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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 02:00

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Le Syndrome d'Ulysse, Santiago Gamboa, éditions Métailié, 2007,360 pages

Genre: roman

Thème : immigration, amour, solitude, amitié

 

 

 

L'histoire : "A l'époque la vie ne me souriat pas vraiment. Elle me faisait la grimace, presque un rictus. C'était au début des années 90. Je vivais à Paris, la ville des voluptés peuplée de gens prospères, ce qui n'était pas mon cas. Loin de là." Esteban est un immigré colombien, débarqué à Paris pour y faire des études de littérature à la Sorbonne. Sans le sou, il est contraint de louer un petit studio de neuf mètres carrés "sous les combles d'un immeuble de la rue Dulud, commune de Neuilly sur Seine". "Les journées étaient un os un peu dur à avaler, elles avaient un sale goût (...) Douleurs, froid, désamour. Le cocktail idéal pour ne pas survivre. Mais j'avais brûlé mes vaisseaux car je ne voulais pas retourner à Bogotà". Appliquant sa devise " quand on est pauvre , il vaut mieux s'entourer de pauvres", il fréquente d'autres immigrés à qui il donne la parole un chapitre sur deux. Chacun révèle les raisons qui l'ont poussé à quitter son pays : pauvreté, dictature ... Ainsi découvrons-nous Salim, immigré d'origine marocaine qui l'initie à la littérature de son pays et lui permettra de rencontrer un écrivain, Jung, immigré d'origine nord coréenne avec qui il se liera d'amitié en travaillant comme plonguer dans un restaurant asiatique et bien d'autres dont les voix se mêlent dans le roman. Avec Esteban on suit le cheminement des clandestins qui espèrent à Paris une vie meilleure mais souffrent du manque de reconnaissance, de l'indifférence. Aux riches la lumière, le luxe, à eux les "chambritas", les petits ou  sales boulots, les sous sols. C'est alors une nouvelle communauté qui se crée, portée par la solidarité, ennivrée par l'alcool qui permet l'oubli, le don de soi, de son corps. C'est aussi la débrouille, chacun avec ses capacités, ses relations, son réseau. Ainsi Paula, "ni exilée, ni immigrée",  colombienne qui vit dans la luxure que lui permet une situation confortable qui, au contact d'Esteban, va découvrir un autre univers, la poésie. Au milieu de tout ce petit monde se noue une amitié sincère avec Jung, personnage attachant dont on découvre le passé cruel. "Je suis coréen, mais au sens le plus triste du terme, c'est-à-dire coréen du nord.(...) Quand je dis triste, je pense à ce qui nous arrive. La richesse de Séoul n'a rien à voir avec nous". Après le décès de sa fille, sa femme a tenté de se suicider. Il explique alors qu'en Corée du Nord le suicide est interdit, c'est pourquoi sa femme fut arrêtée. Sans trvail , Jung s'est alors enfui et il n'est pas une seconde sans qu'il pense à son épouse qu'il a "lâchement" abandonnée. Il croit en Esteban, le conseille comme Salim, lui permet de croire en lui, en sa plume puisque le narrateur se revendique écrivain. Mais la vie est cruelle et, alors que Jung a tout prévu pour faire venir son épouse en France et, aidé de son patron, payer ce voyage, le syndrome d'Ulysse le pousse vers une fin funeste.

 

En vrac et au fil des pages : le syndrome d'ulysse est une maladie nerveuse qui atteint les immigrés qui ont connu une peur intense sur une période prolongée. La situation dans laquelle ils sont plongés , l'insécurité, le questionnement permanent quant à leur statut,génèrent un stress qui se traduit par une dépression. Dans le roman on sent bien que Jung est angoissé mais je dois avouer que cette maladie qui l'emporte avec une telle violence laisse perplexe, au moment où l'on attendait un épisode salvateur bien mérité.

 

La structure du roman qui fait entendre plusieurs voix entre le récit du narrateur, retranscrit parfaitement ces conversations entre émigrés qui parcourent l'oeuvre. On entend ainsi les paroles de chacun, expliquant d'où il vient, ce qui l'a poussé à venir à Paris. L'on découvre ainsi combien la capitale attire, fait rêver et se révèle décevante mais aussi cristallise tous les espoirs.

 

Car de l'espoir il y en a et l'optimisme tient une bonne place dans cette communauté qui vit pourtant cachée, ou plutôt que le système veille à cacher. L'espoir que sous tendent les relations amicales, amoureuses, sexuelles, les échanges, la solidarité. La peur guette, l'ennui, le manque d'argent mais toujours le désir d'aller de l'avant et de profiter des joies que la vie peut apporter. Du coup le sexe est très présent et l'on peut trouver parfois que le roman s'apesantit un peu trop sur ce sujet. Mais Santiago Gamboa n'a pas souhaité occulter cet aspect des relations entre immigrés; c'est aussi ce qui permet à Esteban de tenir bon, d'y croire, de partager, de se prouver que l'on est encore humain et que l'on mérite l'amour, fut-ce pour un soir. C'est aussi ce qui va le ramener vers l'écriture et , quelque part, le sauver.

 

Le style fluide permet une lecture aisée. on ne s'ennuie pas et l'on suit les pérégrinations du narrateur, d'autant plus intéressantes que ce roman a un caractère largement autobiographique. Santiago Gamboa fut effectivement étudiant à Paris et a connu une période noire parmi d'autres émigrés. C'est un roman juste qui ne jette pas la pierre même si la critique est sous-jacente. C'est ce que j'ai apprécié dans ce récit. Une belle énergie qui nous permet de découvrir l'autre facette de la capitale.

 

J'ai beaucoup apprécié cette lecture.

12 d'ys


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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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