Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 11:09

Lors d'un repas de famille, maman a prononcé le mot Kouign Aman et aussitôt, les enfants se sont tournés vers moi pour savoir à quoi cela ressemblait. Me voici donc en cuisine !

 

La recette :

 

dans le bol du robot, à travailler avec le crochet:

275 gr de farine

5gr de levure de boulanger en sachet

7 gr de sel

10gr de beurre fondu

175 gr d'eau

 

étape 1 : Ce sera la détrempe : diluer la levure dans un peu d'eau tiède et l'ajouter au reste. Apporter de l'eau régulièrement. La pâte doit être souple. Selon la farine utilisée, toute l'eau n'est pas ajoutée.

Réserver la pâte dans un lieu tiède. Elle va pousser pendant 30 min.

étape 2 : Pendant ce temps étaler 225 gr de beurre pommade entre deux feuilles de papier sulfurisé et le mettre au frigo. Astuce : étaler le beurre en forme de carré, plus petit que la pâte que vous allez étaler ;)

 

étape 3 : Lorsque la pâte a reposé, la dégazer et l'étaler : un grand carré au centre duquel on place le carré de beurre, dans le sens d'un losange de façon à replier les bords de la pâte :

 

rabattre les coins A,B,C,D

Etaler cette pâte garnie pour former un grand rectangle. Farinez le plan de travail pour que la pâte ne colle jamais.  Repliez le en 3 : ce sera le premier tour

(image piquée à Nana et chocolat)

 

Laisser reposer 30 min  au frigo

 

étape 4 : A partir d'ici on n'utilise plus de farine mais du sucre : 225 gr 

2° tour : sucrer la pâte généreusement des deux côtés et l'étaler en forme de rectangle. Sucrer à nouveau. Plier la pâte en trois en sucrant chaque partie.

Abaisser une dernière fois en rectangle et former un rouleau

étape 5 : Découper des tronçons de 4 cm environ et les placer dans un cercle. Attention, ils vont gonfler donc ne les serrez pas trop.

 

Laisser pousser 1h30 dans un lieu tiède. Il est normal qu'à ce stade le gâteau ait rendu du jus. On peut en napper les tronçons.

Préchauffer le four à 180°C et cuire environ 40 minutes. L'ensemble doit être doré ++

 

J'ai opté pour cette forme car je la trouve agréable à l'oeil et chacun peut se servir une petite rose ;)

Kouign aman
Kouign aman

3000 calories la bouchée mais ...mmmhhh !

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans supplément pour les gourmands
commenter cet article
19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 10:17
Gil, Célia Houdart

Gil, Célia Houdart, éditions Folio, 2015, 207 pages

Genre : récit contemporain

Thèmes : musique, chant, découverte de soi, carrière, contemplation

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Après des études de lettres et de philosophie (Ecole Normale Supérieure-Ulm), des assistanats à la mise en scène (Oskar Gomez-Mata, Arthur Nauzyciel) Célia Houdart se consacre à l’écriture. 

Elle est l’auteur de quatre romans : Gil, P.O.L, 2015, Carrare, P.O.L, 2011Le Patron, P.O.L, 2009, Les merveilles du monde, P.O.L, 2007 et d’un essai : Georges Aperghis. Avis de tempête, édit. Intervalles, 2007 

Son oeuvre comprend des textes pour le théâtreUn livret d’opéra Fréquences (m.e.s. Fabrice Huggler, ABC de la Chaux-de-Fonds, Suisse). Ainsi que des poèmes en prose pour la danse . Elle participe à des installations et parcours sonores.

Depuis 2015, elle est responsable du Studio Écritures de l'ENSCI-Les Ateliers (Ecole Nationale Supérieure de création industrielle).
Célia Houdart a été lauréate de la Villa Médicis hors-les-murs, de la Fondation Beaumarchais-art lyrique, du Prix Henri de Régnier de l’Académie Française pour son premier roman, de la bourse Orange-SACD projets innovants (2010) pour Fréquences application pour iPhone (édit. P.O.L), du prix Françoise Sagan 2012 pour Carrare et du prix de la Ville de Deauville Livres & Musiques 2015 pour Gil. 

(source  @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox)

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat

 

L'histoire

 

" La route depuis la gare dessinait un long trait net à travers la forêt. Du vent agitait doucement la cime des arbres et courbait les ronces. Soleil haut, nuages épars."

" Gil se leva. Léger craquement de l'assise en paille de sa chaise.

Le professeur conduisit son élève dans la salle de musique qui sentait l'encaustique et la poudre de riz."

 

Gil est un jeune pianiste, promis à un brillant avenir, élève de Marguerite Meyer. Bénéficiant d'un pavillon, prêté par un couple de retraité en échange de quelques menus travaux de jardinage, il s'exerce sans relâche, avec application. Son père Jorge l"élève dans une ancienne épicerie, depuis que sa mère Lucile a été internée.

Dès lors Gil rythme ses semaines entre des visites à sa mère, un entrainement régulier et des sorties avec son ami Olivier. Son rêve : entrer au conservatoire de Paris où enseigne Vlado Blasko.

Depuis toujours, Gil se montre discret, à l'image de sa voix , juste un filet, que son père lui reproche souvent.

Pourtant, à l'occasion d'un périple en voiture avec son ami, Gil se surprend à chantonner et se découvre une voix qu'il ne soupçonnait pas. Lui si réservé, qui parle toujours si bas, prend alors conscience de ce qu'il a réellement envie de faire : devenir chanteur lyrique. "Ce qu'il sentait, provenant de sa gorge, de sa poitrine, de tout son corps, fusait avec une force inaccoutumée dans le silence du ciel. C'était comme un pouvoir qu'il découvrait soudain"

 

En vrac et au fil des pages ...

 

On retrouve dans ce court récit tout la puissance évocatrice de la musique , liée à une forme de contemplation de l'environnement. Par le regard de Gil, les sensations appréhendent l'espace et l'auteur nous donne à voir son univers fait de poésie, de beauté, d'éveil des sens.

Rien ne le prédisposait à troquer le piano contre le chant. On insiste d'ailleurs sur sa voix presque inaudible et l'on ne peut s'empâcher de faire le lien entre cet aspect de sa personnalité et l'histoire de sa famille, l'internement de sa mère. Elle-même évolue dans un univers qui lui est propre mais proche de celui de son fils, animé par la contemplation de la nature. j'ai été touchée par ce personnage qui ne sort de sa torpeur que pour son fils, des moments de grâce où elle fusionne avec lui. Autour d'elle des non-dits, le lecteur ne saura pas exactement ce qu'il est advenu de cette femme et le silence s'installe entre Gil et son père à son sujet.

Dans cet apprentissage de soi et du chant, Gil découvre l'exigeance avec Samuel Isherwood et les contraintes liées à une forme de travail du corps qu'il ne soupçonnait pas jusqu'alors. "Gil posa le dos de ses mains sur ses machoires. Sous sa courte barbe brune il sentait une tension. Mais dans tout le reste de son corps il éprouvait plutot l'inverse, une sorte de dissolution.D'étranges pressions déplaçaient des masses et des liquides. C'était comme une réorganisation de ses organes(...) Les notes sur la partition avaient pris la forme de petits poignards et de herse griffantes"

L'écriture de Célia Houdart reprend un peu le principe d'une installamtion, donnant à voir quelques instants clés, appportant une mélodie ici ou là , avec pour fil conducteur la découverte de soi. Les mots sont posés de façon juste et , même si l'on n'est pas musicien, on ressent ce qu'elle veut nous transmettre, on vibre avec Gil, on le suit de Glasgow à Orange. Pourtant certains passages soulignent un vocabulaire technique: "Samuel Isherwood proposa à Gil de déchiffrer pas à pas Deucalione. Il insista sur les récitatifs, le placement de la voix parlée. La prononciation des doubles consonnes en italien. Comment exécuter une appoggiature, longue ou brève, un vrai trille".

J'ai apprécié le cheminement de Gil qui, après des années de perfectionnement d'un instrument, fait de sa propre voix son instrument. Le lien entre le corps et la musique est très fort et l'on ressent bien la façon dont il est à la fois un outil et un vecteur d'émotions.

Ici les noms sont fictifs mais inspirés de grandes figures du chant lyrique, du piano, Il me semble avoir lu que Célia Houdart souhaitait rester dans la fiction jusqu'au bout sans faire explicitement référence à des personnes existantes. De même les morceaux sont purement inventés, pourtant on croirait les entendre tant ils sont vécus avec ferveur. c'est ce que j'ai trouvé remarquable car s'appuyer sur des partitions existantes, effectuer des choix  qui collent au récit, est déjà assez fort, mais les créer de toute pièce, donnant ainsi l'illusion au lecteur qu'il pourra trouver ces morceaux, est une jolie surprise. C'est une création et, en tout cas, un bel hommage que Célia Houdart  rend aux compositeurs, professeurs et artistes dans ce récit envoûtant.

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
commenter cet article
18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 03:35

Une photo, quelques mots .. 

Un atelier d'écriture un peu particulier avec une photo qui m'a vraiment interpelée : retro ou futuriste ? Merci Leiloona ;)

La photo est de Kot.

Fermez les yeux ...

Une nouvelle réforme, une de plus ! Celle de trop sans doute.

Et dans la foulée, des formations, cette phrase comme un leimotiv : « revoyez vos pratiques, il est temps de changer de méthode, de vous remettre en question ». Se remettre en question ? Tu parles ! Les gamins se remettent-ils en question, eux ? Et les parents ? Oui, les parents, ceux qui déposent leur progéniture le matin devant les grilles du collège, les embrassent vaguement, rentrent trop tard pour les aider dans leurs devoirs ou bien n’en ont pas envie ; ces mêmes parents qui viendront nous voir parce qu’ils ne comprennent pas les notes - Oh, bon sang les notes ! On ne sait pas faire sans, c’est très français ça tiens ! - Non, les pires ce sont ceux qui viennent nous dire comment enseigner, quoi faire lire, comment évaluer. Je préfère encore ceux qui pensent que Balzac est foutu, que le latin c’est trop dur et « qu’aujourd’hui, les jeunes, ben faut les comprendre aussi : trop de sollicitations, trop d’écran, pas le temps de lire ! ».

Même l’inspecteur s’y met : « on peut très bien travailler à partir de films actuels, pourquoi ne pas visionner et étudier Game of Throne pour la représentation de la femme ? ». Mais oui bien entendu, on pourrait leur faire écrire la fin de la saga ! Remarque on étudie bien Harry Potter à Science Po.

Bon dieu, un énième stage ! Une journée perdue au pays du blabla.

Mais aujourd’hui ils ne m’auront pas. Je vais leur dire, moi, le fond de ma pensée, qu’on est pressés comme des citrons, même pas la force de descendre dans la rue pour manifester parce qu’on n’y croit plus, que là ça va trop loin, que quitte à flinguer le métier autant se tirer une balle dans le pied. Oh je sais bien que les formateurs n’y sont pour rien, « courroie de transmission », quelle horreur ! En voilà une fonction pas confortable.

Comme ces sièges futuristes là ! Pas de tablette, rien pour écrire. C’est bon j’ai compris, on est juste là pour écouter la messe. Ah on peut dire qu’ils ont pensé à tout, même pas moyen de roupiller un peu !

Puis c’est quoi cette télé ? ça fait dix minutes qu’on nous passe en boucle ces images de gamins heureux, de profs heureux, sans doute le pays des bisounours : adopte moi et je ferai de toi un être intelligent ! ça me fout le cafard ce documentaire. Et tous les autres autour de moi qui regardent sans broncher, des zombies.

C’est con mais j’arrive pas à détacher mes yeux de cet écran.

Et cette voix : « Jeunes d’aujourd’hui, France de demain. Les jeunes d'aujourd'hui estiment que la société ne leur donne pas les moyens de montrer de quoi ils sont capables. Vous êtes là pour les accompagner, pour les aider, pour … ».

Pfiou, je m’endormirais presque dis-donc. C’est dingue cette fatigue qui s’abat sur moi. Et ces images … Bon dieu mais arrêtez de sourire comme ça ! ça n’existe pas ça …

Si ? ça existe ?

« …revoyez vos pratiques, il est temps de changer de méthode, de vous remettre en question… »

Quoi ?

« …cessez d’être aussi exigeants. Pourquoi vous accrocher à ce point. Il est temps de lâcher prise… »

Lâcher prise …

« …il est temps de nous laisser prendre le contrôle et d’accepter de ne plus être un enseignant mais une courroie de transmission. C’est votre rôle… »

Mon rôle …

« … désormais vous serez à l’œuvre dans vos classes, au service des jeunes… »

Au service des jeunes …

Au service des jeunes ...

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans atelier d'écriture
commenter cet article
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 16:07

Pendant que Syl nous chante Te voglio bene ... et nous régale de pâtes au pesto, nous profitons d'un week end en famille pour faire des pâtes fraiches bolognaises.

Retour sur un petit billet où je vous racontais comment faire des pâtes fraiches comme en Italie !

Tout commence avec unle soffritto, le trio oignon-céleri-carotte.

Et puis pas de boeuf, surtout pas !

Sauce (ragù) à la bolognaise pour pâtes ou lasagnes (pour 6 personnes environ)

 

600 g de tomates en boîte (de bonne qualité) ou de sauce tomate (passato)

300 g de veau haché (ou un mélange de porc et veau)

130 g de chair à saucisse (du boucher) (ou échine de porc hachée)

50 g de pancetta longues en dés (ou au pire des lardons de bonne qualité)

50 g de beurre

1 carotte en dés

1 branche de céleri en dés

1 oignon jaune émincé

1 verre de vin rouge

1 verre de lait frais entier

2 feuilles de laurier, sel et poivre

 

1. À préparer la veille ou plusieurs heures à l'avance. Dans une casserole, faire revenir dans le beurre l'oignon avec la carotte et le céleri jusqu'à ce qu'ils colorent à peine. Ajouter la pancetta et faire rissoler puis ajouter la viande hachée et la chair à saucisse. Mélanger et cuire quelques minutes pour les faire légèrement colorer.

2. Verser le vin rouge, laisser évaporer puis verser le lait et mélanger quelques minutes (on peut aussi alternativement verser le lait en fin de cuisson). Enfin, verser la sauce tomate, ajouter le laurier et saler à peine. Laisser mijoter à feu moyen-doux pendant deux heures environ. La viande doit avoir absorber la sauce tout en restant encore sauceuse ;-).

3. Rectifier l'assaisonnement, poivrer et retirer le laurier. Laisser reposer au moins 6 heures avant de déguster avec des pâtes fraîches à l'oeuf comme les pappardelle ou des pâtes alimentaire en fomat court et bien sûr des lasagnes à la bolognaise. Servir avec du parmesan râpé.

Dimanche italien chez les gourmandes !

Je tiens cette recette de Edda, du blog http://www.undejeunerdesoleil.com/

Pour le dessert c'est une recette maison, améliorée, tournée dans tous les sens, d'abord cuite puis réalisée désormais sans cuisson: un cheesecake aux fruits rouges

 

1 paquet de sablés bretons

1 paquet de biscuits speculoos

100 gr de beurre

 

mixer le tout et répartir dans le fond d'un moule amovible ( dans le fond duquel je mets du papier cuisson afin que le biscuit n'adhère pas au moule).

 

350 gr de fromage blanc

150 gr de mascarpone

1 pot de fromage St Morêt

zeste et jus d'un citron

2gr d'agar agar

60gr de sucre

 

Presser le citron, ajouter l'agar agar et faire bouillir . Mélanger les fromages  + citron en les fouettant pour rendre la préparation aérienne. Déposer le tout sur le biscuit et réserver au réfrigérateur au moins 4h  (je le fais la veille).

Nous l'aimons beaucoup avec du lemon curd mais aujourd'hui ce sera fruits rouges !

 

Dimanche italien chez les gourmandes !

logogourmandises 16

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans supplément pour les gourmands
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 08:39
Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Celeste Ng

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Celeste Ng, éditions Sonatine, 2016, 300 pages

Genre : drame, récit psychologique

Thèmes : décès, famille, secret, deuil, acceptation, racisme, éducation, amour, émancipation

 

L'auteur en quelques mots ...

 

Celeste Ng a grandi à Pittsburg, en Pensylvannie, dans une famille de scientifiques. Elle vit aujourd'hui dans le Massachussets et vient de publier son premier roman. Elle est aussi l'auteur de courtes nouvelles: ICI

L'histoire

 

"3 Mai 1977, six heures trente du matin, personne ne sait rien hormis ce détail inoffensif : Lydia est en retard pour le petit déjeuner"

Sa mère,Marilyn, poursuit le rituel initié depuis que sa fille a montré un intérêt pour la Physique, disposant à côté de son bol quelques exercices. Son père,James, part travailler , comme tous les matins. Son frère, Nathan, se souvient ne pas lui avoir dit bonne nuit la veille et sa soeur Hannah se demande si on peut être kidnappé à 16 ans.

Lydia est morte. A l'heure où chacun se demande ce qu'il a fait la veille, ce qu'il lui a dit, où elle est partie, elle git au fond du lac.

Lorsque la police intervient chez eux, le passé ressurgit : "Votre femme a également disparu par le passé ? Je me souviens de cette affaire. En 1966, n'est-ce pas ? (...)

- C'était un malentendu".

Un malentendu. C'est sans doute ce que s'apprête à découvrir cette famille, en apparence parfaite. Peu à peu le vernis craque , Lydia n'était peut-être pas celle que l'on croyait et chacun affronte sa vérité, ses démons ...

 

En vrac et au fil des pages ...

Voici un premier roman qui explore les tréfonds de l'âme. Une famille en apparence parfaite, l'ambition des enfants, mais rapidement des préférences, des non-dits, une fuite et le passé qui ressurgit.

Difficile de raconter l'histoire sans trop en dévoiler. C'est un thriller psychologique et ce qui importe n'est pas que Lydia soit morte, mais pourquoi.

Chacun cache un côté obscur, une faille, à commencer par les parents dont l'enfance, l'adolescence a été marquée d'une façon ou d'une autre. James est professeur d'Histoire américaine et parle à longueur de journée des cowboys à ses étudiants, symbole de l'Amérique s'il en est. Pourtant, fils d'émigrés asiatique, il a dû affronter les moqueries à une période où le racisme était clairement affiché et où sa famille, soumise, acceptait tout cela pour que le fils prodigue puisse accéder à une éducation, des études qui feraient de lui un américain. Nous sommes alors dans les années 60 et Marilyn veut devenir médecin. Elle en a les capacités, l'intelligence et ce milieu masculin ne la rebute pas. Pourtant l'éducation des filles est toute autre et s'astreint à en faire de bonnes épouses, ce que sa mère prône, elle qui lit avec application Les Recettes de Betty Crocker.

Trois enfants plus tard, les préjugés raciaux sont toujours bien ancrés et Lydia, Nath, Hannah en font les frais. 

Mais ce qui se trame au sein de la famille est plus suspect encore. Projetant sur leurs enfants leurs propres rêves, James et Marilyn ont laissé des séquelles sur leur devenir. Une famille proche dans laquelle tout le monde ne voit que ce qu'il veut voir, dans laquelle les enfants sont plus matures que les parents, aveuglés par leur désir de réussite. Des adolescents en devenir, blessés par leurs émotions, ne sachant comment dire les choses, comment se faire comprendre.

A des années de distance, Lydia et Marilyn cherchent à se plaire, à devancer les désirs de l'autre, toutes deux en quête d'émancipation. L'image de la mère est au coeur du récit.

Le poids culturel est lourd et génère des failles. L'on découvre alors que Nath en sait bien plus sur sa soeur que sa propre mère. L'union du frère et de la soeur en fait un duo qui charme le lecteur et donne foi en la fratrie.

L'alternance des chapitres permet de reconstituer l'histoire de la famille, de réinvoquer le passé des parents, les blessures et les désirs avortés.

Ce roman fait réfléchir, au delà du drame, sur ce que l'on attend de ses enfants, sur les préférences qui se font jour parfois, sans qu'on y prennen garde, à l'occasion d'un comparaison de l'un, plus intelligent que l'autre. Autant de gestes et de mots anodins qui peuvent entrainer des blessures.

Mais l'écriture est plus poétique que cela, plus amples et l'on ne tombe jamais dans le pathos. Je dirais qu'il y a une certaine pudeur dans l'écriture qui traite de divers sujets : l'émigration, le racisme, l'amancipation, l'amour.

C'est un roman à découvrir.

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:33
Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel, 2016, 282 pages

Genre : thriller psychologique

Thèmes : enfance, deuil, meurtre, adolescence, tempête

 

L'auteur en quelques mots ...

Une belle chronique de Macha Séry pour présenter l'auteur : ICI

 

Pierre Lemaitre a passé sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés.

Psychologue de formation, il a fait une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d'enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires. Il se consacre ensuite à l'écriture, en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume depuis 2006. Ses romans sont traduits ou en cours de traduction en trente langues.

Pierre Lemaitre considère lui-même son travail comme un permanent « exercice d'admiration de la littérature ». Ainsi, dès son premier roman Travail soigné, il rend hommage à ses maîtres en faisant, de l’œuvre de ces écrivains, des protagonistes de son intrigue : Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau, James Ellroy, William McIlvanney, etc.

Son deuxième roman publié en 2009, Robe de marié, exercice explicite d'admiration de l'art hitchcockien, raconte l'histoire de Sophie, une trentenaire démente, qui devient une criminelle en série sans jamais se souvenir de ses meurtres.

Lemaitre aborde ensuite le thriller social avec Cadres noirs, en 2010, qui met en scène un cadre au chômage qui accepte de participer à un jeu de rôle en forme de prise d'otages. Le livre est inspiré d'un fait divers réel survenu en 2005 à France Télévisions Publicité5 dirigée à l'époque par Philippe Santini, et pour lequel cette entreprise a été condamnée par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 7 avril 2016.

Alex, quatrième roman, joue sur l'identification, moteur du thriller : l'héroïne y est tour à tour victime et meurtrière jusqu'à la conclusion qui retourne une nouvelle fois la compréhension que le lecteur peut avoir du personnage. Là encore, on trouve, d'Aragon à Proust en passant par Roland Barthes, John Harvey ou Boris Pasternak, quelques citations ou influences que l'auteur signale explicitement.

Les Grands Moyens, feuilleton numérique, est une enquête de Camille Verhœven, en marge de la trilogie commencée avec Travail soigné, poursuivie avec Alex et achevée avec Sacrifices (2012) qui voit la conclusion de la destinée du héros. Confirmant dans une interview son attachement à Alexandre Dumas, Pierre Lemaitre a ajouté un quatrième volet à sa « Trilogie Verhœven » (à l'image des Trois Mousquetaires qui, en fait, étaient quatre) : Rosy & John est la novélisation de son feuilleton numérique Les Grands Moyens.

Il est internationalement reconnu dans le domaine du roman policier : Stephen King lui-même le considère comme « a really excellent suspense novelist ».

En août 2013, Au revoir là-haut, marque, dans son œuvre, un important changement puisqu'il signe, cette fois, un roman picaresque (et non historique). Délaissant le genre policier, Lemaitre reste néanmoins fidèle à l'esprit de ses premiers romans puisqu'il cite plusieurs auteurs (d'Émile Ajar à Stephen Crane et de Victor Hugo à La Rochefoucauld) qu'il salue dans ses remerciements avec, notamment, un hommage appuyé à Louis Guilloux et Carson McCullers. En novembre 2013, le roman reçoit le prix Goncourt. Il est classé en tête par l'Express dans sa liste des best-sellers de l'année 2013.

En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec Trois jours et une vie qui raconte la destinée d'un jeune assassin de 12 ans.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte

L'histoire

 

"A la fin de décembre 1999 une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt (...) Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse."

Antoine a alors 12 ans et aime par dessus tout s'isoler au coeur de la forêt pour y construire des cabanes. Ses amis, Théo le fils du Maire, Kévin et la belle Emilie, préfèrent, eux, jouer à la playstation et restent enfermés des heures durant.

Bien sûr, Antoine a bien essayé de se lier aux autres, mais sa mère pense que les jeux vidéo abrutissent le cerveau. "Six ans plus tôt, le père d'Antoine avait profité d'un changement de situation pour effectuer un changement de femme", c'est donc sur elle que repose l'autorité.

Pour autant Antoine n'est pas seul, Ulysse, le chien des Desmedt et leur fils Rémi, âgé de six ans, le rejoignent régulièrement et apprécient la cabane construite.

Mais le jour où un accident fauche Ulysse sur la route, la vie d'Antoine bascule. Le chauffard ne s'arrête pas et M Desmedt, dans un geste vif, abat le chien souffrant, sous les yeux médusés des enfants. Un geste fou que l'adolescent ne peut comprendre, qu'il n'a pas eu le temps de préparer, d'accepter. La rage s'empare alors d'Antoine, pour qui cela ne peut être que l'oeuvre d'un monstre. "Pourquoi il a fait ça ton père !" hurle-t-il au petit Rémi.

L'enfant le regarde ,les yeux écarquillés, mais il est déjà trop tard. Antoine n'est plus lui-même lorsqu'il attrape le bâton à deux mains et frappe.

Deux jours plus tard, une terrible tempête s'abat sur la région, laissant la ville de Beauval dévastée. Nous sommes ne 1999 et les dommages individuels prennent le pas sur le désespoir d'une famille qui ne sait où est passé son petit garçon ...

 

En vrac et au fil des pages ...

Quelle histoire ! Dès le départ, l'auteur nous plonge au coeur d'un drame dont on sait qu'on ne se relèvera pas. Il touche des enfants, ce qui le rend à la fois cruel, déplacé et poignant.

Pourtant l'écriture de Pierre Lemaitre, dès la première page, tourne en dérision ce qui nous est montré : une ville où chacun vit au contact des autres, sait tout et rien sur les voisins, où les rumeurs s'enflamment à la vitesse d'une trainée de poudre. Dans ce contexte, le regard d'un adolescent de 12 ans ne peut être celui d'un adulte et sa vie se résume à ce qu'il vit, ressent, avec force.

Pourtant ,lorsque le petit Rémi est assassiné par son camarade, on ne peut s'empêcher d'avoir un noeud à l'estomac : Antoine masquera-t-il ce meurtre toute sa vie ? Ne découvrira-t-on pas ce qui s'est passé ? Ne rendra-t-on pas le corps à,sa famille ? 

On s'attache ici à la vision d'Antoine et la douleur de la famille Desmedt est une toile de fond au travail psychologique qui gagne du terrain, d'heure en heure, pousse Antoine à la fuite, puis le contraint à rester ... jusqu'à cette tempête qui apparait comme le signe que son secret sera bien gardé.

L'écriture est forte car on vit réellement le dilemne d'Antoine, son mal être, son questionnement. Le lecteur ne peut le laisser impuni, et pourtant on souffre avec lui.

La seconde partie du roman nous entraine des années plus tard, pour retrouver un Antoine adulte, devenu médecin, mais dont la vie est un tourbillon : pas d'attachement, un éloignement volontaire de ses racines. On sait que tout va ressortir à un moment donné mais on ne s'attend pas à cette fin. Revenir sur les lieux du crime le renvoie à son passé, son secret, ses amours aussi lorsque la belle Emilie refait surface et le place face à ses contradictions.

En fin de compte, le salut ne viendra pas et l'on pense irrémédiablement à une vie gâchée, tourmentée.

J'ai lu des critiques négatives sur ce récit, notamment concernant la seconde partie du roman. C'est, de mon point de vue, le décalage entre les deux parties ( la première, vive, troublée de l'adolescence, du mal être et la seconde plus détachée) qui fait que le lecteur se sent lâché alors que l'auteur l'accompagnait dès le début par une écriture incisive, teintée d'humour. Pourtant la fin du récit signale une maturité enfin acquise, Antoine est contraint à faire un choix, à assumer, c'est aussi une forme de rédemption même si on peut le trouver d'une grande lâcheté dans ses actes.

Pour moi il s'agit d'un récit psychologique et non d'un roman policier. Je l'ai trouvé assez bon, bien mené et j'ai apprécié que le détachement coloré d'humour ne perdure pas dans tout le récit car cela n'aurait pas été crédible en regard de l'adulte qu'est devenu le personnage.

A découvrir et cela m'a donné envie de lire Au revoir là-haut dont on vante l'écriture.

 

Partager cet article

Repost 0

Présentation

  • : un chocolat dans mon roman
  • un chocolat dans mon roman
  • : Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...
  • Contact

Recherche

Retrouvez-moi sur mon Tmblr

je suis plongée dans ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Articles Récents

  • Le poids des secrets, tome 1 Tsubaki, Aki Shimazaki
    Le poids des secrets, tome 1 : Tsubaki, Aki Shimazaki, éditions Babel, 1999, 115 pages Genre : contemporain Thèmes : famille, passé, amour, seconde guerre, Hiroshima, Nagasaki L'auteur en quelques mots ... Née à Gifu, au Japon, en 1954, Aki Shimazaki...
  • La Bête humaine, Emile Zola
    La Bête humaine, Emile Zola, éditions Folio classique, 1995, 501 pages Genre : classique Thèmes : amour, passion, meurtre, pulsions, machine à vapeur, ville, ouvriers, gare L'auteur en quelques mots ... Considéré comme le chef de file du naturalisme,...
  • La Brocante Nakano, Hiromi Kawakami
    La Brocante Nakano, Hiromi Kawakami, éditions Picquier Poche , 2009, 342 pages Genre : contemporain traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu Thèmes : brocante, amour, objets, bonheurs, rencontres, liens L'auteur en quelques mots ... Retrouvez ma chronique...
  • Loin de la foule déchaînée, Thomas Hardy
    Loin de la foule déchainée, Thomas Hardy, éditions Archi Poche, 2015, 470 pages Genre : classique Thèmes : Angleterre, XIX°S, domaine, mariage, amour, statut social L'auteur en quelques mots ... Retrouvez la biographie de l'auteur sur le billet Deux contes...
  • La Horde du contrevent, Alain Damasio
    La Horde du contrevent, Alain Damasio, Editions La Volte, 2004, 521 pages Genre : fantasy Thèmes : vent, amitié, horde, écueils, quête, musique L'auteur en quelques mots ... Alain Damasio, né Alain Raymond, est un écrivain français de science-fiction....
  • Origami party pour le mois japonais
    Bien que le papier soit né en Chine au IIème siècle avant J.-C., on pense que la pratique régulière du pliage de papier est essentiellement d'origine japonaise et remonte au VIème siècle. Les premiers pliages étaient destinés à l'emballage des médicaments...
  • Le Maître des livres, Umiharu Shinohara
    Le Maître des livres, tome 1, Umiharu Shinohara, éditions Komikku, 2014, 188 pages Genre : manga Thèmes : lecture, enfance, bibliothèque, amitié, éveil L'auteur en quelques mots ... Dessinateur et scénariste japonais, Umiharu Shinohara ( 篠原ウミハル ) , est...
  • Éloge de l'ombre, Junichirô Tanizaki
    Eloge de l'ombre, Junichirô Tanizaki, édition POF ( Publication orientaliste de France), 1993, 110 pages traduit du japonais par René Sieffert Genre : essai Thèmes : obscurité, occidentalisme, orientalisme, moeurs, plénitude, influence L'auteur en quelques...
  • Outre-Terre, Jean Paul Kauffmann
    Outre-Terre, Jean Paul Kauffmann, éditions Folio, 2017, 359 pages Genre : récit de voyage, essai Thèmes : Russie, Napoléon, Eylau, Histoire, reconstitution L'auteur en quelques mots ... Journaliste et écrivain français, jean Paul Kauffmann est né en 1944....
  • Le Dimanche des mères, Graham Swift
    Le Dimanche des mères, Graham Swift, éditions Gallimard, collection du monde entier, 2017,142 pages Genre : historique Thèmes : aristocraties, société, Angleterre, domesticité, écrivain L'auteur en quelques mots ... Ecrivain britannique né en 1949, Graham...

je publie aussi sur

 

je dois encore chroniquer ...