Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 04:38
- Par unchocolatdansmonroman - Laissez moi un petit mot

 

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La Rêveuse d'Ostende, Eric Emmanuel Schmitt,éditions Albin Michel, 2007,310 pages

Genre : recueil de nouvelles

Thèmes : solitude, imagination, rêve, amour

Voici un auteur que je ne présente plus , mais si cela vous intéresse ... par ici !

Je propose de m'attarder un peu sur trois nouvelles, dont celle qui a donné son titre à l'ouvrage. Sachez que le livre en contient cinq néanmoins : Crime parfait, La Guérison, Les mauvaises lectures, La femme au bouquet.

 

La Rêveuse d'Ostende : lorsque le narrateur, écrivain qui vient de se séparer de sa compagne, se rend à Ostende afin de prendre du repos en bord de mer, il est accueilli par Emma Van A. "Lors d'une première rencontre elle ne donnait à voir qu'une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d'une banalité promise à l'oubli. Pourtant, parce qu'un jour j'ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter intriguante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable...". Personnage enigmatique, elle vit au milieu des livres. mais pas n'importe lesquels, uniquement ceux qui ont vécu, fait leurs preuvres, traversé le temps. c'est pourquoi elle regrette de ne pouvoir lire l'oeuvre de son invité ! " Qu'attend-on lorsqu'on habite toute une vie sur un port au bout des terres ?" lui demande-t-il. "On attend un départ ?(...) on attend un retour ? (...) On se souvient Monsieur, on se souvient".Et cette vieille femme invalide se révèle alors une merveilleuse conteuse. Dans un récit troublant elle révèle des pans de sa vie intime, sur fond d'Odyssée. "A partir de cette discussion , je l'appelai en secret la rêveuse...la rêveuse d'Ostende". Sa nièce la décrit comme une femme qui vit dans ses rêves, le regard perdu vers le large. Que sait-elle vraiment de sa tante ? Le narrateur découvre au fil du récit d'Emma Van A un univers romantique, érotique, un passé sensuel qui ne semble pas correspondre à ce qu'elle est devenue. Et pourtant , n'a-t-elle pas accueilli son invité par ces mots : "Ostende, c'est parfait pour un chagrin d'amour (...) Parce que si vous vous en remettez c'est que, de toute façon, ça n'en valait pas la peine" .

En vrac et au fil des pages : J'ai beaucoup aimé ce récit dans lequel j'ai retrouvé une citation entendue lors de la soirée littéraire où j'ai pu rencontrer Eric Emmanuel Schmitt " En voyage, les noms m'attirent avant les lieux. Dressés plus haut que les clochers, les mots carillonnent à distance (...) envoyany les sons qui déclenchent les images..." . J'y ai retrouvé la douceur mais aussi le côté visuel de l'écriture de l'auteur qui, pour le coup, nourrit notre imagination. Car c'est bien de cela qu'il est question : le pouvoir de l'imagination, nourrie de lectures, de rencontres. Emma Van A se révèle un personnage extraordinaire, paradoxal, qui a construit sa vie autour d'un rêve, d'un vécu particulièrement touchant.

Où il est question de littérature: "Elle lisait dans le but de ne pas dériver seule, elle lisait non pour remplir un vide spirituel mais pour accompagner une crétivité trop puissante. De la littérature comme une saignée afin d'éviter la fièvre..."

Crime parfait :"Dans quelques minutes, si tout se passait bien, elle tuerait son mari". Et c'est ce qu'elle fit, lors d'un randonnée dans les Alpes, poussant son époux dans le vide puis feignant le chagrin en alertant les secours. Sitôt seule elle entreprend d'ouvrir les fameuses boites, scellées par son mari dans un mur de leur maison et qui renferme un secret. Le crime était presque parfait aurait dit Hitchcock, car elle n'a pas le temps de les ouvrir, la police vient interroger Gaby. Puis c'est la valse des condoléances, rituel lassant qui lui fait dire "à quoi bon se débarrasser de son mari pour parler de lui sans cesse!".Au fil de son récit à son avocat on découvre pourtant un couple heureux, fusionnel et amoureux. Quel motif a bien pu dans ce cas la pousser au crime ? Elle reprend le fil de ses souvenirs pour ne garder que le meilleur de leur union et ainsi paraitre innocente mais "si Gabrielle avait aperçu, à cet instant, où la mènerait quelques mois plus tard ce système de défense , peut-être n'aurait -elle pas été si fière de son idée ..."

En vrac et au fil des pages : un titre à la Agatha Christie qui nous rappelle combien est grand le pouvoir des souvenirs, combien ils s'insinuent en nous pour peu qu'on leur laisse la place. Le temps, dans un couple, si dévastateur, est aussi celui qui nous permet d'accumuler les moments de joie. Alors lorqu'un geste aussi violent qu'un crime trouve en écho des souvenirs heureux, c'est vers la folie qu'est entrainée l'héroine de cette nouvelle bien menée, à la manière d'une enquête policière, d'une intrusion dans l'âme humaine. Le début est plaisant, la fin est tragique.

Les mauvaises lectures : Maurice est professeur d'Histoire et ne jure que par les documentaires. " Lire des romans, moi ? Jamais !". Et d'y aller de ces clichés rebattus: "Lire des romans ce n'est qu'une occupation de femme seule (...) le roman c'est le règne de l'arbritraire et du n'importe quoi. je suis un homme sérieux". Pourtant, lors d'un séjour avec sa cousine dans une maison perdue au fin fond de l'Ardèche, Maurice va découvrir qu'un roman peut-être aussi prenant que ces biographies dont il raffole. Pire, il éveille l'imagination ! En cachette, Maurice entreprend la lecture d'un roman de 800 pages acheté par Sylvie au supermarché et dont la quatrième de couverture l'a intrigué. Aussitôt happé par le récit, il se laisse envahir par une imagination qu'il ne savait sans doute pas aussi fertile et , soupçonneux, croit avoir deviné un petit secret intime que lui cachait sa cousine ! Tout cela serait fort drôle si Maurice n'était pas devenu ... un lecteur de roman.

En vrac et au fil des pages : je me suis régalée à la lecture de cette courte nouvelle, désopilante, dans laquelle un homme au comportement étriqué se révèle doué pour la lecture de romans à suspens. Tous les clichés sur la lecture bon marché y passent ( à tel point que l'on se demande quel est l'avis de l'auteur !). Eric Emmanuel Schmitt mène le récit tambour battant, avec beaucoup d'humour, tout en livrant au lecteur suffisamment d'éléments pour que le personnage de Maurice devienne cocasse par sa naiveté. Evidemment la fin invite à une relecture et donne la clé de l'incompréhension de Maurice.

Et pourtant, tel est pris qui croyait prendre car je dois bien avouer que la fin m'a eue ! A lire d'une seule traite donc .

schmitt ee

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