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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 13:17

http://img.news-de-stars.com/la-femme-au-miroir/la-femme-au-miroir_95298_w250.jpg

 

 

La Femme au miroir, Eric Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2011,455 pages

ISBN - 13 : 978-2226229861

Genre : roman

Thèmes : condition de la femme, amour, religion, dépassement de soi, estime de soi, psychanalyse, communion avec la nature, épanouissement

 

 

L'histoire : le roman dépeint tour à tour le destin de trois femmes ,Ann de Bruges, Hanna et Anny. A chacune une époque, une condition, un chapitre. Ann vit au XVI°S, à Bruges. Jeune femme soumise à sa condition, on la découvre lors de préparatifs de mariage avec Philippe. Mais cette situation lui pèse et sans savoir pourquoi elle sent la différence qui l'oppose à ses cousines, sa tante Godeliève, ses voisines qui jalousent son amant. Se réfugiant dans la forêt, seul lieu où elle se sente en paix, elle découvre l'étrangeté qui l'habite cette sensation d'être différente. Refusant ce mariage qui l'aurait pourtant comblée, elle choisit de développer cette harmonie avec la nature. Un événement vient combler son attente : un loup rôde dans les parages de la ville, une battue est organisée pour le tuer. Ann ressent au plus profond d'elle-même ce qui la lie à la nature dont elle entend l'écho et entreprend d'approcher la bête féroce. Se produit alors ce qui lui permettra de s'épanouir et en même temps causera sa perte : chacun voit en elle celle qui sait parler aux animaux et leur impose sa loi. Parallèlement à ce destin hors du commun, nous suivons les humeurs de Hanna, jeune mariée vivant à Vienne au début du XX°S. Malgré sa réticence à vivre dans un milieu aisé, elle finit par se fondre dans le moule que lui propose la haute société viennoise et s'y perd. Nous apprenons par la correspondance qu'elle mène avec son amie de toujours, par quels sentiments contradictoires elle passe. C'est en découvrant la psychanalyse initiée par Freud qu'elle se trouve, s'épanouit ou plutôt poursuit sa quête d'elle- même , inlassablement. Quittant sa vie superficielle, elle se réfugie à Bruges où elle découvre le destin fascinant d'Ann. Le troisième portrait nous livre une Anny, star montante du cinéma, dans un Hollywood factice, tape à l'oeil. Anny s'épuise en drogue, alcool ,amants et ne parvient pas à savoir qui elle est réellement. Jouer un rôle est devenu un mode de vie par lequel elle trompe son entourage mais, surtout, se ment à elle-même. Ce n'est que par la persévérance de son infirmier, Ethan, éperdument amoureux d'elle, qu'elle va comprendre combien sa vie ne pourra la combler plus longtemps. Lui-même tombé dans la drogue, se laisse peu à peu sombrer alors qu'Anny réagit en l'encourageant à vivre à ses côtés. C'est en rencontrant Ann de Bruges dans un scénario envoyé d'Europe, qu'elle découvrira qui elle est vraiment et se donnera les moyens d'assumer sa vie.

 

En vrac et au fil des pages: J'ai eu la chance de rencontrer Eric Emmanuel Schmitt et de l'écouter parler de son livre avant même de l'avoir fini. Aujourd'hui je comprends toute la complexité qu'il y a mise et combien ce roman en dit long sur lui. Ce qui m'a le plus marquée est l'incapacité à dire ce que l'on ressent au plus profond de soi. Que l'on parle de religion, de psychanalyse ou de force intérieure, le point commun entre ces trois femmes reste la volonté d'imprimer fortement leur vie de ce qu'elles ressentent, ce qu'elles vivent au plus profond d'elles-mêmes. L'auteur dit avoir vécu une expérience quasi mystique dans le désert et regrette de ne pouvoir poser des mots sur cela. Or , c'est exactement ce que vivent ses personnages et ce constat revient comme une litanie dans le roman.

 

J'avoue que la lecture n'est pas facilitée par le découpage en chapitre qui accorde tour à tour la parole à trois destins clairement différents. Autant j'ai été happée par la vie d'Ann de Bruges et amusée puis troublée par celle d'Hanna, autant je dois dire qu'Anny ne m'a émue qu'à la fin, probablement parce qu'elle rencontre les deux autres femmes qui sont à l'origine du rôle qu'elle endosse. Il m'a semblé que l'auteur avait trouvé les mots justes pour décrire le cheminement d'Ann, si ce n'est par les descriptions de son attachement puis de son amour pour la nature, au moins dans la poésie qu'il lui prête. Cela m'a donné envie de savoir si Anne de Bruges avait réellement existé, c'est dire ! Il me semble aussi que le genre épistolaire convient bien à l'engouement de Hanna, au dévoilement de sa personnalité qui laisse place à la colère, la surprise, même si parfois le style retombe dans le récit, ce qui freine la lecture. J'ai apprécié de retrouver la génèse de la psychanalyse et les premières réactions ahuries d'un public non préparé à ce genre de fadaises, qui se laisse finalement convaincre. Pour ce qui est d'Anny, je pense que c'est son univers qui m'a déplu. Je comprends bien l'intérêt de ce genre de milieu puisqu'il s'agit bien de partir d'une déchéance et de proposer une reconstruction. Toutefois, certaines scènes m'ont parues lassantes par la passivité du personnage, sa molesse. Ce n'est qu'à partir du moment où elle reprend son destin en main, s'affirme en quelques sortes, que je l'ai appréciée. Cependant je m'interroge encore sur la nécessité de proposer un effondrement de celui qui l'a soutenue depuis le départ, Ethan. Sans doute l'auteur a-t-il pensé que cela aurait été trop facile, trop fleur bleue, je ne sais pas !

 

Eric Emmanuel Schmitt pose toujours en filigrane une réflexion sur la religion ou une force, une entité qui nous dépasse. Ce roman n'en est pas dénué mais se démarque des autres en cela qu'il évoque une époque marquée par l'Inquisition et propose une relecture de la vie d'Anne, en qui Braindor a vu une sainte alors qu'elle était une femme sensible, par celles qui vont lui succéder et qui poseront sur son expérience mystique d'autres mots : inconscient par exemple. J'aime que les romans de cet auteur nous interpellent , même si nous ne sommes pas croyants, sur le sens de nos vies, le sens que nous voulons leur donner plus précisément. Celui-ci souligne, en plus, la nécessité d'imposer ses choix, quels qu'ils soient, pour se sentir bien, à sa place, épanouis.

 

Je ressors de ce roman enchantée car je me suis retrouvée en bien des points dans Anne et Hanna. Je ne saurais en dire plus ( tiens, manquerais-je de mots moi aussi !) mais c'est une lecture qui m'a offert un regard sur moi-même, chose rare en littérature où l'on peut s'identifier à un personnage sans pour autant se dire que l'on a pensé la même chose. Je vous en conseille donc vivement la lecture .

Ce roman existe en version audio, suivie d'un entretien avec l'auteur.


schmitt ee

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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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commentaires

piplo 29/04/2015 23:08

J'ai enfin lu ce roman, et je viens te remercier à nouveau pour ce beau cadeau. J'ai lu attentivement ta chronique et je comprends qu'il t'ait d'autant plus touché suite à la rencontre avec l'auteur. J'ai passé un très bon moment également, même si j'aurai préféré que ces femmes aient des prénoms plus distincts et si je ne me suis pas du tout reconnu dans ces femmes. Leurs destins m'ont plu, ainsi que ce que l'auteur a fait ressortir sur ce que l'on est vraiment... Bref, merci encore, je t'embrasse!

nathchoco 30/04/2015 03:36

chouette Piplo ! Continuons notre découverte de l'auteur ;)

argali 23/02/2012 16:59

Il est venu dans ma librairie en octobre dernier. Il venait parler de son livre et répondre aux questions des lecteurs. Tu peux lire mon billet ici : http://argali.eklablog.fr/auteurs-c381442

unchocolatdansmonroman 24/02/2012 03:49



oh super, je le lirai ce soir en rentrant. Tu as donc eu tout loisir de lui parler, c'est génial. J'ai encore tant de questions ...



argali 23/02/2012 09:56

J'ai aussi beaucoup aimé ce livre où se croisent et s'imbriquent trois beaux portraits de femmes. J'ai assisté aussi à une rencontre entre l'auteur et ses lecteurs et j'ai découvert un homme
charmant.

unchocolatdansmonroman 23/02/2012 15:20



C'est super ! où l'as-tu rencontré ? Faisait-il aussi la promo de ce livre ? J'avoue que j'attends avec impatience le suivant (cycle de l'invisible)



Pauline 12/02/2012 19:36

J'aime beaucoup cet auteur et je pense que je lirai ce roman un jour. Le principe de plusieurs narrations me plait bien et ajouté au talent d'EES cela ne peut qu'être intéressant et plein
d'enseignements.

unchocolatdansmonroman 13/02/2012 03:36



En effet. Je n'ai pas tout dit, il faudrait plus d'une page pour parler du détail, des correspondances, de la complexité de ce récit aux apparences trompeuses (sous la simplicité des mots se
cache un vrai travail de fourmi je pense ). N'hésite pas à le lire !



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