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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 02:02

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Pourquoi nous avons faim, Dave Eggers, Gallimard,2007, 263 pages

Genre : nouvelles

thèmes : solitude, amour, vie, quotidien

 

 

 

L'histoire : Pourquoi nous avons faim est un recueil de nouvelles, quinze exactement, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Surprenantes et en même temps d'une banalité affligeante ! Puis une surprise, au milieu du recueil: la nouvelle intitulée Il y a certaines choses qu'il devrait garder pour lui est composée de ...pages vides ! Vraiment l'auteur nous prend au dépourvu, nous met en porte à faux car qu'est-ce qu'un lecteur sinon un être avide d'émotions, parfois d'actions, en tous cas de révélations.

 

Une autre : le narrateur raconte son arrivée en Egypte, comment il a passé de la marchandise pour un autre, comment sa venue coincide avec un épisode sanglant, l'assassinat de touristes au Caire. Ses phrases sont parfois tronquées, il ne finit pas ses propos, la phrase reste en suspens comme s'il perdait le fil de ses pensées. Que fait-il en Egypte exactement ? Rien de précis. Il entreprend se visiter les pyramides et accompagnera Hesham, le guide, qui n'a pas plus envie que lui d'être là mais qui poursuit sa route avec nonchalance.Tous deux se comprennent, se haissent, se suivent. A la fin de chaque visite l'homme dit: "Il y en a une autre" et le narrateur acquiesce, "oui". "On n'apprend rien ici / rien"

 

Ce que ça signifie quand, dans une contrée lointaine, une foule s'empare d'un soldat représentant votre nation, l'abat, l'extirpe de son véhicule et le mutile dans la poussière : mais oui c'est le titre de cette courte nouvelle de deux pages dans laquelle un homme reste stupéfait devant une photo dans le journal. L'image montre un soldat, mort, près de son véhicule. Et l'homme se demande comment est mort le soldat et en ressent une vive angoisse, un écoeurement comme celui que l'on peut ressentir à l'annonce d'une tuerie, un relent amer de déshumanisation. Il refermera le journal mais ne se libèrera pas de cette angoisse.

 

L'unique signification de l'eau huileuse : Elle s'appelle Pilar. Il s'appelle Hand. Elle s'apprête à le rejoindre au Nicaragua où il est parti travailler pour une grosse firme. Tous deux sont amis d'enfance, célibataires, mais Pilar sait qu'en allant le rejoindre elle va se lancer dans autre chose. Les retrouvailles, les souvenirs, l'amour, l'amitié. Pilar et Hand sont très proches et à la fois différents, comme l'huile et l'eau. Pourquoi restent-ils ensemble ? pourquoi décident-ils de rester ensemble ? Le lecteur se pose la question mais n'obtiendra nulle réponse. La nouvelle est ponctuée d'une sorte de refrain, un style particulier qui accroche le regard par l'écriture en majuscule et rend la lecture attrayante. On entre ainsi dans l'esprit de Pilar ou de Hand :

 

"DIEU : tu m'appartiens tout autant que les grottes m'ppartiennent

L'OCEAN: certainement pas. C'est sans comparaison

DIEU : Je t'ai créé. Je pourrais te mater

L'OCEAN : Autrefois peut-être, plus maintenant

DIEU: je vais venir à toi et te glacer, te briser

L'OCEAN : Je me déploierai comme des ailes. Je suis composé d'un milliard de plumes minuscules. Tu n'as pas idée de ce que je suis devenu."

 

A moins que ce ne soit pas leur voix ...

 

Vouloir monter au moins trois murs avant qu'elle rentre : il s'affaire dans le jardin : monter la cabane avant que sa femme rentre. Elle sera fière de lui comme elle l'a été par le passé à chaque fois qu'il a bricolé quelque chose, elle l'aimera. Rien de plus, mais on sent toute la solitude et un drôle de désespoir sourdre derrière cette volonté de bien faire. Il veut l'impressionner et le lecteur se demande ce qui se cache dans la tête de l'homme, ce qu'il ne dit pas.

 

En vrac et au fil des pages : Ainsi chaque nouvelle est une surprise. on ne sait ce que l'on va découvrir : une page vide ? une histoire banale, reflet de notre vie quotidienne mais qui nous a interpelé tout de même. D'ailleurs pourquoi nous interpellent-elles ces nouvelles ? C'est qu'elles nous renvoient à ce que nous sommes, à nos désirs, nos failles. Elles ne nous entrainenent pas dans une action palpitante dont on sortira comblé mais que l'on oubliera vite. Elles ne nous rassasient pas. on a envie de savoir ce qu'il y a derrière, de gratter un peu la surface lisse de ces vies ou au contraire d'entrer dans l'esprit torturé de certains personnages pour comprendre. Je crois que le plus intéressant est ce que le recueil éveille en nous, tout ce qui n'est pas dit...

 

J'ai été très surprise par ce recueil. Je savais que Dave Eggers avait une écriture surprenante mais je ne m'attendais pas à cela. Je trouve rafraichissant qu'un livre nous interpelle alors qu'on le referme en se disant : mais qu'a-t-on appris finalement ? pour le coup je trouve l'oeuvre culottée !

12 d'ys

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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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commentaires

jerome 12/04/2012 15:21

C'est marrant parce que je suis en train de lire un recueil de nouvelles d'un auteur américain dont c'est la 1ère publication et je me disais en le refermant hier soir : "c'est quand même très
culotté."
Peut-être que je vais me laisser tenter par Egger, un auteur qui ne semble laisser personne indifférent.

unchocolatdansmonroman 12/04/2012 16:33



oh quel est ton auteur américain ? Je ne sais pas si je lirai autre chose de Eggers mais je ne suis pas déçue de ce recueil car on peut glaner quelques nouvelles sans suivre une lecture de bout
en bout comme un roman. J'ai lu en fonction des titres ( certains sont vraiment intrigants !).



Syl. 12/04/2012 15:04

Oui, pourquoi j'ai toujours faim ?
Un livre très varié dans ses nouvelles ! noté

unchocolatdansmonroman 12/04/2012 15:17



et vraiment surprenant car tu finis par te demander si tu n'as pas raté un truc dans l'histoire ! hihi. mais non, l'histoire est comme ça !



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