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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 00:40

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41EMGRFGSDL._SS500_.jpg

Paris est une fête, Ernest Hemingway, Editions Gallimard, Collection Folio, 1973, 240 pages


Thèmes : Paris des années 20, vie de bohème,écriture,vies d'écrivains, art


Genre : autobiographie romancée

 

 

"Si le lecteur le souhaite, ce livre peut être tenu pour une oeuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une oeuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait". Ernest Hemingway, Cuba, 1960.

 

Revenant sur la période de sa vie qui s'étend de 1921  à 1926, Ernest Hemingway évoque dans ses notes liminaires tout ce qu'il ne dira pas dans Paris est une fête, tout ce qu'il a, volontairement ou pas, occulté. Sans doute peut-on penser que cette oeuvre aurait été relue et corrigée si l'auteur ne s'était donné la mort en 1961. Elle reste cependant un superbe témoignage et un tableau vivant du Paris des années 20.

 

Lorsque je débute une lecture, je regarde en premier lieu le sommaire. Cela m'aide à planter un décor, à installer une attente. Ici vingt chapitres, pas moins. Certains attirent mon attention :

"Un bon café sur la place Saint-Michel"

"Miss Stein fait la leçon"

"Shakespeare et Company"

"Ezra Pound et son Bel Esprit"

"Scott Fitzgerald"

 

Et là s'installe un fond de jazz, la poésie d'Ezra Pound, l'autoritaire Gertrude Stein et quelques lieux parisiens.

 

Entrons dans le café de la place Saint-Michel. L'ambiance est posée subtilement en contrepoint du café des Amateurs, bar à poivrots, puant et sale. Lorsqu' Hemingway commande "un café au lait", c'est toute une atmosphère hivernale qui s'instaure autour d'un carnet d'écrivain. Quelques lignes tracées et fiction et réalité, mêlée de rhum martiniquais, se mélangent: "Je me remis à écrire et m'enfonçai dans mon histoire et m'y perdis".

 

Les cafés sont amplement décrits dans cette oeuvre, fils conducteurs des errances d'Hemingway ,lieux propices à l'écriture, à la gourmandise. Ce dernier point est privilégié dans la vie de bohème que mène l'auteur, à Paris. Ici une description raffinée qui donne l'eau à la bouche "Pendant que je mangeais mes huitres au fort goût de marée, avec une légère saveur métallique que le vin blanc frais emportait, ne laissant que l'odeur de la mer et une savoureuse sensation sur la langue, et pendant que je buvais le liquide frais de chaque coquille et savourais ensuite le goût vif du vin, je cessai de me sentir vidé et commençai à être heureux et à dresser des plans", là l'évocation de la faim qui le tenaille mais lui donne le pouvoir de clairvoyance. Car Paris rime avec gastronomie, Hemingway le sait bien lorsqu'il choisit d'emprunter des rues dénuées de restaurants ou d'étals afin de ne pas croiser de nourriture , ce qui occasionne des tours et détours ! Le style d' Hemingway est fluide, bien que tout en répétitions, oral, visuel, vivant ,les phrases longues comme s'il craignait d'oublier la suite en l'arrêtant d'un point. Des termes français égrennent le récit (vraiment ce doit être savoureux de le lire dans le texte) comme une pointe d'exotisme.

 

Paris est un fête est une flânerie; on chemine dans ce récit comme on marche dans Paris (place Saint-Michel, jardins du Luxembourg...). On entre chez Gertrude Stein le temps de prendre un verre de ses "liqueurs odorantes, incolores, renfermées en des carafons de cristal taillé (...) toutes avaient le parfum du fruit dont elles étaient tirées, converti en un feu bien entretenu sur votre langue, pour la délier et vous réchauffer".C'est aussi une promenade au coeur de l'art :Monet, Manet, les Impressionnistes, Cézanne et une reflexion sur l'art d'écrire, "une discipline sévère et utile".

 

Car Hemingway nous fait part ici de ses débuts, prometteurs mais difficiles, d'écrivain américain émigré dans la capitale française. Il a alors une vingtaine d'années et mène une vie de bohème avec sa femme Hadley. Ses rencontres parisiennes l'ont forgé et ont laissé une empreinte sur ses écrits et sur sa vie. Chaque page est un hommage à ses amis, même si sa plume aiguisée ne laisse rien passer du caractère d'une Miss Stein ou de la dérive d'un Scott Fitzgerald. Et des amis il en a, parmi les artistes les plus illustres de l'époque ( ou qui le deviendront). Qu'il est agréable de rencontrer Ezra Pound , qu'Hemingway chérit entre tous pour sa simplicité, Joyce attablé chez Michaud, ou encore Sylvia Beach dans sa librairie Shakespeare et Company !

 

Hemingway lecteur n'est pas moins intéressant, découvrant les auteurs russes (Tchekov, Gogol, Dostoievski, Tourgueniev) , se laissant recommander Le Locataire de Marie Belloc Lowndes ou livrant ses premières impressions sur un Simenon débutant.

 

Toujours en fond d'un déroulement chronologique, l'avertissement d'un changement à venir; si bien que le lecteur ne lâche pas le livre, dans l'attente du récit qu'Hemingway a réservé pour plus tard: sa passion pour les courses hippiques puis au Vélodrome d'Hiver, son amour pour sa femme Hadley, le pouvoir de Zelda Fitzgerald sur son mari et la lente dérive de ce couple atypique, les rencontres à La Closerie des lilas (Paul Fort, Blaise Cendras, Ford Madox Ford ...)... autant de pépites dans un récit autobiographique qui nous en apprennent un peu plus sur l'auteur et dressent devant nous un portrait vivant du Paris des années 20. "Découvrir tout ce monde nouveau d'écrivains et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l'on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l'on était pauvre, c'était comme si l'on vous avait fait don d'un trésor."

 

Le récit s'achève sur le souvenir d'un autre lieu cher à Hemingway, l'Autriche où il allait passer l'hiver en famille alors que Paris était trop froid pour son enfant. Sans brutalité il nous fait comprendre que c'est là que sa vie a basculée, "Ce fût la fin de notre première période parisienne. Paris ne fut plus jamais le même". Avec tendresse il évoque une dernière fois Paris, toujours associé dans son coeur à cette époque bénie, sans doute jamais retrouvée par la suite (mais là c'est moi qui interprète !).

 

Une lecture plaisir donc ! J'allais dire: comme toujours avec Hemingway. Mais j'ai découvert là une autre facette du personnage, un peu plus de vérité et ne peux que recommander cette lecture. L'écriture de son attachement à quelques mois de son geste final me fait aussi réfléchir ... Merci donc à Yspadadden pour ce challenge sans lequel le Paris d'Hemingway ne m'aurait pas été révélé.

 

Avec ce billet je participe au challenge :

12 d'ys

 

 

L'explication de mon choix ICI


  Et pour prolonger le plaisir, un livre qui contient des photos magnifiques : Ernest Hemingway retrouvé, Noberto/Fuentes, Gallimard, 1987http://pmcdn.priceminister.com/photo/Fuentes-Norberto-Ernest-Hemingway-Retrouve-Livre-871212215_ML.jpg 


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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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Ys 12/01/2012 18:30

Que de belles rencontres en un seul livre, je crois que c'est aussi celui que je vais lire.

unchocolatdansmonroman 13/01/2012 06:00



Je crois que ce qui fait le charme de cette lecture ce sont effectivement les personnes que l'on y croise, que l'on connait plus ou moins et dont on garde une image ( ce fut le cas pour moi en ce
qui concerne Ezra Pound et Gertrude Stein). Puis ce Paris là ... Bonne lecture pour la suite Ys.



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