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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 05:29

notes-de-hiroshima.jpg

Notes de Hiroshima, Kenzaburô Ôé, éditions Folio Gallimard, 1996, 275 pages

Genre : essai

Thèmes : Hiroshima, guerre, mémoire, responsabilités

L'auteur en quelques mots ...

 

Retrouvez sa biographie dans la chonique consacrée à Seventeen

L'écrit

" La guerre d'agression du Japon envers les peuples d'Asie, les bombardements atomiques de hiroshima et de Nagasaki considérés comme l'un des aboutissements logiques de cette agression, les nombreux coréens atomisés et leurs souffrances, encore plus exceptionnelles que celles des autres... : je n'ai cessé de réfléchir à tout cela. en poursuivant parallèlement une action longue et opiniâtre pour exiger une "loi d'assistance aux victimes  de la bombe", an faveur des japonais irradés à Hiroshima".

Durant l'été 1963, alors qu'il vit lui même un événement personnel tragique avec la naissance de son fils handicapé, Kenzaburô Ôé se rend à Hiroshima pour y assister à la Neuvième Conférence mondiale contre les armes nuécléaires. Sous ses yeux, un tableau composite de délégués politiques, étudiants, personnes atomisées, médecins. Il comprend rapidement que les enjeux sont lourds et que les réparations demandées tarderont à venir car la question de la responsabilité est au coeur de la conférence.

Les Hibakushas ( personnes atomisées) sont les derniers témoins de ce qu'ont vécu des milliers de japonais. Mais l'on oublie souvent que parmi les blessés se trouvaient des gens venus d'ailleurs. Kenzaburô Ôé revient alors sur le cas précis des habitants d'Okinawa (théâtre des plus violents combats de laguerre du Pacifique), livrés à eux-mêmes loin des hôpitaux qui auraient pu reconnaitre les symtômes de l'irradiation et sont morts, souvent dans d'atroce souffrances.

Recueillant des témoignages il assure ainsi un devoir de mémoire : " Sautant par-dessus les arbres abattus, par dessus les pierres, j'ai couru comme une folle vers le pont de Tsurumi. Et là, qu'est-ce que j'ai vu ! dans l'eau, sous le pont, grouillait un nombre incroyable de gens. Impossible de distinguer les hommes des femmes". Ce témoignage comme d'autres donne une voix au silence dans lequel se sont plongés les Hibakushas durant les dix années qui ont suivi la catastrophe nucléaire.

Au moment où il écrit, un petit livre dont la parution avait été annulée car jugée anti-américaine, refait surface et vise juste, dépeignant de façon crue la réalité des bombardements. Car il faut que l'on sache, au delà des photos qui ont fait le tour du monde, au -delà du communiqué erronné de la communication de l'armée américaine qui avait proclamé en 1945 que "tous ceux qui devaient mourir des suites de la radioactivité dégagée par l'explosion atomique (étaient) déjà morts". L'on sait, rappelle l'auteur, que des cas de leucémie ont été depuis recensés et qu'il fait peud e doutes pour les médecins que ces pathologies relèvent des suites de l'irradiation. cependant le gouvernement ne reconnait pas cette maladie comme directement liée à la bombe car ce serait reconnaitre autre chose ... Le plus grand tabou de tous les temps empoisonne encore les hommes.

De là est né un projet de livre blanc contre les bombes A et H dans lequel se sont engagées l'agence presse Kanai et de nombreuses personnes.

En vrac et au fil des pages

http://leplus.info/files/2011/11/explosion-atomique.jpg

J'ai apprécié le ton de cet essai qui pose les faits de manière plus ou moins objective et tente de les analyser, sans jugement. Il arrive que deux visions se téléescopent puisque Kenzaburô Ôé donne la parole à de nombreux protagonistes, écoutant des médecins comme des hommes politiques ou de simples civils.

de cette observation ressort la nécessité de témoigner et en même temps de respecter le silence des Hibakushas qui, durant les 10 années qui ont suivi la catastrophe, sont restés murés dans leur monde dévasté. Il ne faut pas oublier que cet essai a été écrit entre 1963 et 1965 et qu'aujourd'hui du chemin a été parcouru mais pas tant que cela finalement. Aucun gouvernement n'a encore reconnu ses torts.

C'est en humaniste qu'il compose ce recueil de reflexions, d'observations et de témoignages, obligeant le lecteur à rélféchir sur une catastrophe dont il dit à juste titre qu'on a retenu davantage la puissance de la bombe que les dégâts humains qu'elle a occasionnés. derrière ces mots qui ne jugent pas, on entend tout de même les effets de la mascarade qui se joue : nous sommes en 1963 à la 9° édition de cette conférence contre les bombes nucléaires et peu de choses ont avancé. néanmoins les gens sont là, rassemblés, attentifs et y croient.

L'auteur met en valeur l'humain dans sa grandeur, sa capacité à avancer et reconstruire. Il ne jette pas la pierre ( mais curieusement c'est le lecteur qui le fait car connait les responsabilités de toutes parts) et met en lumière ces hibakushas de tous âges et de toutes conditions . Cette grandeur, on la retrouve dans les romans de Kanzaburô Ôé, au-delà du désenchantement et du côté sombre de ses oeuvres. Sa lutte et son engagement contre le nucléaire ont d'ailleurs été mis en lumière plus récemment avec la catastrophe de Fukushima en 2011 qui lui a permis de remettre sur le premier plan de la scène la mémoire dûe aux victimes de Hiroshima et Nagasaki.

En 2012 Kenzaburô Ôé a remis au premier ministre une pétition pour l'abandon de l'énergie nucléaire recueillant plus de 7 millions de signatures ... On lui a beaucoup reproché de s'être davantage soucié de l'arme atomique que de l'utilisation du nucléaire civil. Il est vrai que son engagement tardif contre toute forme de nucléaire peut faire réagir. Mais ce qui ressort de cet essai est surtout, si ce peut être une explication à son attitude, une volonté de faire reconnaitre une catastrophe au même titre que les génocides de la seconde guerre mondiale. Ses oeuvres depuis 1964 changent d'ailleurs de ce qu'il a pu écrire avant. "Ôé incarne le Japon d'après guerre, avec toutes ses contradictions, ses espoirs et ses desillusions. Là réside sans doute sa légitimité, car c'est bien en tant que produit cabossé et ambigü de l'histoire qu'il en appelle inlassablement au souvenir des morts pour continuer à penser et panser les vivants" Antonin Bechler

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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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commentaires

Pauline 06/03/2014 21:11

Bonjour,

Je viens de livre votre article, très intéressant. Juste par rapport à la dernière citation, je me demandais si le nom de l'auteur n'est pas plutôt Antonin Bechler?
Ce commentaire n'ayant aucun intérêt, n'apportant rien à votre article, il n'est pas nécessaire de le garder.

Cordialement

Pauline

unchocolatdansmonroman 07/03/2014 02:55



C'est bien possible, merci d'avoir relevé la coquille que je corrige immédiatement ;)



jerome 11/05/2013 09:08

Une lecture à l'évidence enrichissante. Merci pour ce partage !

unchocolatdansmonroman 12/05/2013 16:45



Avec plaisir, une lecture qui fait réflechir en tous cas :)



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