de l'auteur sur le billet Deux contes du Wessex

L'histoire :

Gabriel Oak est un fermier respectable qui a repris l'exploitation de son père. Bien installé à Norcombe Hill, "infatigable au travail et levé dès l'aurore", il possède à 28 ans, un bien qui lui permettrait de prendre une épouse. Ce n'est pas la jeune femme qui arrive alors en chariot, prête à s'installer dans cette ville, qui fera l'affaire. Vaniteuse, elle se présente sous les traits d'une jeune femme insoumise, fière de sa beauté. Pourtant Gabriel tombe sous son charme. Il faut dire que Bathsheba Everdene n'est pas une femme ordinaire, aime effectuer une partie du travail d'une ferme, sait monter à cheval.Sans le sou, elle le repousse pourtant pour d'autres raisons, jouant au jeu du chat et de la souris

Mais "l'amour est un usurier exigeant" et lorsque Bathsheba quitte la ville pour se rendre sans explications à Weatherbury, Gabriel se rend compte qu'il ne pourra l'oublier. Le sort se charge de le convaincre que cette union était impossible : un des chiens dressé pour surveiller le troupeau, et qui montrait depuis quelques temps des signes de désobéissance, affole les brebis et les contraint à se jeter dans la carrière. Ruiné, Gabriel quitte à son tour Norcombe.

A quelques temps de là, rendu à Weatherbury en tant que simple berger, il retrouve Bathsheba dans une situation inédite. Ayant hérité de son oncle, la jeune femme est désormais à la tête d'un vaste domaine. Ne pouvant la reconquérir, il assiste, impuissant, à la cour que lui font d'autres hommes...

En vrac et au fil des pages ...

Quel plaisir de retrouver la plume de Thomas Hardy. Son style est reconnaissable par les intrusions de l'auteur dans son récit et l'humour qu'il y insère, petites piques sur la société contemporaine.

L'Angleterre rurale est le décor favori de l'écrivain qui rend ainsi hommage au dur labeur des fermiers, berger et autres paysans. Pour ceux qui connaissent, Thomas Hardy, on retrouve avec plaisir les paysages vallonné du Wessex, région imaginée par l'auteur, inspirée de son enfance

Le personnage de Bathsheba se révèle fort, malgré une première rencontre placée sous le signe de la vanité, qui vaut à Thomas Hardy une remarque cinglante : "Ce n'était pas précisément la faute de la cabane, observa la jeune fille d'un ton qui prouvait que, chose assez rare chez une personne de son sexe, elle savait achever sa pensée avant de commencer une autre phrase". Rapidement, elle devient une fermière avertie, une femme d'affaires, ce qui est rare dans l'Angleterre victorienne du XIX°S.Elle se revendique comme une femme libre et entend mener sa vie sans se retrouver sus la coupe d'un homme. Pourtant, pour les belles moustaches du sergent Troy, elle se retrouvera dans la situation de ces jeunes filles qu'elle dénigre.

Mais il n'est pas tendre non plus avec les personnages arrogants, comme le sergent Troy, joli coeur qui utilise les femmes puis les rejette, "Il n'ignorait pas le pouvoir des flatteries adroites et son expérience lui avait appris qu'envers le beau sexe, il n'y a pas d'autres alternatives que les compliments ou les jurements." traitez-les avec égards, disait-il, et vous êtes un homme perdu".

Chaque personnage porte en lui une vision de l'amour qui lui est propre mais va être mise à mal.

Par ce biais il nous rend sympathique le fermier Oak au grand coeur, nous pousse à détester Troy, à plaindre Boldwood qui fera les frais de la plaisanterie de Bathsheba et à apprécier peu à peu la jeune femme que l'on voit changer, évoluer, réfléchir au fil des pages, bien qu'elle se comporte souvent comme une ingénue que l'on souhaiterait gifler ! Mais il faut dire, pour sa défense, que ce roman est aussi un récit d'apprentissage, éducation sentimentale d'une jeune femme qui se voit propulsée rapidement ) la tête d'un domaine, avec des hommes sous ses ordres.

Je n'ai pas vu l'adaptation de Vinterberg et espère qu'elle rend compte du regard particulier de Thomas Hardy sur l'Angleterre du XIX°S.

 

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:48
La Horde du contrevent, Alain Damasio

La Horde du contrevent, Alain Damasio, Editions La Volte, 2004, 521 pages

Genre : fantasy

Thèmes : vent, amitié, horde, écueils, quête, musique

 

L'auteur en quelques mots ...

Alain Damasio, né Alain Raymond, est un écrivain français de science-fiction. Il choisit ce patronyme en l'honneur de sa grand-mère Andrée Damasio.

Sorti de l'ESSEC en 1991, il choisit de s'isoler (d'abord dans le Vercors puis à Nonza, en Corse) pour s'adonner à l'écriture. Son domaine de prédilection est l'anticipation politique. Il marie ce genre à des éléments de science-fiction et/ou de fantasy.

Jeune, il écrit de nombreuses nouvelles. Son premier texte long est "La Zone du dehors", roman d’anticipation qui s’intéresse aux sociétés de contrôle sous le modèle démocratique (inspiré des travaux de Michel Foucault et Gilles Deleuze). Publié sous une nouvelle version en 2007, il est récompensé du Prix Européen Utopiales.

Son second livre est récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire 2006 dans la catégorie Roman. Il s'agit de "La Horde du Contrevent" (roman accompagné d'une BOL - Bande Originale de Livre - composée par Arno Alyvan), véritable succès public qui s'est vendu à plus de 50 000 exemplaires.

En 2008, il pose sa voix sur un morceau de Rone: Bora feat Alain Damasio vocal mix; et il travaille actuellement sur un jeu vidéo d’action-aventure développé par la société DONTNOD Entertainment. 

En 2009, il écrit "La Rage du Sage" (essai politique et poétique sur notre époque) pour le single gratuit Memento Mori du groupe SLIVER.Folio SF publie en 2014 "Aucun souvenir assez solide," compilation de nouvelles écrites par Damasio.

En 2016, il livre un nouveau texte politique, Le dehors de toute chose, qui décrypte l’hégémonie du contrôle dans nos vies.

 

Un petit mot sur ...

Arno Alyvan est le compositeur de la bande son du livre. Et oui, les éditions La Volte ont eu l'ingénieuse idée de joindre au roman d'Alain Damasio la musique composée ,sur mesure, par Arno Alyvan et qui colle parfaitement avec les sonorités, le rythme de l'auteur. A découvrir ici

 

 

L'histoire:

" A l'origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le "vent foudre".

Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme,jusqu'aux lenteurs habitables, jusqu'au vivant, jusqu'à vous.

Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur de vitesses."

 

Ils sont vingt -trois et constituent la vingt -quatrième Horde. Chacun son rôle, formés pour traverser cet espace infini battu par des vents fous, à la recherche de l'origine du vent. Ils ne sont pas les premiers à tenter de joindre ainsi l'Extrême Amont. Tous espèrent qu'un jour, une horde sera capable, grâce au travail des précédentes, d'atteindre cette limite et ainsi justifier les efforts et les espoirs de tous.

Chaque horde a apporté son lot d'avancées, comme les notations sur les vents, consignées par des sigles en un système organisé, imaginé par le scribe de la huitième horde, Focc Noniag.

Leur force : le lien indéfectible qui les unit. Face à eux un vent indescriptible, destructeur et en même temps la raison d'être de la horde. Dans le périple qui bouscule hommes et femmes, la solidarité est indispensable, une nécessaire bouffée face à la peur qui les étreint. Car l'homme est un infime grain de sable , résistant pourtant.

Que d'obstacles, de rencontres, avant de ...

En vrac et au fil des pages ...

 

Parce que je suis entrée en fantasy avec le challenge de Licorne, il fallait pour cette édition que j'aille un peu plus loin et tente un récit sur lequel les avis sont unanimes. Nous voici rendus aux confins du genre, un univers à part entière, entièrement créé par l'auteur, paysages et langage compris !

C'est tout d'abord une expérience visuelle : des mots, des bribes de phrases jetés sur une page, comme balayés, illisibles, comme effacés par le vent.Puis les phrases se reconstituent et l'on entend dans les sonorités, le vent qui souffle entre les lignes ( ffff, vvvv, sssss !).

C'est ensuite une immersion totale dans une langue que l'on comprend sans la connaitre, une sorte d'argot mêlé de néologismes. Invention d'une langue pour la Horde où chacun a un rôle à jouer, ou chaque personnage est matérialisé par un signe et prend la parole pour raconter le périple, décrire un compagnon, revenir sur les siècles passés qui ont vu la naissance des groupes qui se sont succédés, à la recherche de l'origine de ce vent fou.

L'expérience est totale si vous écoutez en parallèle, les musiques composées sur mesure par Arno Alyvan, qui aident à plonger dans l'univers d'Alain Damasio, sont une interprétation bien entendu, mais m'ont été bien utiles lors de certains passages.

Car, il faut bien l'avouer, je ne suis pas lectrice de fantasy et suis probablement allée trop loin dans l'expérimentation du genre. ii tout est complexe, travaillé, réfléchi et les amateurs n'auront aucun mal à situer l'univers décrit, en référence à d'autres qu'ils ont pu découvrir lors de leurs lectures. Pour moi, le manque de références visuelles a été un frein. Imaginer un tel univers est à la fois personnel et demande une imagination proche d celle de l'auteur. Autre écueil : le nombre de personnages qui fait que l'on s'attache à certains mais en oublie d'autres. On me dit que les éditions Folio ont joint un marque page reprenant les signes de chaque personnage et permettant de mieux s'y retrouver. Il vous faudra, lecteur, faire un mix entre les éditions pour obtenir un récit complet et riche !

J'ai en revanche beaucoup apprécié le travail sur la langue, le phrasé. Chaque phrase est un souffle, chaque personnage typé, si bien que l'ensemble laisse déjà entendre une musique, celle du vent que l'on sent à chaque page. C'est assez extraordinaire d'être ainsi parvenu à recréer ce que l'on entend. C'est une langue puissante, qui emporte.

Finalement, se laisser porter est la meilleur solution, bien que des éléments nous interpellent régulièrement, comme cette pagination à rebours, ces petits signes que l'on retrouve partout...

Il faut le lire pour comprendre et il est difficile d'en parler. Le vent ici est protéiforme et l'auteur a su en faire le personnage principal. Alain Damasio joue en outre avec nos émotions, livrant au lecteur tantôt de purs moments de poésie, tantôt des passages plus durs, violents.

"Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents"

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 17:04

Bien que le papier soit né en Chine au IIème siècle avant J.-C., on pense que la pratique régulière du pliage de papier est essentiellement d'origine japonaise et remonte au VIème siècle.

Les premiers pliages étaient destinés à l'emballage des médicaments et des aromates. Ils servaient également les rituels religieux pratiqués par les moines shintoïstes, et l'on en trouve encore des traces dans les temples actuels sous la forme de serpentins de papier pliés en zigzag (O-Sheda et Gohei).

À partir de l'an mille, on voit apparaître des modèles traditionnels comme le papillon, la grue, la grenouille et le crabe. À l'occasion des mariages, les flacons de saké sont aujourd'hui encore scellés par un papier plié en forme de papillon.

Durant l'époque Muromachi (1392-1572) se développe un art de l'emballage très codifié qui associe papiers pliés et cordons de différentes couleurs (noshi). Trois ouvrages témoignent de la tradition japonaise. Les deux premiers sont parus en 1797: le Senbazuru-origata, qui donne des instructions pour plier des grues attachées les unes aux autres (de deux à une centaine), et le Chushingura- origata, qui réunit des diagrammes permettant de plier les personnages d'un jeu japonais. Le troisième, le Kan-no-mado, daté de 1845, est une sorte d'encyclopédie écrite à la main dont deux tomes sont consacrés au pliage. (Source origami.passion.fr)

C'est parti pour le pliage de marque-pages !

Aujourd'hui c'est origami utile ! Pourquoi pas des marque pages ? Allez hop, c'est Lila qui s'y colle !

 

 

Origami party pour le mois japonais
Origami party pour le mois japonais
Origami party pour le mois japonais
Origami party pour le mois japonais
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 08:25
Le Maître des livres, Umiharu Shinohara

Le Maître des livres, tome 1, Umiharu Shinohara, éditions Komikku, 2014, 188 pages

Genre : manga

Thèmes : lecture, enfance, bibliothèque, amitié, éveil

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Dessinateur et scénariste japonais, Umiharu Shinohara ( 篠原ウミハル ), est auteur de "Le Maître des livres", un seinen manga, prépublié dans le magazine Weekly Manga Times et publié par l'éditeur Hōbunsha en volumes reliés depuis août 2011. 

 

L'histoire :

Lorsque M Myamoto passe les portes de la bibliothèque pour enfant La Rose trémière, il ne s'attend pas à trouver un bibliothécaire vindicatif. Il faut dire qu'il est tard, que le jeune homme est passablement éméché et que le lieu, dédié aux enfants, n'est sans doute pas approprié. Pourtant c'est ici que Myamoto va revivre en souvenirs une partie de son enfance, entendre la voix de son père, retrouver des lectures oubliées et d'autres qui vont l'éveiller, comme La montre musicale, un récit qui lui rappelle l'objet offert par son père à son départ de la maison.

Celui qui tient la bibliothèque est Mikoshiba. Passionné de littérature jeunesse, il a bénéficié des conseils avisés d'un vieux bibliothécaire en son temps. Aujourd'hui c'est à son tour de proposer à chaque lecteur un livre qui lui correspond vraiment. C'est un don, bien que sa devise soit "ce n'est pas toi qui choisis les livres mais les livres qui te choisissent". Qui est-il ? Pourquoi ce caractère agressif alors que les enfants semblent l'apprécier ?

Chaque personne qui franchit les portes de la bibliothèque a un vécu douloureux, un mère de famille apeurée, un jeune garçon agressif car désoeuvré... C'est ici que chacun va trouver, à travers la lecture, une nouvelle voie, la confiance perdue ou l'espoir.

 

En vrac et au fil des pages ...

 

Cela faisait bien longtemps que je n'avais lu un manga. Bien peu également sont chroniqués sur ce blog, à tort car j'en ai lu de magnifiques ( tous ceux de Taniguchi entre autres).

Le livre est au coeur de l'intrigue, comme le précise le titre, mais c'est le personnage du bibliothécaire qui apparait peu à peu, de rencontre en rencontre. On devine en lui une certaine sensibilité, de la tristesse aussi sans doute, mais cela se manifeste par la colère à l'encontre des habitués. Pourquoi ?

De page en page, alors qu'il ne semble pas être le personnage principal mais le vecteur de toutes les rencontres, on le découvre doué pour conseiller LA lecture qui emportera tel lecteur. Tous les personnages de ce manga semblent avoir une faille, une fêlure, liée à l'enfance que la lecture guérira.

C'est aussi une réflexion sur la littérature jeunesse, longtemps décriée, considérée comme une sous-littérature et qui retrouve ses lettres de noblesse. Les références sont nombreuses, d'Oscar Wilde en passant par Stevenson, Tolkien ou Defoe, mais aussi des auteurs japonais comme Edogawa Ranpo qui a introduit le genre policier au Japon.

Myamoto et Mikoshiba semblent en tous points opposés. Pourtant la fin de ce premier tome leur réserve une surprise ! 

C'est une série que je compte poursuivre :)

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 09:35
Éloge de l'ombre, Junichirô Tanizaki

Eloge de l'ombre, Junichirô Tanizaki, édition POF ( Publication orientaliste de France), 1993, 110 pages

traduit du japonais par René Sieffert

Genre : essai

Thèmes : obscurité, occidentalisme, orientalisme, moeurs, plénitude, influence

 

L'auteur en quelques mots ...

 

 

Ecrivain japonais , né en 1886, Junichirô Tanizaki est choyé au sein d'une grande famille, Jun'ichirō passe plusieurs années de bonheur auprès de sa mère, réputée pour sa beauté, et de sa vieille nourrice affectueuse. Son père n’avait pas une personnalité très forte, Jun'ichirō évoquera l’image d’un homme faible de caractère, incapable de s’adapter à une société japonaise en pleine mutation. Sa première enfance se déroulera dans une ambiance harmonieuse sur le plan affectif et matériel.

Le grand-père maternel meurt en 1888. S’amorce un inéluctable déclin familial qu’il ressentira avec acuité. En 1894, la famille doit déménager dans une maison plus que modeste. Malgré d’excellents résultats, sa formation scolaire se poursuit avec beaucoup de difficultés sur le plan pécuniaire. Il se trouve contraint d’aller vivre dans une riche famille. Engagé pour donner des leçons particulières aux enfants, il comprendra vite qu’il est traité en réalité comme un domestique. Au bout de cinq ans, il se voit renvoyé lorsque sa liaison avec une jeune femme, employée par la même famille, est dévoilée.

Le sentiment de son humiliation tourmente sérieusement l’adolescent qui ne manque pas d’ambition. C’est durant cette période que naît son amour pour la littérature.

En 1911, alors qu'il vient de publier Shönen, il est frappé par la censure.  Quelle est l’originalité de la tonalité de l’œuvre de Tanizaki ? Il accorde une importance primordiale au respect de la nature humaine et à sa représentation vraisemblable. À travers sa singulière sensibilité, il découvre dans la nature humaine des choses troublantes. Il les regarde avec étonnement ou émerveillement, sans les juger. Il se trouve au degré zéro du moraliste, contrairement à ses contemporains fortement influencés par le confucianisme moralisateur.

I épousera en 1915 une geisha âgée de 19 ans. La vie de famille ne lui convenant pas, il en vient à accepter la liaison de son épouse avec le poète Haruo Sato et publiera dans un journal l'annonce de  « la cession de l’épouse de Tanizaki » à Haruo Satō, non sans un parfum de scandale. ( source Wikipédia)

 

L'histoire :

 

"(...) j'aimerais tenter de faire revivre, dans la littérature au moins, cet univers d'ombre que nous sommes en train de dissiper."

Dans un essai concis, l'auteur nous révèle la plus grande différence entre la culture japonaise et la culture occidentale : le goût pour l'ombre, l'obscurité.

Point par point, de la cuisine à la littérature en passant par les commodités, Junichirô Tanizaki observe attentivement les particularités de sa propre culture et décortique les effets d'un mode de vie sur le comportement, la relation aux autres. "Voyez par exemple notre cinéma : il diffère de l'américain aussi bien que du français ou de l'allemand par les jeux d'ombre, par la valeur des contrastes(...) Or nous nous servons des mêmes appareils, des mêmes révélateurs chimiques". Aussitôt apparait la notion d'invention et d'appropriation. Les japonais ont bénéficié, comme d'autres, des inventions technologiques du XIX°S. Mais si ces inventions avaient été faites par eux, si dès le départ ces moyens techniques avaient été pensés pour eux, qu'aurait donné le cinéma ?

Ainsi au fil des pages apparait l'influence de la culture occidentale sur le Japon, sur l'Asie. La blancheur, la lumière qui sont au coeur de nos sociétés, ne correspondent pas au mode de vie japonais, qui, pendant longtemps, était fait d'ombre, d'obscurité. Tanizaki explique très bien pourquoi les intérieurs des maisons sont plus sombres, dus à l'avancée de toit qui ne laisse pas filtrer la lumière comme nos grandes baies. Mais il revient sur l'idée de bien-être du à cela, les choses à peine montrées, les objets voilés par cette ombre, les mets à l'heure du thé. Finalement tout apparait construit autour de cette obscurité, loin de la mise en lumière que nous recherchons jusque dans nos assiettes blanches."La cuisine japoniase n'est pas chose qui se mange, a-t-on pu dire, mais chose qui se regarde (...) qui se médite (...) vous sentez fondre sur votre langue comme une parcelle de l'obscurité de la pièce."

Comment concilier modernité, confort et respect de l'âme, de l'esthétique japonaise. ?

Ainsi tout une culture a développé la vie autour de l'ombre, du papier qui n'a pas le même grain et capte différemment la lumière, à l'usage de l'or sur les revêtements, les tentures, fait pour scintiller, apporter un reflet.

" et c'est ainsi que nos ancêtres(...) découvrirent un jour le beau au sein de l'ombre"

En vrac et au fil des pages ...

 

En lisant cet essai j'ai d'abord découvert un auteur controversé. La préface nous en dit plus sur cet homme qui s'est démarqué de ses contemporains par sa plume concise et parfois cynique. Il lui fallu du temps pour être accepté, lui que l'on taxait de diabolisme. "L'amour d'un idiot" lui vaudra les foudres de la critique; qu'il suffise de savoir que la préface e compare à Pierre Louys pour comprendre.Accusé d'exhibitionnisme, sa réputation est faite.

Pourtant dans Eloge de l'ombre on ne trouve rien de cela. Ici il nous livre sa conception japonaise du bau et nous aide à comprendre comment un peuple, obligé de composer avec l'ombre et l'obscurité, a su en faire de l'art.

L'essai prend des allures de conversation et l'on passe d'un sujet à un autre sans réelle transition. Comparant nos habitudes, sans les critiquer, avec les traditions japonaises, Junichirô Tanizaki explique l'esthétique japonaise, en cuisine, en peinture , dans l'ameublement ou l'habillement.

Je l'ai cependant trouvé assez critique envers ses pairs par moment. De même l'explication poignante de l'enduit blanc dont se recouvrent les geisha mais qui selon l'auteur n'enlève rien à "l'impureté" , "une ombre noirâtre, comme une couche de poussière", "que l'u d'entre nous se trouve mêlé à eux ( les occidentaux) et c'est comme une tâche sur un papier blanc que nous ressentons nous-mêmes comme une incongruité".

J'ai particulièrement apprécié le passage sur le théâtre de Nô, si étonnant par la posture des personnages, leur maquillage. L'auteur explique combien il est important que cette représentation ait lieu dans une salle tamisée afin d'en saisir l'essence qui devait correspondre à une part de la vie réelle des ancêtres japonais, l'obscurité qui règne dans le Nô étant le reflet de celle qui régnait dans les demeures autrefois.

La culture occidentale a fusionné avec les habitudes japonaises, l'a imprégnée en quelques sortes. Tanizaki ne remet pas cela en cause mais opte, lui, pour un retour à l'ombre et ses valeurs.

 

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 13:33
Outre-Terre, Jean Paul Kauffmann

Outre-Terre, Jean Paul Kauffmann, éditions Folio, 2017, 359 pages

Genre : récit de voyage, essai

Thèmes : Russie, Napoléon, Eylau, Histoire, reconstitution

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Journaliste et écrivain français, jean Paul Kauffmann est né en 1944. Passionné dès son plus jeune âge par la littérature, il se tourne naturellement vers le journalisme après ses années de pensionnat. Effectuant son service militaire au Québec, il reste dans le pays quelques temps et travaille pour un hebdomadaire. Rentré en France en 1970 il est engagé par Radio France Internationale puis par l'AFP.. En 1984 Jean Paul Kauffmann devient Grand reporter pour l'Evénement du jeudi, mais est pris en otage à Beyrouth en 1985, tout comme Michel Seurat qui décédera, lui , en détention. Libéré en 1988, ce n'est qu'en 2007 que Jean Paul Kauffmann évoquera sa captivité dans La Maison du retour.

L'histoire :

"La campagne de Pologne, appelée aussi campagne de 1807, s'est déroulée pour une large part dans l'enclave de Kaliningrad alors prussienne. Les sites de la bataille d'Eylau ( 8 février 1807) et de Friedland (victoire remportée par Napoléon le 14 juin 1807) sont aujourd'hui russes."

"Le 7 février 2007, la famille Kauffmann  débarque à Kaliningrad, lourdement équipée pour affronter l'hiver russe".Dans les bagages de notre auteur le Napoléon d'Eugène Tarlé et le guide Baedeker de 1900 qui a pour particularité de présenter Königsberg alors allemande, avant que la ville ne soit rebaptisée Kaliningrad, du nom d'un compagnon de Staline. En tête, le colonel Chabert de Balzac, que l'on crut mort sur le champ de bataille et qui revêt pour la famille des allures de héros.

Pourquoi ce voyage ? Jean Paul Kauffmann nous confie l'anecdote: "Nous sommes alors en 1997. Je lance: "Dans dix ans aura lieu l'anniversaire de la bataille d'Eylau. Ce serait amusant de nous y retrouver le 8 février 2007". Voici donc la famille en exploration dans une contrée froide, d'aspect peu ragoutant et qui recèle pourtant un pan d'Histoire qui mérite qu'on le mette en lumière.

En 1991 Jean Paul Kauffmann est envoyé en tant que reporter dans l'ancienne Königsberg, autrefois capitale de la Prusse orientale. Il découvre Eylau à cette époque. Königsberg, patrie d'Hannah Arendt ou encore de Kant. Tout nom germanique a été éliminé et les rues ont pris une tonalité russe. Affublé d'un interprète assez froid, il découvre alors ce qu'est  la bataille d'Eylau dans l'esprit russe.

Se pourrait-il qu'ils imaginent avoir remporté cette bataille ?

Des années plus tard, alors qu'en famille il retourne sur les lieux, c'est au tableau du baron Gros que Jean Paul Kauffmann pense et qu'il construit son parcours.Dans cette ancienne Prusse orientale, l'Outre-terre russe le renvoie en plein coeur de la guerre : "Le 9 février 1807 restera le jour le plus cauchemardesque de la Grande Armée (...) la révélation de la Boucherie d'Eylau" qui restera comme une fracture, "le premier grand accident du règne"

En vrac et au fil des pages ...

Napoléon à la Bataille d'Eylau par Antoine-Jean Gros.

On ne résume pas un essai ,ou un récit de voyage à portée historique comme celui-ci , facilement. C'est pourtant avec une grande fluidité que Jean Paul Kauffmann évoque à la fois ses souvenirs et convoque l'image de Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau.

Les données historiques sont claires, malgré cela il est intéressant de voir comme la vision française et la vision russe de l'événement divergent sur certains aspects. Les personnes que rencontre la famille se montre réticentes à évoquer cette bataille ou au contraire sûres d'elles en l'évoquant.Il faut dire que Napoléon est considéré dans cette contrée comme un grand homme. "Une bataille que les Russes prétendent avoir gagnée et que nous ne voulons pas avoir perdue" disait Savary, futur ministre de la police de Napoléon.

L'intérêt de l'approche de l'auteur est de reconstituer le 9 février 1807 à partir d'un tableau ou plutôt d'une commande de Napoléon lui-même ,qui organisa alors un concours de dessin sur ce thème ! Il fallait que l'église soit représentée sur les tableaux. De fait, on comprend au fil de l'ouvrage l'importance que ce bâtiment revêt, de par sa position stratégique et sans doute ce qu'elle a symbolisé pour Napoléon ce jour-là alors qu'il circulait au milieu du  charnier, déplorant les morts. Seule la peinture du baron Gros semble conforme à la réalité, l'église à droite, pour comprendre ce qui s'est joué sur le champ de bataille.

La description des couleurs, des ombres, est fine, la neige presque noire, les corps, les hommes en mouvement, les figures qui entourent Napoléon et son propre geste de la main... ce que dit ce tableau de l'homme qui comprend alors l'ampleur qu'aura cette bataille sur son règne. Les hommes qui l'ont épaulé son décrits dans leur force de caractère, leurs exploits passés, bien que Napoléon ne les ait jamais ou peu félicités par le passé, "Il estimait peu les hommes". C'est un stratège, ce que l'on retrouve de façon clairement illustrée dans cette bataille, malgré le bilan final. Pour découvrir pourquoi tous figurent sur le tableau du baron Gros, excepté Augereau, pourquoi Napoléon n'a pas voulu qu'il soit représenté, je vous invite à lire ces quelques pages...

L'église, qui elle y figure comme un personnage à part entière, sera le fil conducteur de l'essai, puisque devenue une usine, elle ne sera pas ouverte au français passionné d'Histoire napoléonienne qui aimerait tant la visiter, comprendre le point de vue, assembler les dernières pièces du puzzle. Qu'il suffise de savoir que la bataille d'Eylau est commémorée en Russie et que ce pays est comme à un tournant de son histoire où une partie doit être reconstituée, acceptée.

La littérature n'est pas absente, bien évidemment, donnant une large place à Balzac que Jean Paul Kauffmann place parmi les plus grands écrivains, notamment pour son Colonel Chabert, Tolstoï et son Guerre et Paix également. Il revient avec plaisir sur les descriptions balzaciennes du charnier, au moment où Chabert se croit perdu et lutte de toutes ses forces pour s'extraire de sous les corps qui lui ont sauvé la vie. Mêlées au tableau de Gros, ces descriptions plongent le lecteur dans un réalisme saisissant où l'on comprend pourquoi l'affrontement fut qualifié de boucherie.

On apprend beaucoup avec Jean Paul Kauffman et alors que d'autres batailles napoléoniennes sont sans doute plus connues ou ont fait l'objet de récits multiples (Waterloo, Austerlitz), Eylau reste encore emplie de zones d'ombre. J'ai particulièrement apprécié la description de la reconstitution faite par le colonel Langlois en 1843, dans la rotonde des Champs-Elysées, avec ce procédé qui place le spectateur au centre de la scène, qui peut nous paraitre désuet aujourd'hui, mais qui a beaucoup ému à l'époque, notamment Théophile Gauthier, tant le réalisme était travaillé. 

Pourtant l'auteur nous invite à observer cette région avec un autre oeil, russe peut-être, qui ne voit pas que le gris, la tristesse d'une contrée enneigée au delà du possible, mais une forme de nostalgie, une sorte d'art industriel, "C'est un gris à la fois éteint et glacé qui embrume la moindre forme dans un fondu finalement harmonieux." , une forme de désolation qui enchante comme le dit Jean Paul Kaufmann.

 

Un grand merci aux éditions Folio et à Livraddict pour ce partenariat.

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Présentation

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  • : Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...
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