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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 10:21
La Compagnie des menteurs, Karen Maitland

La Compagnie des menteurs, Karen Maitland, éditions Pocket, 2014, 664 pages

Genre : thriller médiéval ,historique

Thèmes : peste, Moyen âge, XIV °S, religion, fanatisme, énigme

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Née en 1956 au Royaume Uni, Karen Maitland écrit des récits policiers et historiques. Doctorante en psycholinguistique, elle se lance en littérature en 1996 et publie en 1998 son premier récit , La Chambre blanche, en collaboration avec Bernard Knight, Ian Morson, Susanna Gregory et Philip Gooden .

En 2010, la Compagnie des menteurs est traduite en français et publié par Sonatine.

Attirée par tout ce qui touche au Moyen âge, elle vit dans la ville médiévale de Lincoln,  chef-lieu du comté de Lincolnshire, en Angleterre.

Lien vers son site 

L'histoire :

Fermement décidés à se débarrasser de la sorcière, l'aubergiste et ses comparses réfléchissent au meilleur moyen de l'envoyer ad patres sans subir ses foudres par-delà la mort."C'est donc entendu, nous l'enterrerons vivante avec la bride de fer". La moitié du village a déjà succombé et il est temps de trouver le moyen d'arrêter ce carnage. Mais qui osera passer une bride à une femme considérée aussi dangereuse ?

En cette période de la Saint-Jean les fantômes rôdent et les croyances populaires ne font qu'accentuer la sensation de froid et de mort qui entoure chaque village. L'Angleterre subit le fléau de la peste en cette année 1348. Alors que le mal se propage, chacun cherche à échapper à son destin.Repensant à sa vie passée, le camelot gagne sa vie en vendant des reliques, "de la foi en bouteille", "des mèches de cheveux de Marie Madeleine" et tous les villageois y croient, car en quoi d'autre placer sa foi ? Profitant d'une cicatrice qui le défigure, il ponctue son discours d'anecdotes en terre sainte et ne semble craindre que la peste, tant son lourd passé le hante.

Pourtant, la vue de cette fillette aux cheveux blancs le met mal à l'aise. C'est une devineresse et la façon dont elle lit les runes fait froid dans le dos. Incapable de mentir, elle prédit les jours funestes et semble lire en chacun comme dans un livre.

Pour l'heure, à l'auberge, tous parlent de la pestilence qui s 'étend et menace chaque ville. Par où aller ? Le Camelot  doit se rendre au sanctuaire de St John Shorne à North Marston et espère gagner seul ce lieu. mais c'est sans compter sur un enchainement de circonstances qui va le lier à un duo de musiciens vénitiens, dans un premier temps, puis un jeune couple dont la femme, Adela, est enceinte et un magicien nommé Zophiel dont les activités intriguent moins que les boites qu'il transporte dans son charriot.

Alors que la compagnie se pense complète, décidée à cheminer vers le Nord et profiter du charriot de Zophiel, un événement inattendu place sur leur route la fillette aux étranges cheveux blancs, Narigorm. Débute alors un périple ponctué de rencontres qui porte à neuf le nombre des compagnons de route.

Le jeu peut alors commencer ...

 

 

En vrac et au fil des pages ...

Louis Duveau : La peste d'Elliant

Voici un roman érudit qui nous plonge au coeur d'une Angleterre dévastée par la peste. On suit le cheminement des personnages en même temps que l'avancée de la maladie et des croyances qui y sont rattachées.

Car la particularité du récit est d'insister sur les conditions de vie, rudes, et les idées souvent saugrenues mais courues pour l'époque, qui font également des ravages. Sorcellerie, fanatisme, tout se mêle pour désigner des coupables à la propagation de la peste, la pestilence qui effraie. Le lecteur plonge alors dans une période troublée, faite de rites cruels et sans fondement.

Pour échapper aussi bien à la maladie qu'aux mains de l'église, les personnages vont rester groupés et se soutenir. Pourtant, le mal est également parmi eux et rapidement un premier meurtre les surprend. Quelle est sa signification ? Le doute s'installe et les secrets se font jour, chacun ayant en effet quelque chose à cacher. A qui faire confiance ?

Chacun possède une part sombre et l'on ne peut s'empêcher de les soupçonner tour à tour, jusqu'à ce que celui que l'on soupçonnait meure à son tour, remettant en cause notre raisonnement. 

Pourtant, c'est aussi cette ombre fantastique qui entoure l'oeuvre qui rend le récit passionnant. De légende en rite païen, on finit par ne plus savoir, tout comme les personnages, si ce qui nous est présenté est réel. A l'image de ce loup dont chacun entend le hurlement et qui semble les suivre depuis leur départ de la foire marchande.

La fin offre une ouverture et l'on aimerait bien lire la suite. A ma connaissance il n'y en a pas ! C'est bien vu de la part de l'auteur qui réserve bien d'autre surprises dans ce premier opus.

On a reproché à ce récit son rythme lent. Je ne suis pas d'accord et vois là une façon pour l'auteur de nous faire ressentir ce que vivent les personnages qui cheminent lentement, à pied, la peur qui s'insinue en eux peu à peu, chaque jour amenant son lot de surprise ou d'effroi. De plus, l'histoire et le parcours de chacun est important pour le récit, mais cela n'apparaitra qu'à la fin.

Un récit à savourer !

 

Le mois anglais

 

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 09:35
Agatha Raisin enquête, tome 3 : Pas de pot pour la jardinière

Agatha Raisin enquête, tome 3, Pas de pot pour la jardinière, M.C Beaton, éditions Albin Michel, 2016, 246 pages

Genre : policier so british !

Thèmes : jardinage, meurtre, jalousie, enquête

 

L'auteur en quelques mots

Retrouvez la biographie de M.C Beaton sur les billets précédents :

tome 1, La Quiche fatale

tome 2 : Remède de cheval

L'histoire :

Alors qu'elle rentre de vacances, pas totalement enchantée de ce périple loin de son village d'adoption, Carsely, Agatha ne peut s'empêcher de repenser au geste déplacé qu'elle a eu envers James Lacey, son charmant voisin, suite à la dernière affaire qui les a vu résoudre un meurtre. C'est pétrie de remords qu'elle s'engage dans Lilac Lane, espérant retrouver des visages amis.

Pourtant, son caractère bien trempé va reprendre le dessus en apprenant qu'en son absence, une certaine Mrs Mary Fortune, férue de jardinage et bien conservée de surcroit, a entrepris de divertir James, SON James ! Qu'à cela ne tienne, Agatha ,qui n'est pas plus jardinière que cuisinière ,va se découvrir une nouvelle passion pour les plantes et participer au concours, quitte à envisager quelques petites tricheries.

Mais elle comprend soudain qu'il ne sert à rien de courir après un homme qui en pince pour une autre et se rend à l'évidence. C'est alors qu'un coup du sort en décide autrement et lorsqu'on retrouve la belle Mary Fortune plantée dans un pot, empoisonnée, c'est tous les deux que James et Agatha enquêtent ...

En vrac et au fil des pages ...

Inutile de vous dire que c'est avec un grand plaisir que j'ai plongé dans ce troisième tome des aventures d'Agatha. Le personnage évolue et l'on découvre ici une facette plus sensible de notre quinquagénaire. Comprenant que son prince charmant n'est peut-être pas l'homme qu'elle attendait, la voici meurtrie, conscience de son corps qui a bien changé et prête à abandonner ses rêves.

Pas pour toujours, que l'on se rassure ! Tout comme son caractère bien trempé, ses espoirs reviennent au galop et lorsque se profile une enquête, Agatha se lance tête baissée.

On la retrouve prête à toutes les tricheries ( souvenir d'une quiche achetée dans le commerce pour un concours du village et qui lui avait valu une belle aventure !) et c'est ici dans le jardinage qu'elle va se lancer. Aidée de son ami Roy, elle va accepter de travailler à nouveau pour l'agence de Londres en échange d'une aide précieuse pour embellir son jardin...artificiellement !

La première partie du roman insiste donc sur cette nouvelle lubie et les sentiments partagés d'Agatha, comme pour nous éloigner d'une enquête et nous rendre encore plus cher le personnage d'Agatha.

Comme toujours, un meurtre arrive à point nommé, non sans un certain humour car planter une jardinière dans un pot est à la fois cocasse et déplacé ! Qui plus est se réalise le rêve d'Agatha : quelqu'un a finalement eu la peau de sa rivale, ce qu'elle n'aurait osé espérer.

Dès lors le caractère d'Agatha, fonceuse, spontanée et sans filtre, reprend le dessus, pour notre plus grand plaisir et celui de son ami policier Bill Wong, qui voue à Agatha une véritable affection.

James, quant à lui, apparait ici meurtri par la honte d'avoir eu une aventure avec Mary Fortune. La séparation avec Agatha reste assez froide et s'installe une certaine tristesse qui pousse cette dernière à apprécier son départ pour La City. Que réserveront les tomes suivants à nos deux comparses ?

A la fin de ce tome, en effet, respectant sa promesse à Roy, Agatha rejoindra Londres où elle reprendra ses activités de chargée de communication pour l'agence. Fini Carsely ?

Le mois anglais chez Lou et Cryssilda

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 05:04
Juin : le mois anglais sur les blogs !

C'est avec plaisir que je renouvelle ma participation au mois anglais, organisé par Lou et Cryssilda. L'occasion de dépoussiérer le blog qui n'a pas vu d'article depuis fort longtemps, travail oblige ;)

Pour le plaisir des sens donc :

 

Serez-vous de la partie ?

Pour la peine je ressors mes petits logo maison:

 

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 08:56
Le poids des secrets, tome 1 Tsubaki, Aki Shimazaki

Le poids des secrets, tome 1 : Tsubaki, Aki Shimazaki, éditions Babel, 1999, 115 pages

Genre : contemporain

Thèmes : famille, passé, amour, seconde guerre, Hiroshima, Nagasaki

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Née à Gifu, au Japon, en 1954, Aki Shimazaki commence sa carrière comme enseignante dans une école primaire. 
Elle immigre au Canada en 1981. D'abord à Vancouver puis à Toronto, elle s'installe à Montréal en 1991.
Elle écrit ses livres directement en français, langue qu'elle n'a apprise qu'à l'âge de 40 ans.
Sa pentalogie "Le Poids des Secrets" s'est vue récompenser par plusieurs prix tels que le Prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec en 2000, le Prix Canada-Japon en 2003 et le Prix du Gouverneur général du Canada en 2004.

L'histoire :

" Il pleut depuis la mort de ma mère"

Alors qu'elle s'occupe des dernières affaires de sa mère Yukiko, la narratrice reçoit de l'avocat deux enveloppes. L'une d'elles lui est destinée, l'autre doit être remise à son frère. Elle avait donc un frère ? Pourquoi n'en avoir jamais parlé ?

Commence un lent travail de reconstruction où la mémoire de la défunte se mêle aux souvenirs douloureux de la seconde guerre mondiale.

"J'aimerais mourir comme tsubaki. Tsubaki c'est le nom des camélias en japonais" confiait la vieille femme à son petit fils. Jamais,jusqu'à la veille de sa mort, elle ne s'était livrée sur son passé. Mais ce soir-là elle commença à raconter : comment les américains, souhaitant menacer la Russie, avaient largué deux bombes atomiques sur le Japon,inquiets de l'expansion que pouvait prendre l'empire japonais, comment la Grande Histoire a croisé la sienne.

Mais ce n'est que dans sa lettre qu'elle confia à sa fille comment son histoire familiale avait tourné au drame, comment elle avait survécu à Nagasaki et pourquoi elle a tué son père ...

«Je voyais des boutons de camélias, bien tenus par les calices. C'étaient les camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambou et le rouge des camélias. C'était une beauté sereine et solitaire. »

En vrac et au fil des pages ...

Ce qui m'a le plus impressionnées dans ce récit est l'écriture. Que le lecteur se rende compte que l'auteur écrit en français alors qu'elle ne l'a appris que depuis quatre ans ! Pour cette raison, sans doute, les phrases simples donnent un ton à la fois neutre et poétique au récit. Pas de fioritures dans le phrasé mais une poésie latente, dans les évocations, comme les camélias. En même temps cela rejoint parfaitement le côté épuré de l'écriture asiatique.

Deux histoires s'entremêlent, la Grande Histoire sombre liant les USA au Japon, sans jamais rejeter la faute uniquement sur les américains. Aki Shimazaki évoque en effet les tortures faites par les japonais à leurs prisonniers dans les centres de détention, l'emprise psychologique du poids des traditions, de l'honneur ... L'histoire familiale est tout aussi sombre, faite de mensonges, de trahisons. On découvre un père manipulateur, peu soucieux des conséquences de ses actes, ce qui ne justifie par le geste de Yukiko mais l'explique.

Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour se confier à sa famille ? par peur ? par honte ? Mais arrivée au seuil de sa vie, Yukiko est épuisée par le poids de ces secrets.Alors qu'elle n'a jamais souhaité répondre à aucune question, la curiosité de son petit-fils la pousse à se livrer, pour expier, pour répondre aux questions.

La fin de ce petit volume ouvre sur un autre pan de l'histoire familiale, pour cette raison je prévois de lire la suite.

 

 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 09:25
La Bête humaine, Emile Zola

La Bête humaine, Emile Zola, éditions Folio classique, 1995, 501 pages

Genre : classique

Thèmes : amour, passion, meurtre, pulsions, machine à vapeur, ville, ouvriers, gare

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Considéré comme le chef de file du naturalisme, Emile Zola est un écrivain français né en 1840 et mort en 1902 auquel on doit une des plus grandes fresques de la littérature : les Rougon-Macquart. Dépeindre la société française en vingt volumes lui a permis de mettre en application sa théorie de l'observation fine, scientifique,  « Notre héros, écrit Zola, n'est plus le pur esprit, l'homme abstrait du xviiie siècle. Il est le sujet physiologique de notre science actuelle, un être qui est composé d'organes et qui trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure »

Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus  avec la publication en janvier 1898 de l'article intitulé "J'accuse" qui lui valut un procès en diffamation et un exil à Londres.(source wikipedia)

L'histoire:

 

Roubaud est sous-chef de gare et vit avec Séverine, plus jeune que lui, dans un appartement de la gare st Lazare, quartier de l'Europe, loué à la mère Victoire. Arrivé du Havre par l'express, il doit avoir une entrevue avec le chef d'exploitation au sujet d'une affaire importante,une altercation au cours de laquelle il aurait eu des mots malheureux envers le sous-préfet. Séverine, quant à elle, est insouciante, minaude. Pourtant, ce jour-là, Roubaud croit déceler un mensonge dans les propos confus de la jeune femme.Pourquoi refuse-t-elle des vacances à Doinville, terre de son enfance ? Que cache-t-elle au sujet de Grandmorin, dont la réputation de coureur n'est plus à faire? Cette bague dont elle parle lui a été offerte par son parrain Grandmorin et non par sa mère ? C'est pourtant ce qu'elle lui avait dit. Aussitôt, mu par la jalousie, Roubaud la somme de répondre et, devant sa trahison, devient extrêmement violent et obtient des aveux sous la menace."Alors, ce fut abominable. Cet aveu qu'il exigeait si violemment, venait de l'atteindre en pleine figure, comme une chose impossible, monstrueuse". Une unique solution s'impose alors à lui : se débarrasser de Grandmorin.

A la Croix de Maufras, Jacques Lantier retrouve Flore et sa tante Phasie. Située en bord de voie ferrée, la petite maison de son enfance le renvoie à un passé douloureux: "Vrai ! Tout à disparu , cette douleur qui te trouait le crâne, derrière les oreilles et les coups de fièvre brusques et cet accès de tristesse qui te faisait te cacher comme une bête, au fond d'un trou ?" demande la vieille femme. Alors qu'une discussion avec Flore lui fait prendre conscience de l'image qu'il renvoie, un homme qui abomine les femmes et n'aime que sa locomotive, Jacques devient comme fou et tente de la tuer avant de se reprendre. "Là-bas, à Plassans, dans sa jeunesse, souvent déjà il s'était questionné.", né d'une mère si jeune, Gervaise ,et d'un père encore gamin, "ce beau Lantier", "la famille n'était guère d'aplomb, beaucoup avaient une fêlure(...) cette fêlure héréditaire".

Mais alors qu'il se remet, Jacques Lantier voit passer le train sur la ligne Le Havre-Paris et aperçoit une scène qui va sceller son avenir : un homme vient d'être assassiné et jeté du train en marche...

 

En vrac et au fil des pages ...

A l'occasion d'un travail avec mes élèves de Quatrième, j'ai relu ce roman , le 17ème de la fresque des Rougon-Macquart. C'est avec plaisir que nous avons comparé le récit au film de Renoir qui n'aborde pas sous le même angle la tragédie qui se joue entre Jacques, Roubaud et Séverine. Le récit de Zola est bien plus violent et précis, mais se lit à la lumière de ce qui précède dans la lignée des Lantier, L'Assomoir.

Il s'agit d'un épisode où la violence est au coeur des relations. C'est ainsi du moins qu'apparaissent les hommes : Roubaud rongé par la jalousie, Lantier empoisonné par un mal héréditaire, Grandmorin qui abuse des femmes. Pour tous, les pulsions irrépressibles guident leur vie, croissent en silence puis explosent.Les femmes, quant à elles, semblent naives de prime abord mais se révèlent bientôt battante, comme Flore, ou manipulatrice, comme Séverine. Rien de bon ne peut ressortir de cela et le ton est donné dès les premières pages.

Comme toujours, le lecteur appréciera chez Zola la minutie des descriptions, de la gare St Lazare, issue d'une véritable tranchée, imaginée par Haussmann et qui rappelle les tableaux impressionnistes de Monet, à la machine, à elle seule personnage central du roman.

Car c'est comme une femme que Lantier parle d'elle,la Lison, qu'il la traite, alors que ses rapports avec la gent féminines sont justement perturbées. Au final c'est d'ailleurs sans doute la machine qui l'emporte et semble atteinte de folie, comme Lantier.

On pourrait discuter indéfiniment des sous-thèmes qui jalonnent le récit, comme la notion de progrès issus de la Révolution industrielle, les relations hommes-femmes qui concernent bien d'autres personnages, la différence entre les apparences et l'être profond de chaque personnage, car tous ici sont doubles ... Qui est la bête ?

Le thème de l'hérédité est ici souligné par Zola comme une fatalité à laquelle Jacques ne peut se soustraire. C'est un personnage ambigü, décrit comme un employé modèle, rebuté par la violence ,mais qui sombre dans la folie lors de moments passés en présence des femmes, ce qui réveille en lui des pulsions meurtrières. Victime ou monstre ?

C'est donc un récit passionnant que je vous invite à découvrir ou redécouvrir car il est parfois relégué en seconde lecture, après des tomes plus connus de la fresque de Zola. C'est dommage car il mérite toute notre attention. Extrêmement travaillé, il dévoile, à chaque relecture, un pan que l'on n'avait pas repéré. Au final, mes élèves ont préféré le roman au film !

 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 11:20
La Brocante Nakano, Hiromi Kawakami

La Brocante Nakano, Hiromi Kawakami, éditions Picquier Poche , 2009, 342 pages

Genre : contemporain

traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu

Thèmes : brocante, amour, objets, bonheurs, rencontres, liens

 

L'auteur en quelques mots ...

Retrouvez ma chronique des Années douces

Née en 1958 Hiromi Kawakami fait partie des écrivains japonais dont les récits s'exportent bien en Occident. Elle doit son succès en Europe à son roman Les années douces, repris sous forme de manga par Tanigûchi.

Parmi ses écrits, on peut lire :

  • Abandons (溺レる?1999 — en français chez Actes Sud, 2003).
  • Les Années douces (センセイの鞄Sensei no kaban?2000 — en français chez Picquier, 2003).
  • Cette lumière qui vient de la mer (光って見えるもの、あれは?2003 — en français chez Picquier, 2005).
  • La Brocante Nakano (en français chez Picquier, 2007).
  • Le Temps qui va, le temps qui vient (en français chez Picquier, 2011).
  • Les 10 amours de Nishino (en français chez Picquier, 2013).
  • Soudain, j'ai entendu la voix de l'eau (en français chez Picquier, 2016).

 

L'histoire :

Hitomi et Takeo travaillent dans la brocante Nakano, auprès d'un propriétaire original. Ce lieu est un repère d'objets hétéroclites, souvent issus de déménagements, et l'occasion de rencontres inattendues.

C'est ici que la jeune Hitomi va découvrir l'amour. Sous la forme d'une relation complexe entre son patron et la belle Sakiko, au détour d'une invitation chez Masayo qui évoque avec douceur M Maruyama, ou encore à travers le regard du jeune Takeo qui lui semble inaccessible. Il faut dire que ce dernier est insondable, ne se livre pas et laisse peu transparaitre ses émotions.

Le lien qui unit chacun de ces personnages est pourtant fait de petits bonheurs et de blessures que chacun recèle. La vie de la boutique est donc rythmée par le passage des visiteurs, les départs mystérieux de Haruo Nakano "à la banque", les discours fantasques de Masayo, artiste originale et les relations aléatoires de Hiromi et Takéo.

Des années plus tard, leurs chemins se croisent à nouveau ...

En vrac et au fil des pages ...

 

Comme souvent dans la littérature asiatique, ce récit poursuit un rythme lent, mais parvient à nous entrainer dans la vie de personnages différents et pourtant unis par un parcours de vie parfois troublé.

J'avais été envoûtée par Les Années douces et ai retrouvé ici la sérénité qui coule au fil des pages.

Le lieu choisi, une brocante, révèle quelques tranches de vie, associe une histoire à un objet, souligne le passage à autre chose lorsqu'on se débarrasse de souvenirs. C'est une nouvelle vie que Haruo Nakano propose à ces éléments du quotidien, en même temps qu'ils font partie de la sienne.

L'amour est au coeur des préoccupations et l'on découvre un propriétaire porté sur le sexe qui vit une relation complexe avec une belle jeune femme tout en restant un coureur de jupons.

Les confidences de chacun se font autour d'un repas pris dans l'arrière boutique, un bol de nouille, une soupe miso ... D'ailleurs la nourriture tient une place importante dans ce roman, que ce soient les petits moments gourmands de Hitomi et Masayo autour de pâtisseries, ou les petites scènes dans l'arrière boutique.La brocante apparait comme un cocon douillet où chacun peut avoir ses repères. Pourtant, c'est aussi l'école de la vie et l'heure venue de partir pour vivre sa vie, la séparation n'est pas facile.

La nostalgie pointe toujours le bout de son nez dans les récit de Hiromi Kawakami. Mais le dénouement révèle toujours l'optimisme et laisse la place à un avenir teinté de mélancolie.

Ce roman est une petite brise bien agréable.

 

 

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