Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 04:23

 

ecormier-braises-copie-1

B(r)aises, Joelle Ecormier, Océan éditions, 2011, 

Genre : roman psychologique

Thèmes : désunion, volcan, souffrance, résilience

L'auteur en quelques mots ...

http://img.over-blog.com/600x398/1/91/78/66/chaumont-sur-marne/9916N--Noelle-Ecormier-ecrvain-Reunionnaise.---Chaumont-.jpg

Retrouvez la présentation de l'auteur dans les billets suivants :

Je t'écris du pont / Plus léger que l'air

L'histoire :

A la suite d'un soirée chez des amis, un couple s'engage sur la route des laves, encore barrée par l'eruption volcanique de 2007. Le trajet fait de questions, de réponses évasives est le lieu de toutes les tensions. Rapidement un malaise s'installe et les souvenirs reviennent à l'esprit.

Dans la salle d'interrogatoire un policier cherche à savoir ce qui s'est passé : "On a dû arrêter les recherches.Un hélicoptère a survolé la mer et les zones boisées à proximité mais cela n'a rien donné", "Qu'est-il arrivé à votre oreille ?", "Vous avez fait comment pour retrouver la route ?", "Vous avez attendu combien de temps avant de partir à sa recherche ?"

Sorti prendre l'air, l'homme s'avance sur la coulée, laissant sa compagne seule dans la voiture. Un épais brouillard s'impose bientôt. Il ne revient pas. Elle comprend. C'est un jeu et elle en connait les règles...dangereuses. "Viens bébé", il l'appelle. Dans cette partie la roche volcanique est le troisième joueur. Un joueur totalement imprévisible, traitre et son allié à lui. Ils sont deux contre elle.

A moins que les souvenirs qui hantent son passé ne reviennent pour lui faire comprendre que c'est ce soir que tout va finir...

En vrac et au fil des pages ...

http://www.notre-planete.info/actualites/images/catastrophes/Piton_Fournaise042007.jpg

coulée 2007, la fournaise, ile de la réunion

 

Roman polyphonique, le récit de Joelle Ecormier entremêle deux textes : le récit de la soirée au cours de laquelle un homme et une femme vont mettre fin à leur union et l'interrogatoire auquel est soumis le personnage féminin. Aucun des personnages n'est nommé, mais cela se joue à trois. Elle , métropolitaine, tient une galerie d'art. Lui,créole, est ouvrier sur un chantier. Leur appartenance à deux milieux sociaux différents semble peser à ce stade de leur relation.

Rapidement le lecteur comprend que l'homme a disparu. Le récit se présente donc comme une reconstitution chronologique de la soirée qui a permis à la femme de s'en sortir indemne.

La force du récit réside dans le lieu choisi pour décor : la coulée du volcan. L'homme travaille sur ce chantier, réhabilitant la route des laves et connait donc les lieux par coeur. Son avantage est évident au départ . Cependant le lecteur sait qu'il ne s'en est pas sorti. Dès lors des questions se font jour : pourquoi ? Que s'est-il passé ? L'a-t-elle tué ?

Je ne classerais pas, toutefois, ce roman dans la catégorie thriller car , dès les premières pages, l'auteur campe un personnage féminin tourmenté, dont la vie tourne autour d'attirances sexuelles, d'un refus de s'engager. Le récit dévoilera le secret de famille si bien gardé et expliquera son attitude. Si elle accepte le jeu de son compagnon ce soir-là c'est parce qu'elle sait que cette soirée sera l'occasion d'en finir avec un passé qui est aussi un fardeau.

Le roman court, fluide et intense avec l'enchevêtrement de deux récits qui donnent envie d'en savoir plus, se lit rapidement. J'y ai retrouvé un décor connu mais je dois avouer que cela donne un certain piquant au récit, le lien entre la lave en fusion, les lieux brûlants et le parcours de ce couple étant particulièrement bien amené.

Une lecture que je vous recommande pour découvrir une auteur réunionnaise dont j'avais déjà chroniqué un récit jeunesse Je t'écris du pont et un roman Plus léger que l'air.

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 03:45

Fin de vacances et derniers jours passés dans les hauts de l'ile. Fraicheur et belle rencontre au rendez-vous, découverte d'une plantation de thé ( billet ICI)

04-grand coude

PA210103

Côté lecture

B(r)aises de Joelle Ecormier, lu en une journée, m'a plu pour sa présentation originale, polyphonique. Je vous le recommande.

ecormier-braises-copie-1.jpg

Par Un matin d'automne de Robert Goddard, que je lis en ce moment, m'enchante avec ses références fantastiques. Il sera fini ce soir !

http://img.over-blog.com/239x394/4/03/92/29/Par-un-matin-d-automne.jpg

Côté jardin

Des courgettes, des courges !

PA270115.JPG PA270116.JPG

Des fleurs

PA270117.JPG

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/25/Red_Hibiscus_in_Chennai_during_Spring.JPG

De l'eau, la piscine enfin remise en place pour la plus grande joie des enfants ;)

PA270118.JPG

Le petit déjeuner du matin, 6h, sur la terrasse. Les oiseaux pépient, rien ne bouge, il fait déjà bon ...

PA270119.JPG

 

Côté rencontres

Teddy Iafare Gangama en concert avec Amélie Burtaire ,chanteuse et guitariste, Florence Boyer,danseuse et chorégraphe,King et Mbijana deux poètes Sud africains. Quelle belle énergie sur scène ! Un projet que je suis ravie d'accueillir dans mon établissement scolaire et qui nous a permis de belles rencontres ( la suite jeudi ;) )

http://france-southafrica.com/wp-content/uploads/2013/09/FP_Web.jpg

Hier soir rencontre avec les blogueurs de Livraddict : Mypianocanta, XL, Tigrouloup. Un bon moment de partage autour d'un repas aux accents réunionnais...

(photos à venir)

 

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans mes p'tits moments
commenter cet article
26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 02:17

Notre dernière balade nous a conduit dans les hauts de l'ile, à Grand Coude.

Ici tout est retiré, paisible. On y vit au rythme de la nature. Quelques belles surprises nous attendaient...

Deux jours pour se ressourcer !

Vue-aerienne-de-Grand-Coude.jpg

Perchés sur le plateau de Grand Coude ( nom du à la forme de ce pic), nous avions une vue imprenable ...

la-reunion-l-ile-intense.jpg

grand-coude-bras-mahavel.jpg

04-grand_coude.jpg

Aux origines de l'ile : le thé

Au labyrinthe en champ thé ( joli jeu de mots !) on circule au milieu des théiers, cet arbre étant parfaitement adapté aux températures fraiches et à l'humidité.

PA210104.JPG

On y entre par un passage digne d'un récit fantastique ;)

PA210103.JPG

PA210099.JPG

Ici les jeunes feuilles tendres de thé sont récoltées neuf mois par an, garantissant une jolie récolte. Saviez-vous que le thérier appartient à la famille des camélias ?

PA210074.JPG

PA210072.JPG

couplé au géranium le théier ne développe aucune maladie, une découverte qui permet aux producteurs réunionnais de ne pas utiliser de pesticides ;)

Géranium menthe, géranium rosat, géranium poivre et géranium citronnelle

PA210075.JPG

Le parcours est jalonné d'essences endémiques ...De petites énigmes intriguent petits et grands qui cherchent les réponses et ...se perdent !

PA210079.JPG

Thé blanc, thé vert, thé noir sont issus de la même plante mais ne subissent pas les mêmes manipulations, pour des saveurs plus subtiles les unes que les autres.

PA210089-copie-1.JPG

PA210088.JPG

et au détour d'un sentier, une forme étrange ... que voyez-vous ? : 

PA210084.JPG

Belle journée !


Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans les lieux sacrés
commenter cet article
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 08:01

 

http://www.littexpress.fr/sites/default/files/Carole-Martinez-Du-domaine-des-murmures_0.gif

Du Domaine des murmures, Carole Martinez, éditions Gallimard, Folio, 2011, 226 pages

Genre : roman historique

Thèmes : solitude, réclusion, naissance, destin de femme, pélerinage, Croisés, Terre sainte

L'auteur en quelques mots ...

http://referentiel.nouvelobs.com/file/2330213-carole-martinez-et-la-fille-du-xiie.jpg

      Née en 1966 en Moselle, Carole Martinez,s'est lancée dans une carrière de comédienne puis de professeur de françaçs avant d'entrer en écriture. Auteur de livres jeunesse ( Le Cri du livre) mais aussi d'un premier roman qui a eu un certain succès ( Le Coeur cousu) , elle nous livre ici un roman qui a été primé par le Prix Goncourt des lycéens 2013 et le pris Marcel Aymé 2012. Ses fictions proposent une part d'imaginaire, de légende qui font son succès.

l'histoire

http://abbaye-saint-hilaire-vaucluse.com/images_croisades/Siege_de_Jerusalem_1099_Sebastien_Mamerot.jpg

(Croisade en Terre Sainte)


" Je suis l'ombre qui cause.

Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.

Je suis la Vierge des Murmures"

Esclarmonde, magnifique jeune femme de quinze ans qui fait la fierté de son père par sa beauté et sa grâce, se voit promise à Lothaire, vaillant chevalier adoubé, fils du seigneur de Montfaucon. Pourtant Lothaire est de ceux qui ne respectent pas les femmes et jouit de son statut d'homme à une époque où les vierges sont convoitées comme un trésor. Pourtant, le jour des noces, Esclarmonde ose défier l'autorité de son père et refuse d'épouser Lothaire." Sachant qu'un tel acte ne me serait pas pardonné, j'ai sorti le petit couteau que je tenais caché sous ma robe d'apparat et, prenant pour modèle Ode, la future sanctifiée, je me suis tranché l'oreille. M'adressant alors à l'archevêque, j'ai déclaré que je m'étais offerte au Christ (...)"

Voici comment Esclarmonde, fille du seigneur des Murmures, décida d'être emmurée en un logis qui serait aussi sa tombe, rejetant les conventions , offrant par la prière un réconfort et un espoir aux hommes de son temps, observant le monde par une fenestrelle et accompagnant les Croisés en Terre Sainte par la pensée. Car tous désormais viennent la voir, entendre ses prophéties et comprendre pourquoi, depuis qu'elle est recluse, plus personne ne meurt dans la seigneurie.

Pourtant la réclusion solitaire à laquelle elle était préparée va lui réserver  une étonnante découverte, elle qui pensait vivre seule dans son repaire ...

A travers les âges Esclarmonde s'adresse à nous, "je suis Esclarmonde, la sacrifiée, la colombe, la chair offerte à Dieu, sa part". Car le fardeau est trop lourd à porter et la parole libèrera le secret. "Ecoute !"

En vrac et au fil des pages

http://www.le-medieviste.com/wp-content/uploads/2010/03/amour-courtois.jpg

J'ai beaucoup apprécié cette lecture, coup de coeur lu en une soirée tant le style et le récit nous emportent.

Il faut dire que j'étais toute acquise à la cause d'Esclarmonde puisque son histoire nous est rappportée depuis le XII°S, siècle que j'affectionne . Les données historiques concernent essentiellement la croisade, la religion ou la condition des femmes , mais aussi la vie au chateau. cependant, en filigrane, plane la légende de la Dame verte qui confère au récit une dimension merveilleuse et courtoise. On nous parle ici de pouvoir : celui des hommes, de la religion mais aussi de la pensée.

Je parlerai tout d'abord du registre épique et poétique de ce récit qui permet de belles envolées littéraires. J'ai retrouvé par exemple ce registre incantatoire qui me plait chez Laurent Gaudé .Il s'agit cependant ici d'un style très féminin qui sied à merveille à l'histoire d'un sacrifiée , d'une femme forte pourtant qui a accepté, comme d'autres, de se retirer du monde afin d'offrir son âme, ses prières à Dieu. A une époque où les Croisades emportent les hommes loin de leurs terres, en un territoire inconnu et brûlant, ce voeu pieux n'étonne pas et est un signe de sainteté admiré de tous.

Pourtant la violence n'est pas uniquement située en terre sainte et l'on découvre peu à peu le terrible secret qui unit le père et sa fille. Les portraits d'hommes proposent un angle intéressant et des profils variés : le violent, le repenti, le courtois ...

Imaginer un récit qui propose un huis clos n'est pas évident et le lecteur pourrait se lasser. Pourtant Carole Martinez maintient notre attention par quelques petites mises en scènes bien pensées : la fenestrelle qui permet à Esclarmonde de découvrir le monde du chateau, sa vie animée, ses intrigues; la médiation et la transe qui la transportent vers son père, parti en terre sainte aux côtés de Croisés; les retours sur sa vie qui permettent d'assembler les pièces du puzzle.

Les personnages sont attachants et, bien que la fin nous soit annoncée, on se surprend à espèrer que la jeune femme sorte de sa réclusion. Acceédant au rang de Sainte, elle devient une icône que ses contemorains ne voient plus comme un femme, ce qui causera sa perte.

La particularité du roman tient à ce qu'une autre voix s'élève au début et à la fin du roman, qui replace ce récit dans notre réalité en dévoilant une inscription ancienne "En cet an 1187, Esclarmonde, Damoiselle des Murmures, prend le parti de vivre en recluse à Hautepierre...".

Le seul petit défaut pour moi est une volonté d'érudition qui amène parfois l'auteur à inclure un paragraphe explicatif au milieu d'un récit fluide, coupant le rythme de lecture. Une note en bas de page aurait sans doute permis de palier cet inconvénient car, prise dans ma lecture, j'aurais aimé ne pas interrompre le voyage !

Cela reste un belle lecture , à découvrir absolument :)

 

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
commenter cet article
19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 04:53

SaintPaul_Reunion-2.jpg

En ce moment lorsque vous tapez "Saint Paul" sur un moteur de recherche, le premier article sur lequel vous tombez concerne ... les attaques de requins ! Je ne relancerai pas la polémique ( mais tout de même si les gens ne se baignaient pas là où c'est interdit ... !) et préfère vous montrer un aspect de cette ville un peu plus charmant.

Petit plaisir du vendredi matin : arpenter le grand marché de St Paul, coloré, vivant et pittoresque.

Plus que celui de St Pierre ( samedi matin) ou de l'Ermitage ( dimanche matin) ce marché présente vraiment l'artisanat créole. Aussi croisera-t-on tresseurs de vacoa , scupteurs ou un peintres au milieu des stands de fruits et légumes .

St Paul est surtout connu pour son cimetière marin, son étang et sa réserve naturelle, son Histoire évidemment, ses contours variés entre montagne et océan.

Aujourd'hui je ne présenterai que le bas de St Paul ( commune qui s'étend jusqu'au Piton maido), son marché, sa plage de sable noir ...


PA180011

PA180012.JPG

PA180013.JPG

PA180016.JPG

Bruno Koko mène des ateliers de tressage de vacoa ... il est beau ce petit poisson !

PA180017.JPG

PA180018.JPG

Kayamb et cases créoles se partagent la vedette, musique et couleurs ...

PA180019.JPG

PA180020.JPG

Mon stand favori : O'thé ! Des noms très évocateurs ( Magie noire, Sept samourai,Montagne du Rif ...) et un tour du monde en quelques minutes !

PA180023.JPG

Des produits locaux typiques : songes, manioc, patates douces, chouchous ...

PA180024.JPG

bibasses ..

PA180027.JPG

piments langue..aie, aie, aie !

PA180028.JPG

gingembre

PA180029.JPG

Des salades variées sont proposées

PA180026.JPG

l'artisanat c'est aussi des ustensiles typiques : mortier, marmites ...l'indispensable !

PA180030.JPG

des compositions superbes !

PA180032.JPG

PA180033.JPG

60814413.jpg

St Paul historique

pt81725.jpg

PA180043.JPG

PA180044.JPG

Belle journée et à bientôt pour de nouvelles découvertes ;)



Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans les lieux sacrés
commenter cet article
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 02:41

http://cdn1.libfly.com/covers/17624262/29869/concerto-pour-la-main-morte/175.jpg

Concerto pour la main morte, Olivier Bleys, éditions Albin Michel, 2013,234 pages

Genre : roman

Thèmes : Russie, pianiste, concerto, souvenirs, hypnose, pauvreté

L'auteur en quelques mots ...

http://www.babelio.com/users/AVT_Olivier-Bleys_6633.jpeg

olivier Bleys n'en est pas à son premier roman. Auteur d'une vingtaine de livres, BD, essais, romans, récits de voyage, il a reçu de nombreux prix.

Depuis trois ans il accompli un tour du monde à pieds, par étapes ( voir icihttp ://geopedisfr.canalblog.com/) qui fait de lui un observateur curieux et passionné. Pour en savoir plus, son blog : http ://monvolubilis.canalblog.com/ 


L'histoire

http://limpartial.ch/multimedia/images/img_traitees/2013/08/149142765_zoom945.jpg

La vie des habitants de Mourava, en Sibérie centrale "se déroulait dans un décor de conte populaire, sombre et élégiaque. Tournant le dos au fleuve on faisait face à la forêt; tournant le dos à la forêt on affrontait le fleuve, qui ne coulait guère qu'une centaine de jours par an et, le reste du temps, tendait un pont de glace aux rives opposées". Petit point sur la carte, Mourava n'a jamais attiré personne. Et pour cause : jonché de détritus, vestiges du monde moderne, la ville qui ne compte que seize habitants l'hiver semble en marge du monde. Seul Vladimir Golovkine a conscience de cela. Eboueur consciencieux il tire chaque jour de l'Ienissei des sacs de polyéthylène, des pneus et autres dépouilles dont ses congénères ne savaient que faire. Lui n'a pas "embarqué sur les flots troubles de la vodka artisanale (...) ce casse-gueule" qui ravage les hommes et les maintient dans un état de semi conscience qui leur fait oublier leur condition. Vladimir est prêt. Prêt à embarquer à bord de l'Alexander Matrosov pour découvrir un autre monde, sortir de son bourbier. Il emportera sa fortume, un tas d'objets amassés , inutiles ,qui rempliront sa valise.Mais les voyageurs clandestins sont refoulés et Vladimir, pas plus que les autres ne partira aujourd'hui. Sous les yeux des villageois à la fois déçus et confortés dans leur idée qu'on ne quitte pas Mourava si facilement, il rejoindra sa cabane, épaulé de Sergueï, ancien soldat tombé dans la boisson. 

Pourtant ce n'est pas un jour comme les autres car l'Alexander Matrosov a rejeté un duo bien étrange, un français et son piano. Que peut-on venir faire à Mourava avec un piano ? Qui est cet individu au physique ingrat qui gravit la colline en direction des cabanes de Serguei et Vladimir ? Qu'est-il venu chercher en ces terres où les étrangers restent peu de peur "d'être assimilés aux rebus de l'humanité" qui jonchent le sol ?

C'est que Colin Cherbaux , pianiste raté, porte un lourd passif et un handicap qu'il ne s'explique pas : sa main droite refuse d'obeir dès qu'il se met à jouer le concerto n°2  en do mineur de Rachmaninov. Improbable rencontre entre un pianiste qui rêve d'isolement, d'un face à face avec son instrument et un éboueur qui rêve d'humanité, le récit nous entraine bien au -delà , au coeur d'une fable où les souvenirs courent sur plusieurs vie, où la nature et l'humain se comprennent et se complètent, où tout devient possible ...

En vrac et au fil des pages ...

http://us.123rf.com/400wm/400/400/sergeyp/sergeyp0506/sergeyp050600494/201720-vue-aerienne-sur-le-fleuve-ienissei-a-partir-d-39-un-helicoptere.jpg

Ce roman est un coup de coeur.

Dès les premières lignes, la description de ce village, à l'écart du monde, soumis à la modernité qui le ravage dans tous les sens du terme (dégâts sur l'environnement, pas de travail, abandon de sa population, alcoolisme ...) prend une autre dimension sous la plume de l'auteur. Comment expliquer que ce que nous avons sous les yeux et que n'importe qui rejetterait, attire le regard et donne envie d'en savoir davantage ? Les personnages campés dans ce roman y sont sans doute pour quelque chose : entiers, durs car la vie les a rendus ainsi, battants pour l'un d'entre eux, vaincus pour les autres. 

J'ai apprécié d'emblée cette idée qu'un homme vienne s'échouer à Mourava pour compléter une humanité à laquelle manquait cette pièce. Car tout est représenté , de l'ancien soldat qui fabrique en sa cabane un alcool qui le tue à petit feu, à ceux qui rêvent d'un ailleurs improbable et ne tentent pas de le rejoindre, les blessés de la vie, les vaincus, les rejetés du monde comme cet ancien cosmonaute qui sera à l'origine du basculement du récit. Comme autant de déchets qui encombrent la terre, eux résistent et ne sont perçus par le monde que lorsqu'arrive l'Alexander Matrosov, le lien, l'espoir vite évanoui.

Puis le récit prend une autre tournure et se mettent en place les éléments d'un conte  : la sombre forêt, la cabane au bout d'un chemin jalonné de dangers, l'animal terrifiant et porteur de morale, la quête ... L'auteur nous taquine en débutant son récit par le chapitre 7 : le compte à rebours commence , que va-t-on découvrir ? Et arrivé au chapitre 1 devra-t-on reprendre la lecture ?

Un roman à échelle humaine qui pose en filigrane quelques questions sur l'environnement, l'attitude du gouvernement russe pour les siens, une population dont on ignore tout. Interessant de savoir qu'Olivier Bleys avait au départ prévu un récit de voyage (lui qui a eu la chance de voyager à bord de l'Orient Express !) qui s'est peu à peu mué en un roman qui mêle l'étrange au réalisme cru d'une observation qu'il a lui-même menée, le fantastique d'un imaginaire de conte populaire à la dure réalité. Je ne connaissais le fleuve Ienissei que par l'oeuvre de Jules Verne ,Michel Strogoff ! On peut ne rester que sur la fable ou bien entendre aussi les contradictions de la Russie d'aujourd'hui à travers ce tableau où les enfants du totalitarisme ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour survivre.

Un roman que je vous invite à découvrir aussi pour la plume fluide et passionnée d'Olivier Bleys qui n'a pas son pareil pour dresser le portrait d'êtres particuliers.

Merci à Laure Watcher des éditions Albin Michel pour cette découverte.

logorl2013-copie-1

 

Partager cet article

Repost 0

Présentation

  • : un chocolat dans mon roman
  • un chocolat dans mon roman
  • : Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...
  • Contact

Recherche

Retrouvez-moi sur mon Tmblr

je suis plongée dans ...

 

Articles Récents

  • Le Mois américain sur les blogs
    Sixième édition du mois américain sur le blog de Titine, Plaisirs à cultiver. On l'attendait avec impatience ,histoire de sortir de sa pile à lire quelques pépites. Alors non, je ne lirai pas American Psycho cette année encore, et pourtant il est là,...
  • Comme une grande, Elisa Fourniret
    Comme une grande, Elisa Fourniret, éditions Mauconduit 2017, 240 pages Genre : contemporain Thèmes : féminité, Paris, mère, couple L'auteur en quelques mots ... À 45 ans, Elisa Fourniret est responsable depuis 5 ans de la Maison des auteurs de la Société...
  • Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot
    Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot, éditions Michalon, 2017, 187 pages Genre : développement personnel Thèmes : empathie, compassion, mentalité, méditation, qualité, conscience, altruisme L'auteur en quelques...
  • Belgravia, Julian Fellowes
    Belgravia, Julkan Fellowes, éditions J.C Lattès, 2016,420 pages Genre : historique Thèmes : famille, héritage, lignée, mariage, descendance, intrigue, société anglaise, XIXe S, Angleterre, secret de famille. Traduit de l'anglais par Valérie Rosier et...
  • Avant que les ombres s'effacent, Louis-Philippe Dalembert
    Avant que les ombres s'effacent, Louis-Philippe Dalembert, éditions Sabine Wespieser, 20a7, 287 pages Genre : historique Thèmes : shoah, exil, reconstruction, Juif, Haiti, famille L'auteur en quelques mots ... Né à Port au Prince, en Haiti ,en 1962, Louis-Philippe...
  • Le Protectorat de l'ombrelle :Sans honte, Gail Carriger
    Le Protectorat de l'ombrelle, tome 3 Sans Honte, Gail Carriger, éditions Le livre de poche, 2013, 421 pages Traduit de l'anglais par Sylvie Denis Genre : Bit lit Thèmes: séparation, mariage, complot, cabale, vampires, loups garou L'auteur en quelques...
  • Petits meurtres à Mangle Street, M.R.C Kasasian
    Petits meurtres à Mangle Street, M.R.C Kasasian, éditions City, 2015, 351 pages Genre : policier so british ! Thèmes : Whitechapel, meurtres, famille, détective Traduit de l'anglais par Hélène Tordo L'auteur en quelques mots ... Ecrivain anglais, Martin...
  • Agatha Raisin enquête, tome 5 Pour le meilleur et pour le pire, M C Beaton
    Agatha Raisin enquête, tome 5 Pour le meilleur et pour le pire, Parlez ou taisez vous à jamais, M C Beaton, éditions Albin Michel, 2017, 284 pages Genre : policier so british ! Thèmes : amour, mariage, secrets, meurtre L'auteur en quelques mots ... Retrouvez...
  • Ces liens qui nous séparent, Ann Brashares
    Ces liens qui nous séparent, Ann Brashares, éditions Gallimard, 2017, 336 pages Genre : récit jeunesse Thèmes : famille, divorce, adolescence, sentiments, mariage, fratrie, amour Traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau L'auteur en quelques mots... Connue...
  • Vacances en forme de petits bonheurs #1
    En vacances les petits bonheurs sont quotidiens. Les voici rassemblés dans un billet hebdomadaire. Lundi 17 juillet : court séjour à Capbreton pour rejoindre une partie de la famille. Bien installés au camping ,on apprécie un pique nique sur la plage,...

je publie aussi sur

 

je dois encore chroniquer ...