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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 14:19

 

la route

 

 

 

 

 

La Route, Cormac Mc Carthy, éditions de L'Olivier, traduit par Françoise Hirsch, 2008, 247 pages


Public : adultes


Thèmes : apocalypse, solitude,liens familiaux,humanité,foi

 

 

J'ai découvert ce livre à l'occasion d'un lecture commune sur Livraddict. Cette lecture a donné lieu à une discussion des membres du forum qui ne m'a pas fait changer d'avis ! ouf !

 

L'histoire : le livre s'ouvre in media res sur l'homme et son fils, plongés dans l'obsurité froide d'un lieu dont on ne sait rien. " Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant". A côté d'eux: la route, la fameuse route qui donne son nom au roman et que père et fils vont suivre au milieu de ce monde apocalyptique, couvert de cendres, "les cendres du monde défunt, emportées çà et là dans le vide sur les vents froids et profanes". On comprend que l'Apocalypse a eu lieu et l'on suit le périple de ce duo qui survit plus qu'il ne vit, tentant d'échapper aux autres hommes rendus à l'instinct animal. Chaque jour est une course contre la montre pour trouver la nourriture qui leur permettra de résister; chaque jour les rapproche un peu plus de la mort ,qu'ils souhaitent par moment. Alors le père raconte à son jeune fils le monde d'avant, décrivant une réalité vivante que lui a connu mais que le petit ne peut que rêver, s'efforçant de protéger son enfant du Mal qui l'entoure, le lecteur apprend l'absence de la mère et tente de reconstituer les événements qui ont pu occasionner une telle situation, sans que jamais ne lui soit révélés tous les détails. La route est la voie qu'ils ont choisi de suivre et qui doit les mener au lieu rêvé: l'océan que l'enfant n'a jamais vu.

 

En vrac et au fil des pages : J'avoue avoir eu du mal à entrer dans l'histoire tant le début est déroutant. Puis je me suis laissée emporter par le style de l'auteur, tout en répétitions, épuré.

Le récit défile au rythme du cheminement des deux personnages et l'on s'attendrait à un peu plus d'action. Mais c'est oublier que le monde décrit est un monde post apocalyptique dans lequel il reste peu d'humains. Je ne sais pourquoi, j'ai commencé à accrocher à partir du moment où père et fils découvrent des morilles, ce qui occasionne sensations et souvenirs.

Chaque entrée dans une nouvelle ville, dans une maison abandonnée suscite alors une inquiétude due aux révélations au compte-goutte faites par le narrateur. Je dois admettre que certaines descriptions ( pourtant jamais trop longues) m'ont soulevé le coeur, parachevant le tableau mortifère dépeint au fil des pages. L'instinct bestial dans lequel les hommes se sont enfoncés durant ces années de désolation, l'évocation du cannibalisme, assurent cependant un contraste intéressant avec les deux personnages auxquels on se raccroche, pour lesquels on espère une fin heureuse.

Je trouve le duo ,ainsi constitué, bien pensé : l'enfant représente l'espoir, la naiveté, la générosité dans le chaos. Le père , l'homme qui lutte pour garder son humanité et protéger son fils, qui réfreine un désespoir grandissant par amour pour son enfant. L'enfant temporise et permet au lecteur d'avancer dans sa reflexion par les questions qu'il pose sans cesse.

Evidemment , la vision proposée par Cormac McCarthy est très manichéenne, l'enfant questionnant sans cesse son père " Nous sommes encore les gentils ?", les autres voyageurs étant la plupart su temps présentés comme les méchants qu'il faut à tout prix éviter.

 

Cependant il me semble qu'il convient de lire ce livre comme une déclaration de foi. L'auteur ne nomme-t-il pas ses personnages les "porteurs de feu" ? Certes les lieux communs foisonnent (l'enfant qui éclaire, montre la voie, les bons et les mauvais ...) mais j'ai apprécié ce roman par la double lecture qu'il propose. C'est aussi pour cette raison que je ne souhaite pas voir le film car je crains que les images choquantes ne l'emportent sur le message .

Ce roman nous interroge en effet sur la foi, peu importe qu'elle soit en Dieu ou autre chose, sur les liens et leur force. Comment peut survivre l'homme rendu à son impuissance ? A aucun moment on n'explique réellement ce qui s'est passé. Mais cela est sans importance, l'humanité a été décimée à de rares exceptions et plusieurs catégories émergent : les perdus, désespérés, les "méchants", mercenaires affamés, les "gentils" qui avancent et espèrent. La limite est toujours ténue comme le montre l'attitude du père par moments.

 

Ce qui m'a le plus étonnée est l'absence (ou preque) de figures féminines dans ce récit. La mère du petit est absente dès le départ et l'on devine que, ne supportant pas ce monde apocalyptique, elle a mis fin à ses jours. Est-ce pour mieux amener à la fin l'image de la femme aimante, de la mère protectrice ?


Le style de Cormac Mc Carthy peut dérouter mais, à mon sens, il épouse parfaitement le contenu de l'histoire. Les répétitions qui peuvent sembler bien lourdes et inutiles sont à prendre me semble-t-il comme une façon de rythmer le récit, martelant les habitudes rassurantes et la routine adoptées par l'homme et son fils. De même les phrases nominales épurent le texte comme l'apocalypse dénude le monde ( mais encore une fois, ceci est une interpétation toute personnelle. J'avoue être sensible au travail de la forme chez les écrivains ! ).

 

C'est dans tous les cas une lecture que je recommande !

 

Après discussion : ce roman ne fait pas l'unanimité et il est étonnant de constater que soit on l'apprécie énormément, soit on le déteste ! Il semble que cela soit essentiellement du à l'écriture de Cormac Mc Carthy. J'espère avoir réussi à démontrr plus haut combien, à mon sens, cette écriture permet de lier fond et forme et fait toute la richesse du roman !

Par ailleurs, la question qui reste en suspend ( qu'est-ce qui a provoqué l'apocalypse ?) dérange certains lecteurs. Sur ce point il me semble, et après discussion nous sommes plusieurs à nous retrouver sur ce point, que Cormac Mc Carthy ouvre volontairement le roman sur une période éloignée de l'apocalypse. De nombreux indices nous montrent en effet que plusieurs années se sont écoulées depuis la catastrophe. Cela permet de souligner le fait que les hommes ont déjà tout tenté , que des communautés se sont crées puis ont explosé, que l'on est là au bout du bout. Cette situation est nouvelle car nombre de récits racontent la période qui suit juste l'apocalypse. C'est, à mon sens , l'originalité du roman de nous dire que l'humanité a longtemps cherché à s'en sortir et maintenant , que reste-t-il ? que faire ? Y a-t-il un avenir ?


Pour prolonger le plaisir : la seule interview de Cormac Mc Carthy !

 

 

 

 

 

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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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commentaires

Frankie 20/01/2012 19:43

Je fais partie de celles ont beaucoup aimé. Je t'avouerai que tout ce qui concerne le religieux m'est un peu passé au-dessus. Concernant le film, il y a certains passages durs mais il me semble (ça
remonte à plus de deux ans donc je peux me tromper) que c'est moins choquant que dans le livre.

unchocolatdansmonroman 21/01/2012 07:27



Dans ce cas j'essaierai de la regarder ! Merci de cette info qui me tranquillise un peu car, pas principe, je ne regarde pas les adaptations de romans de peur d'être déçue ...



Theoma 19/01/2012 14:39

Il est depuis trop longtemps sur mon étagère. Cette année, c'est la bonne !

unchocolatdansmonroman 19/01/2012 18:04



Et lorsqu'on est averti on ne peut y entrer qu'avec plaisir ! C'est un livre que l'on aime pas du tout ou à la folie ! hihi Bonne lecture



Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...

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