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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 07:02

http://www.bief.org/fichiers/livre/93/212793/couv.gif

 

 

 

Je t'écris du pont, Joelle Ecormier

Ensemble de six nouvelles, Océans Editions, 2009, Coll. Océan Ados

 

Public : adolescents

Thèmes : suicide, solitude, amour, relations inter-générationnelles,handicap, technologie,art,emprisonnement

Genres : réalisme, fantastique, épistolaire

 

"Je t'écris du pont", première nouvelle : chaque jour Thomas écrit à Nadjwa, "Ma Nadjwa, ma nana". Il lui écrit son amour, le vide de son existence depuis qu'elle a mis fin à ses jours, sa colère face au monde qui continue sa course, sa rage contre une société qui se dit ouverte mais accepte mal la différence. Chaque jour il lui écrit du pont Vinh-san, puis déchire ses mots et les laisse s'envoler. Un pont entre deux êtres, deux âmes, deux religions; un pont comme un passage vers l'âge adulte.

 

Plusieurs thèmes s'entremêlent dans cette nouvelle et s'imbriquent sur fond d'amour interdit entre deux lycéens:

 

Le suicide et le deuil qui s'ensuit : le geste de Nadjwa n'est pas donné dès le départ. la nouvelle, sous forme épistolaire, dévoile peu à peu les circonstances qui l'ont amenée à se suicider.Un amour interdit, une grossesse qui aurait sali l'honneur de sa famille musulmane, il n'en fallait pas plus pour qu'elle entrevoie son geste comme seule alternative. face à ce qu'il n'a pas vu venir, Thomas traverse seul les étapes de l'acceptation: la tristesse, le désarroi, la colère et ne trouve de repos que dans l'écriture puis dans la parole échangée avec Louise. A peine évoqué, le deuil des parents rend perceptible l'amertume de Thomas envers Nadjwa et un geste qu'il ne comprend pas.

 

La solitude et la relation à l'autre : Thomas est seul face à lui-même.Cette solitude est amplifiée par le fait que sa liaison avec Nadjwa n'était connue de personne, "Personne ne devait savoir pour nous deux. Tu l'avais écrit dans ta lettre". A qui se confier dès lors ? La peur de manquer à sa parole en parlant à sa mère, le rejet de Salima (meilleure amie de Nadjwa), la crainte d'un face à face avec la famille de son amie, coupent Thomas du monde qui l'entoure et le poussent à se jeter dans le travail :"(...) je récite mes cours. Toute la nuit. C'est rien qu'un pare-coeur". En même temps, cette solitude permet une prise de conscience et un cheminement vers l'âge adulte.

 

La recherche de l'âme soeur : le thème est décliné de façon originale par le truchement de destins croisés. Joelle Ecormier ne tombe pas dans le pathos lorsqu'elle fait dire à son héros qu'il n'aimera plus jamais de la même façon. Thomas, au fil des pages, se détache de Nadjwa et sait que le temps fait son peuvre. Nadjwa n'était peut-être pas son âme soeur. Alors intervient Louise, comme un message du destin, la moitié qui manquait à Thomas: "Elle est la partie de moi qui n'a pas envie de sauter".

 

La maternité : la nouvelle évoque, sans s'attarder, la maternité précoce des jeunes femmes réunionnaises. La mère de Thomas l'a eu à 17 ans et Nadjwa était encore au lycée lorsqu'elle est tombée enceinte. Aucun jugement n'est porté car c'est un fait qui a toujours existé mais en parler ici rappelle que le problème est devenu majeur tant s'est modifié l'environnement économique, politique et scolaire. Ici la grossesse est évoquée en lien avec la religion de Nadjwa et l'éducation austère de sa famille:" Je suis enceinte (...)Autant écrire: je suis morte". En même temps Thomas regrette son geste et pense qu'un dialogue aurait permis à Nadjwa de vivre.

 

Les ponts : c'est, selon moi, le support le plus intéressant de la nouvelle, par la symbolique qu'il recouvre. Le pont est, à l'origine dans le récit, le lieu de rendez-vous des jeunes amants qui ne veulent pas être vus des adultes. C'est aussi le lieu où Nadjwa a mis fin à ses jours.Pour cette raison, il sera aussi le refuge de Thomas. Mais au-delà de cette fonction il relie deux êtres différents (religion, physique ...). C'est aussi par ce pont qu'arrive le personnage de Louise. Pour aller plus loin, sans doute peut-on y voir le symbole du passage de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge adulte.

 

La nouvelle reprend les thèmes chers à l'adolescence. Sa force réside dans sa forme qui donne le ton juste à travers les paroles de Thomas, son ancrage dans le présent de l'écriture, la poésie de certaines images, de certains jeux de mots. Sa faiblesse est peut-être de livrer des attendus: ainsi la révélation finale sur Louise ne serait surprendre tant elle était préparée. Cela reste une jolie lecture, surtout associée aux autres nouvelles.

 

Je ne les commenterai pas toutes mais livre ici un aperçu :

 

"L'Ami de Marco", deuxième nouvelle : à 13 ans, Marco est paraplégique:"Mes jambes sont mes chaines". Il parle au passé de son infirmité et l'on comprend qu'un changement s'est produit dans sa vie. C'est le récit de cette transformation qu'il nous livre dans cette nouvelle qui mêle réflexion sur le handicap, l'amitié et le regard de l'autre . Accompagné de ses parents, Marco de rend à un exposition de peinture et tombe en admiration devant un tableau qu'il baptise aussitôt "Un Ami". Le peintre, Ahel, lui révèle alors que c'est effectivement le véritablement nom du tableau mais refuse de le lui vendre:"on n'achète pas un ami". Non, il le lui offre ! Une fois dans la chambre de Marco, le tableau semble le protéger et veiller sur lui. Notre jeune héros en oublie son handicap. Mais bientôt le portrait prend vie et Un Ami en sort chaque nuit, pour revenir au petit matin. Marco tentera alors tout ce qui est en son pourvoir pour empêcher Un Ami de sortir du tableau, demandant à Ahel de peindre des barreaux . Peu à peu le portrait au regard s'éteint et devient triste, jusqu'au jour où Marco comprend ...

Cette nouvelle est sympathique pour la double lecture qu'elle propose : l'histoire fantastique en elle-même et une reflexion sur l'amitié en filigrane.

 

"Mémé philo", troisième nouvelle : la nouvelle s'ouvre sur l'interview d'une lycéenne par son ami. Elle s'apprête à raconter comment un projet qui lui tenait à coeur a changé le visage de son lycée. Son discours maladroit, empreint d'émotion fait défiler sous les yeux du lecteur les personnages de son histoire vraie : Ariane, lycéenne et amie de la narratrice, un peu déjantée et volontaire et Mémé Philo, sa grand-mère de 102 ans pour qui toutes deux vont se battre. Le projet ? Faire de la cabine téléphonique du lycée une oeuvre d'art et ainsi faire passer un message : " c'est bien la peine d'avoir brisé les chaines de l'esclavage si c'est pour s'en mettre d'autres", tel est le discours de Mémé Philo contre le portable qui prive les gens de ce qu'ils ont de plus précieux :la liberté ! A la fin de la diffusion de ce petit film, la salle se rallume et ...

Je ne vous en dit pas plus. C'est une jolie nouvelle sur la technologie et les racines !

 

"Le cadeau fait à Lancelot", quatrième nouvelle : c'est à la fois la plus poignante et la plus étrange des nouvelles de ce recueil. Après la soirée d'anniversaire de Lancelot, Justine retourne chez lui afin de lui avouer son amour. Durant toute la soirée elle n'a pas osé prononcer ces mots et se résoud à le faire au petit matin. Entrant chez Lancelot elle le découvre, interte, sur le sol. Il respire encore faiblement mais sa pâleur indique déjà que quelquec chose l'a troublé. Près de lui un livre, cadeau de sa mère, attire Justine. Elle le parcours et découvre alors l'écriture de la mère de Lancelot, décrivant la vie de ce dernier jusqu'à ses 18 ans, jusqu'à cette soirée. d'abord émue de découvrir ainsi l'homme qu'elle aime, Justine comprend la valeur magique de l'objet, révélée par ces mots "(...)Lancelot, jour après jour. J'ai fabriqué ton existence ". La raison de ce cadeau est que 18 ans après, la mère de Lancelot s'est décidée à rendre sa liberté à son fils, ce fils qui n'a jamais connu la souffrance et qu'elle a ainsi protégé toute sa vie. Au petit matin, Justine ronocera les mots qu'elle était venue dire à Lancelot.

Je ne vous révèle pas la fin !

 

Babylone, cinquième nouvelle : celle-ci est la plus poétique sans doute. La narratrice, dont on ne connait pas le nom, raconte ses ateliers de lecture/écriture dans la prison de Saint Denis, avec "des gueules cassées, des visages rafistolés,des peaux tatouées, des bras musclés". De ce lieu, elle ne décrit que des bribes ( verrous, grilles, bruits) car ce qui attire son attention est Babylone, baby alone comme il signe ses écrits, qui exerce sur elle une attirance indéfinissable. Elle ne saura rien de sa vie sinon qu'il considère cette prison comme sa maison, lui qui a été abandonné par sa mère. Ces murs sont un refuge et c'est ainsi qu'elle aussi finira par les voir, chaque lundi, à chacune de ses visites, jusqu'au jour où Babylone sera libéré ...

 

Post-scriptum, dernière nouvelle : la plus courte. Sous forme de post scriptum à une lettre écrite à son père, le narratuer énonce tout ce qu'il a oublié de lui dire durant sa vie, les souvenirs, les sentiments, les mots qui font du bien. La nouvelle nous rappelle surtout qu'il faut prononcer ces mots tant que la personne à qui ils sont destinés est là pour les entendre. Pour éviter les regrets.

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 07:21

  Tigouya, Teddy Iafare Gangama,Yohann Schepacz 2009, éditions Epsilon jeunesse

Public : jeunes enfants

Thème : voyage,île de la Réunion,animaux,devinettes,rencontres

 

En voilà un curieux titre ! Tigouya est un margouillat. Un quoi ? Un Mar-gou-ya ! Une sorte de petit gecko que l'on rencontre partout sur l'ile de la Réunion. C'est un emblème ici et c'est pour cela qu'il était parfaitement approprié pour Teddy Gangama.


 http://www.livranoo.com/img_bigcouv/c_1083.jpg

 

L'histoire : " Navé in zour, dann fon la kour." Tigouya vit dans les montagnes de Mafate, cirque des hauts de l'ile de la Réunion. Il rêve de voir l'océan, pour de vrai. Comment faire ? Le voilà embarqué dans le sac à dos d'un touriste ! Son périple le mène sur les routes de la Réunion, à la découverte de tout ce qu'il ne connait pas mais aussi à la rencontre de toutes sortes d'animaux. Pour avoir le droit de se reposer en ces lieux où il s'arrête il devra répondre à des devinettes :'Quand ma maison est rouge, je m'habille en rouge, quand elle est verte je m'habille en vert, mon point fort : ma langue!". Alors ? une idée ? "ou i koné kisa m'i lé " Mais lui n'est pas aussi dégourdi que les enfants qui découvriront cet album aux accents créoles et qui trouveront sans doute la réponse ! Sachez juste qu'il atteindra son but , l'amour en plus, mais ... chut ! A vous de lire maintenant:

 

Un extrait de tigouya ICI

 

Tigouya est né de l'idée de faire connaitre l'ile à tous mais aussi de la volonté de l'auteur de créer un album dans lequel les enfants réunionnais se retrouveraient. Quel plaisir, en effet, de reconnaitre des lieux, des animaux, peut-être même un peu de son chez-soi ! La langue est truculente, même en français. Le vocabulaire imagé et les devinettes savoureuses. Mais c'est bien sûr en créole que les sirandanes ( et oui c'est ainsi que l'on nomme les devinettes qui colorent le livre) prennent tout leur sens.

 

Magnifiquement illustré par Yohann Schepacz, cet album ravira petits et grands.

 

Tigouya s'exporte avec succès et a reçu le prix du livre insulaire d'Ouessant. A la Réunion il obtient le prix Paille-en-queue dans la catégorie CP/CE1. Mais croyez-moi, on peut le lire à tout âge tant il est plein d'humour et de dynamisme. Deux versions donc pour ue même histoire. Et pourtant, au départ, Teddy Gangama avait imaginé une version bilingue, permettrant d'avoir face à face les deux langues, français et créole, ce qui est  l'une des particularités de la Réunion. Il en fut autrement et les deux albums vivent deux vies séparées, ce qui est sans doute tout aussi intéressant puisqu'ils ne s'adressent pas au même public.

 

Le voyage ne s'arrête pas là. Après un succès bien mérité en librairie, voici Tigouya sur les planches ! (video ci dessous). Et pas seulement à la Réunion s'il vous plait ! Paris a eu droit à sa représentation. Evidemment les répliques de l'album ne sont pas toujours présentes et il fallait bien adapter le travail de Teddy Gangama pour la scène. Mais lui-même reconnait que le rendu est intéressant. En tous cas, petits et grands adorent ! Il faut dire que la mise en scène ne manque pas d'originalité avec ses volets à rabat, ses changements de décors plus inattendus les uns que les autres, ici un volcan, là une plage ! Epoustoufflant !

 

 

J'aurai l'occasion de présenter l'auteur dans une autre rubrique. Sachez juste qu'il a plus d'une corde à son arc : auteur de livre de jeunesse, fonnkezer de talent, poète et fervent défenseur de la langue créole ... A tout bientôt pour un prochain billet donc !

Avec cet album je participe à :

ca2012petit Logo1.JPG 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 09:04

http://www.librairiepantoute.com/img/couvertures_300/taxi-khaled-09.jpg

 

  Taxi, Khaled Al Khamissi, editions Acte Sud, 2009, collection Mondes arabes,189 pages

Thèmes : Egypte, régime Moubarak,religion,vie quotidienne

Genre :discours

 

 

 

58 récits, 58 conversations dans un taxi.

 

Le support est simple et tellement ingénieux à la fois. Car qui peut mieux parler de l'Egypte que ceux qui la sillonnent nuit et jour, en connaissent toutes les facettes, pour le meilleur ou pour le pire.

En 2007, lorsque Khaled Al Khamissi écrit ce petit livre aux accents du Caire, il n'imagine probablement pas la suite que vont prendre les événements. Quoique, la colère gronde dans ces pages et les différentes conversations, vécues ou inventées, en sont le reflet. Khaled Al Khamissi n'est pas uniquement romancier, il est aussi journaliste et dresse ici une critique du gouvernement de Moubarak mais aussi , dans une certaine mesure, des égyptiens. Qui aime bien châtie bien :"J'ai eu la chance d'avoir une bonne éducation et de voyager partout en Egypte, et c'est ce qui a forgé ma personnalité et mon caractère. J'ai beaucoup visité mon pays, et c'est ce qui a cultivé mon amour pour lui."dit-il.

 

Après l'assassinat de Sadate, Hosni Moubarak arrive au pouvoir et renforce l'alliance de l'Egypte avec les USA tout en maintenant le lien initié par son prédécesseur avec Israël. Les clivages sociaux se renforcent mais le gouvernement resserre la vis. L'intégrisme monte, le gouvernement répond par davantage d'autoritarisme. Le peuple égyptien ne peut que subir. C'est cette période que raconte Khaled Al Khamissi à travers les voix de chauffeurs de taxi du Caire. Chacun donne sa vision de la vie sous le régime Moubarak : la foi inébranlable en Dieu du vieux chauffeur "Le pain quotidien ne t'appartient pas et l'argent ne t'appartient pas : tout appartient à Dieu", la révolte de cet autre contre le banditisme policier, le souvenir du régime de Sadate, la place de la femme dans la société, la colère contre les égyptiens qui "n'ont pas de quoi manger mais (dont) chacun se balade avec un téléphone portable", l'époque où "les taxis étaient encore une denrée rare..." ,les affres de l'émigration, l'importance de la place Tahrir ...

 

J'ai aimé ces 58 saynètes, liées les unes aux autres et pourtant juxtaposées comme autant de voix de l'Egypte. Qu'ils soient pour ou contre le régime en place, chacun s'exprime avec sa personnalité, ses convictions et c'est ce qui retient l'attention du lecteur. La dénonciation est formulée par le lecteur lui-même, non par l'auteur dont le récit n'est que le réceptacle de 58 voix. Elle se répondent, se complètent, si bien que l'on ne saurait les lire indépendamment, même si le livre semble y inviter.

 

http://photo.europe1.fr/infos/international/11.02.femme-foule-egypte.930620-409847/7416519-1-fre-FR/11.02.Femme-foule-Egypte.930620_scalewidth_630.jpg

scènes de joie dans les rues du Caire après l'annonce de la démission de Moubarak @REUTERS

 

Un jour historique : au pouvoir depuis 30 ans , Hosni Moubarak a démissionné en février 2011 après des jours de manifestation des égyptiens dans les rues. L'armée s'est alors emparée du pouvoir. Une déferlante a parouru le monde arabe, comme un écho aux scènes de liesse égyptiennes, au cri de "Démocratie!". L'Egypte entrait dans une nouvelle période et tournait la page Moubarak.

De cela Khaled Al Khamissi n'a pu parler dans son roman, écrit en 2007. Que disent aujourd'hui les chauffeurs de taxi du Caire ?


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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 07:14

Et oui, c'est tout caramel en ce moment à la maison ! Après la tarte glacée, caramel coulant voici les petites gourmandises maison.

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSgUSrrX1pQLMznKZfTjv2adk5AbG1mfFVXwbUI3lFik3H2ZKCBq6_5Wq41

"Lorsqu'on commence on ne peut plus s'arrêter !

- C'est vrai...et alors ? Oh, allez, ce n'est pas tous les jours tout de même

- D'accord mais qu'est-ce qui fait qu'on ne peut pas se satisfaire d'une petite poignée ?

- Je ne sais pas. Ou plutôt si. C'est un mélange de croquant et de sucré qui enchante les papilles. La sensation dure peu. D'abord le goût du caramel. Ou plutôt non, le goût du caramel et déjà, en fond ,la saveur des cacahuètes. Je croque. Croustillant, craquant. C'est du mélange que nait le plaisir de ces friandises. Que seraient les cacahuètes sans le sucre qui les enrobe sinon une simple pépite apéritive? De la sensation nait l'émotion et la mémoire gustative.

- Oui, la mémoire. C'est une gourmandise de fête forraine !Alors c'est le sucre qui fait tout !

- Pas tout à fait car la cacahuète rend tout aussi accro. Regarde tes invités. Au départ ils en prennent délicatement une ou deux. Puis on y retourne et là, du bout des doigts, on en prend plusieurs. Regarde celui là qui les jette d'un coup dans sa bouche ! Une seule ne suffit pas !

- C'est un mélange maléfique tes surprises caramélisées !"

 

5 minutes chrono ?... pas tout à fait s'il vous plait !

 

Vous prendrez  250 gr de cacahuètes non salées (on les trouve en gros sacs dans les épiceries indiennes, 250 gr d'eau et 250 gr de sucre. Tout en proportions égales ! Mettez les ingrédients dans une grande poêle et laissez cuire jusqu'à l'apparition d'un liquide liquoreux. A partir de là remuez sans cesse afin que toutes les cacahuètes soient enrobées de caramel blond. Lorsque le sucre se transforme en sable, baissez le feu et continuez à remuer en détachant les pépites caramélisées pour qu'elles ne forment pas de petits blocs. La préparation va peu à peu sécher, le sucre brunir.

Versez les pépites sur une feuille de papier sulfurisé en les espaçant et laissez refroidir.

La petite astuce qui garantit le succès de vos friandises est ici : surtout ne jetez pas le sucre qui reste dans la poêle ! Après quelques minutes rallumez le feu sous la poêle et faites un second passage , même procédé. Cette couche assurera le croustillant et rendra vos "surprises caramélisées" uniques.

 

Pour prolonger le plaisir :

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 06:35

http://www.bernadette-thomas.com/wp-content/uploads/2008/02/je-veu-ma-place1.jpg

 

Je veux ma place au soleil, Bernadette Thomas, Editions Grand Océans, 247 pages

Thèmes : île de la Réunion, relations inter-générationnelles, nature, emploi/chômage,illetrisme

genre :roman

 

 

J'ai rencontré Bernadette THOMAS l'année dernière à l'occasion d'une séance lecture dans mon collège. Je n'ai pas résisté à l'envie de l'inviter à nouveau en fin d'année, pour un petit moment d'échange avec mes élèves (rendez-vous ICI pour en savoir plus). A cette occasion je me suis plongée dans son parcours, son oeuvre au sens large. J'ai d'abord été étonnée par la variété des genres : roman fantasy avec La Terre jumelle, fiction réaliste avec Le souffle des disparus ou Je veux ma place au soleil. Des récits toujours ancrés dans son ile natale ,La Réunion, ses croyances, ses superstitions.

 

L'histoire : Je veux ma place au soleil se détache un peu des autres romans de Bernadette THOMAS par la révolte qu'il contient. Le style est ample mais aussi incisif. Le roman s'ouvre sur une description de Bras-la boue, banlieue défavorisée inspiré d'un quartier de Saint Denis qui donne le ton. Maximin a 20 ans et vit avec sa mère, ses frères et soeur et son beau père dans un quartier précaire,gangréné par le chômage, l'illettrisme et l'ennui. Ecoeuré par l'école, une vie qu'il juge décevante, il décide de se lancer dans une quête aussi folle que passionnante : la découverte d'un trésor laissé par des pirates qui lui apporterait richesse et liberté. Ses pas le mènent dans les Hauts de l'ile puis à Sainte Suzanne, Sainte Rose, Saint Philippe pour autant de rencontres insolites et attachantes. Sur fond de révolte, tant personnelle que sociale, Bernadette THOMAS nous montre les deux facettes de l'ile, une société à deux vitesses dont la richesse réside dans ses racines, ses croyances ancestrales, sa mixité culturelle.

 

Le roman évoque le voyage et la quête initiatique qui font l'unité de ses écrits. C'est aussi un hymne à la tolérance et au respect, une invitation à lier les générations qui peuvent s'apporter beaucoup mutuellement. La Réunion change et tente de se mettre au diapason de la métropole, du monde moderne. Mais elle porte en elle une spécificité et une originalité qu'elle doit préserver.En filigrane Bernadette THOMAS propose au lecteur , non pas de vivre dans le passé, mais de se donner les moyens de vivre avec son temps tout en restant conscient de ses racines.

 

Le roman aborde de nombreux thèmes:

 

- l'école avec ce qu'elle comporte d'opportunités mais aussi de fermeture pour des jeunes dont la langue maternelle n'est pas forcément le français mais le créole, le shimaoré, le malagasy... La plupart des créolophones sont bilingues mais la langue de l'école reste le français, avec toutes les difficultés d'apprentissage que cela comporte dans un système qui n'utilise pas la langue maternelle comme support d'apprentissage. L'échec scolaire qui en résulte ...

 

- le chômage et la société de consommation qui laissent sur le côté de la route bon nombre de personnes défavorisées. Le roman dénonce ici l'apparence trompeuse, le refus de voir les choses en face et d'apporter une aide réelle et efficace aux plus démunis; la débrouille qui en découle. Mais l'auteur souligne aussi sans le dénoncer le comportement de la jeunesse , entre désir de consommation et passivité.

 

- les croyances, les légendes réunionnaises, profondément ancrées.

 

- la nécessité d'un retour à l'essentiel, aux vraies valeurs en s'appuyant sur les particularités de la Réunion. C'est aussi le combat de bien d'autres écrivains sur l'ile et je ne manquerai pas d'en parler dans un prochain billet.

 

On peut trouver les romans de Bernadette THOMAS en métropole ou commander via internet: ICI

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 10:45

Entre autaffiche rock et littératureres musiques que j'affectionne : le rock, parfois jusqu'au métal. Oui, parfois, pas exclusivement car il est difficile pour moi de faire un choix aussi tranché et de verser totalement dans le côté obscur de la force (Ronny, mon maître es-métal, si tu me lis ...!). Tout de même "The last fight" accoustique de Bullet for my valentine devrait mettre tout le monde d'accord n'est-ce pas ?Mais là n'est pas le sujet du jour.

Des chansons qui ont rythmé mon adolescence et plus tard, je garde Nirvana avec une tendresse particulière pour Kurt Cobain qui me fait inmanquablement penser aux textes de Bob Dylan ou John Lennon , U2, ACDC ou encore Led Zeppelin, Gun's and roses, The Doors ... A l'autre extrêmité - et justement parce que je ne pense pas que ce soit l'autre extrêmité- le blues et le jazz. Mais ça, c'est une autre histoire ...

 

Au menu donc :

- Le livre de Joe, Jonathan Tropper

- Moins que zéro, Bret Easton Ellis


 

Et je convoque ici le grand Springsteen !

 

" LIVRE PREMIER

 

Now a life of lesure and pirate's treasure

Don't make much for tragedy

But it's sad man my friend who'livin in his own skin

And can't stand the company

                                       _ Better days, Bruce Spingsteen

 

It's a town full of losers

I'm pulling oiut of here to win

                                      _ Thunder road, bruce Springsteen "

 

Ainsi s'ouvre Le livre de Joe de Jonathan Tropper. Le ton est donné; ce roman sera rock ou ne sera pas ! Un simple résumé ne donnerait pas forcément envie de le lire tant l'histoire est convenue. Je m'y risque tout de même.

 

L'histoire : Joe a visiblement réussi sa vie en publiant un roman autobiographique qui l'a rendu riche et célèbre. Malgré tout il s'interroge sur son existence "A trente quatre ans, j'ai de l'argent, du succès, des rapports sexuels réguliers et un quatre pièces luxueux à Manhattan dans l'Upper west side. De quoi vous donner à priori l'impression de tenir le monde par l'entrejambe, pour rester poli. Et pourtant, récemment, j'ai commencé à me demander si je n'étais pas au fond qu'un sale connard seul au monde, et ce depuis longtemps déjà". Suite au décès de son père Joe va retourner dans sa ville natale, Bush Falls,  pour un face à face avec son passé et ses fantômes. Ses habitants, caricaturés dans son roman, lui réservent un accueil glacial bien compréhensible. Commence alors une lente prise de conscience ponctuée de souvenirs, de retour en adolescence et ...de rock. 

 

Car c'est bien là l'originalité de ce roman dont la fin, un peu décevante, ressemble à un happy end à l'américaine (on aurait aimé que l'histoire ne perde pas son mordant). L'écriture donc et la musique. Oui, la musique !

 

Que Jonathan Tropper ait trouvé un écho à son histoire dans les textes de Springsteen n'est pas étonnant. D'abord parce que les textes de ce dernier proposent une réflexion sur l'Amérique, ensuite parce que la littérature, comme le cinéma, sont toujours plus ou moins présents dans ses albums ( je pense ici au sublime album  The ghost of Tom Joad, hommage aux Raisins de la colère de Steinbeck et son héros du même nom). Sprinsteen a une écriture très visuelle, faite de détails, d'associations ( lieu/personnage), de mises en scènes. Le rêve américain et son désenchantement sont au coeur de ses chansons ( "Born in the USA"  pour seul exemple). Jonathan Tropper a choisi, lui, Better days qui oscille entre espoir et tristesse, constat désarmant de l'homme qui vit seul dans sa propre peau, "just sitting around waiting for my life to begin".

 

Peut-on faire une croix sur son passé ? Le roman pose la question en même temps qu'il se fait une critique acerbe de l'Amérique profonde, ses pom pom girls, son équipe locale et la grosse entreprise qui fait vivre la ville, ses ragots et ses préjugés. C'est ce joyeux petit monde que Joe a caricaturé dans son roman, comme pour se moquer de la ville dans laquelle il a grandi et qu'il a fuie.

 

A l'occasion de ce bilan, Joe replonge dans son passé adolescent et le comportement qui va de pair. Mais c'est justement là qu'arrive le meilleur, des pépites dans le roman : Born to run, Backstreets. Chaque souvenir est alors rythmé par la musique de Bruce Springsteen, tel un personnage à part entière. "On était complètement paumés. Et c'est de ça dont parle Backstreets (...). Ca parle de deux types qui essaient en vain d'aspirer le feu qui les a vus naitre. Après tout ce temps, ça reste la meilleure description que j'ai jamais entendue de ce qu'on a vécu, cet été là (...)" Pas de misérabilisme dans la description des souvenirs retrouvés, juste de quoi avancer.

 

D'autres avis:

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La musique dans Moins que zéro de Bret Easton Ellis met à l'honneur les années 80. J'avoue ne pas trop apprécier tous les titres dont il est question. Mais Fleetwood Mac et , surtout, surtout, Eagles ... !

 

L'histoire : un riche étudiant retourne dans sa ville natale ( non je ne me suis pas trompé de résumé ! Quand je vous disais que ce thème était rebattu ...) le temps des vacances: vie d'ado bien rempli entre alcool , drogue, sexe et reflexions sur son couple. Mais il prend peu à peu du recul et observe ceux qui l'entourent et leur existence vide, creuse. Les soirées trop arrosées ne sont qu'une façade pour masquer une peur que le roman dénonce dès les premières lignes : "Les gens ont peur de se perdre sur les autoroutes de LA", sans doute la clé du roman. Peur de ces jeunes sans support parental.

 

Pas facile d'y entrer ou plutôt d'y cheminer, tant on a l'impression de patauger aussi, comme les personnages, dans une sorte de flou artistique. Qui est qui ? Mais finalement est-ce important puisque tous mènent la même existence. On aurait peut-être aimé quelque chose de plus profond mais Bret Easton Ellis a choisi de montrer, pas d'expliquer, laissant le lecteur se faire sa propre opinion. La lassitude que l'on peut ressentir à la lecture du roman est à mon sens voulue, recherchée. Cependant l'intérêt réside aussi dans les titres qui parcourent le livre. Comment décrire cet aspect des années 80, en effet, sans assurer un fond musical qui nous plonge d'emblée dans l'époque ? Ici pas de message, les musiques accompagnent la descente en enfer en fond sonore, les personnages fredonnent des paroles de Talking heads parce que c'est dans l'air du temps.

 

Deux façons donc de traiter le rock dans les romans. Et il en existe bien d'autres (John Fante La route de Los Angeles; Denis Johnson et son Jesus' son hommage à Lou Reed au passage, pour ne citer qu'eux) mais ce qui m'a plu dans ces deux là c'est que le rock n'est pas le sujet du livre, c'est un support, une sorte de bande-son. L'écriture cinématographique n'est jamais très loin.

 

Ils en parlent sur leur site :

Rock et littérature à Nantes

Rock et littérature: vrai genre ou imposture ?

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  • : un chocolat dans mon roman
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  • : Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...
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