Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 23:00

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/7/4/9782070128471.jpg

 

 

 

L'Horizon, Patrick Modiano, Gallimard, NRF, 2010, 172 pages

Genre : roman

Thèmes : récit de vie, mémoire, souvenirs, rencontres

 

 

L'histoire : Jean Bosmans parcourt Paris et songe à son passé, sa jeunesse. Il tente d'associer événements, lieux et visages, "brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettres perdues, prénoms et numéros de téléphone figurant dans un agenda et que vous avez oubliés (...)". Sa reflexion nous transporte alors quarante ans en arrière. Il est alors tout jeune écrivain et fait la rencontre de Margaret Le Coz. La jeune femme a du quitter Annecy pour la Suisse puis s'est retrouvée à Paris où elle se cache plus qu'elle ne vit. Tous deux se découvrent une peur commune de l'abandon, un passé douloureux sur lesquels flottent des visages effrayants, "ils n'avaient décidément ni l'un ni l'autre aucune assise dans la vie. Aucune famille. Aucun recours. Des gens de rien". Le couple qu'ils forment est à la fois touchant et étrange car l'on ne sait jamais quels sentiments les anime. Lui fuit le fantôme de sa mère et revient sur un passsé hanté par son visage. Elle tente d'échapper à un amoureux éconduit qui la terrorise, l'obscur Boyaval. Le travail de gouvernante de Margaret les mènera de rencontre en rencontre, jusqu'au jour où Margaret disparaitra sans laisser de trace. Remontant le fil de leurs instants de partage Bosmans invite le lecteur à le suivre dans les méandres de sa mémoire, dans un Paris qui fut pour eux source de joies et de craintes puis à Berlin où l'on nous laisse imaginer la fin.

 

En vrac et au fil des pages : Je dois dire que j'ai laissé passer plusieurs jours avant de rédiger ce billet tant il m'était impossible de dire si j'avais réellement apprécié ou pas cette oeuvre. Aujourd'hui je peux dire que je me suis laissée emporter par un fond étonnant mêlé d'enquête policière et de suspense.

Le roman en lui-même est assez lent. On remonte les souvenirs de Jean Bosmans, le narrateur nous guide au fil des pages de sa vie actuelle ,dans laquelle le personnage tente de retrouver celle qui fut sa compagne quarante ans plus tôt, à sa jeunesse. L'on s'attend à chaque instant à ce que l'action l'emporte ( il va bien se passer quelquechose !) mais ce serait oublier que nous sommes chez Modiano et que ce sont d'abord les personnages, leur psychologie qui compte. J'aurais donc pu me lasser mais je dois dire que le tour de force de Patrick Modiano est de nous laisser penser qu'il y a quelque chose qui ne colle pas dans tout ça ! En effet les fatômes du passé, les personnages suspects ( la mère de Bosmans, l'individu louche et violent qui épie Margaret) sont autant de petits cailloux qui nous mènent sur le chemin d'une reconstitution digne d'une enquête. A tel point que la fin nous laisse sans voix. Selon que l'on est optimiste ou au contraire enclin à voir une fin plus malheureuse, nous voilà servis ! Car le narrateur nous amène jusqu'à berlin pour nous laisser ua coin d'une rue, avec ce que l'on sait de ce couple, ce que l'on souhaite pour lui, ce que l'on espère peut-être.

 

Le parcours de Bosmans est assez touchant. Que cherche-t-il ? Pourquoi se lancer dans cette introspection à son âge ? Dans quel but ? C'est que le passé ne nous quitte pas et que ce que l'on croyait effacé peut refaire surface. En même temps, et c'est là tout l'intérêt de la réflexion menée, "ce qui nous a fait souffrir autrefois parait dérisoire avec le temps". Il est de ces êtres qui peuplent les romans de Modiano, dont on ne sait presque rien mais que l'on comprend , que l'onsuit dans leurs quêtes. La quête de l'autre étant inséparable de la découverte de soi, de la quête de sa propre identité, l'on assiste en même temps à un dévoilement. il m'a semblé, mais je n'ai pas tout lu, que ces deux personnages synthétisaient un peu les êtres rencontrés dans les autres romans de Modiano ( Dans le café de la jeunesse perdue, Villa triste ...).

 

Bien sûr l'histoire n'est pas fluide. Mais il me semble que cela traduit bien la vision parcellaire des souvenirs qui reviennent. L'on doit faire l'effort de comprendre où l'on est, avec qui et ainsi reconstruire le puzzle. Les personnages sont associés à des lieux. Dans ces moments le récit se mêle au présent "A partir de ce jour-là (...) il la guettait de la fenêtre. Elle ne cesse de marcher à sa rencontre sur le trottoir en pente de l'avenue Reille dans une lumière limpide d'hiver (...) mais cela pourrait être aussi l'été puisque l'on aperçoit, tout au fond, les feuillages du parc". Ils s'en détachent parfois mais laissent une trace, à laquelle Bosmans se raccroche. Il en va de même pour le lecteur qui pressent un événement marquant sans pouvoir dire si cela est arrivé ou est à venir.

 

Je ne ressors pas de ce livre transformée mais j'apprécie qu'il m'ait interpelée ou que j'y ai pensé des jours durant pour savoir ce que j'allais en dire. En refermant le livre je me suis interrogée sur le titre et je me dis qu'il est décidément bien choisi car l'horizon c'est 'avenir mais c'est aussi ce que l'on regarde de loin sans pouvoir l'atteindre. C'est un roman construit autour d'une absence et d'un désir de retrouvailles.

 

12 d'ys

Partager cet article

Repost 0
Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
commenter cet article

commentaires

Caroline 22/02/2012 11:29

J'ai lu pour les 12 d'Ys ce mois-ci un Modiano moi aussi, Dans le café de la jeunesse perdue. Beaucoup apprécié la découverte, et j'y retrouve de très nombreuses similitudes avec l'Horizon,
notamment l'évocation des fantômes du passé, des tourments de la relation humaine et amoureuse.

unchocolatdansmonroman 22/02/2012 12:55



Oui c'est exactement ça. J'ai apprécié aussi ce court roman. je découvre chaque fois un peu plus Modiano et son univers est à la fois apaisant et intriguant ...



florel 18/02/2012 08:52

Saluuuuuuuuuuut !

Mais siiiiiiiiii, il a l'air bien, mais c'est vrai que Modiano c'est très mou, cela dit ça ne me déplait pas. Et YS a raison y'a beaucoup de "fantômes" et de "souvenir" chez Modiano. Enfin je pense
le sortir assez vite de ma PAL finalement, tu m'avais foutu les jetons sur mon topic en disant de ne pas le lire maintenant, vu la poisse que j'avais avec les livres en janvier.
Tu vas le payer cherrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr Mouhahahahahaha.
Bon j'arrête là mes conneries, et te souhaite un bon WE et de bonne lecture.
Biz biz Dieutesque.

unchocolatdansmonroman 18/02/2012 09:02



Ben c' est toi qui nous a fait peur car tu n'aimais plus rien du tout ! ah ah ! Je ne sais pas s'il te plaira mais en tous cas il faut vraiment se concentrer pour le lire car on peut s'y perdre.
Bonne lecture alors, tu me diras ce que tu imagones à la fin ;-)



Ys 12/02/2012 00:10

Il y a beaucoup de fantômes du passé dans les romans de Modiano, je les retrouverai moi aussi avec plaisir bientôt.

unchocolatdansmonroman 12/02/2012 06:20



Je connais mal Modiano mais il semble en effet que quelquechose d'autre soit en suspend dans ce roman. Cela me donne envie d'en lire plus, peut-être un peu plus tard... Lequel as-tu choisi Ys ?



Présentation

  • : un chocolat dans mon roman
  • un chocolat dans mon roman
  • : Pour satisfaire mon appétit, j'associe lecture et gourmandise : un chocolat dans mon roman, le tendre et le croquant, saveurs littéraires et culinaires. Ici on parle de l'art sous toutes ses formes : écriture, peinture, sculpture, écriture, musique, photographie, gastronomie, cinéma ...
  • Contact

Recherche

Retrouvez-moi sur mon Tmblr

je suis plongée dans ...

 

Articles Récents

  • Le Mois américain sur les blogs
    Sixième édition du mois américain sur le blog de Titine, Plaisirs à cultiver. On l'attendait avec impatience ,histoire de sortir de sa pile à lire quelques pépites. Alors non, je ne lirai pas American Psycho cette année encore, et pourtant il est là,...
  • Comme une grande, Elisa Fourniret
    Comme une grande, Elisa Fourniret, éditions Mauconduit 2017, 240 pages Genre : contemporain Thèmes : féminité, Paris, mère, couple L'auteur en quelques mots ... À 45 ans, Elisa Fourniret est responsable depuis 5 ans de la Maison des auteurs de la Société...
  • Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot
    Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot, éditions Michalon, 2017, 187 pages Genre : développement personnel Thèmes : empathie, compassion, mentalité, méditation, qualité, conscience, altruisme L'auteur en quelques...
  • Belgravia, Julian Fellowes
    Belgravia, Julkan Fellowes, éditions J.C Lattès, 2016,420 pages Genre : historique Thèmes : famille, héritage, lignée, mariage, descendance, intrigue, société anglaise, XIXe S, Angleterre, secret de famille. Traduit de l'anglais par Valérie Rosier et...
  • Avant que les ombres s'effacent, Louis-Philippe Dalembert
    Avant que les ombres s'effacent, Louis-Philippe Dalembert, éditions Sabine Wespieser, 20a7, 287 pages Genre : historique Thèmes : shoah, exil, reconstruction, Juif, Haiti, famille L'auteur en quelques mots ... Né à Port au Prince, en Haiti ,en 1962, Louis-Philippe...
  • Le Protectorat de l'ombrelle :Sans honte, Gail Carriger
    Le Protectorat de l'ombrelle, tome 3 Sans Honte, Gail Carriger, éditions Le livre de poche, 2013, 421 pages Traduit de l'anglais par Sylvie Denis Genre : Bit lit Thèmes: séparation, mariage, complot, cabale, vampires, loups garou L'auteur en quelques...
  • Petits meurtres à Mangle Street, M.R.C Kasasian
    Petits meurtres à Mangle Street, M.R.C Kasasian, éditions City, 2015, 351 pages Genre : policier so british ! Thèmes : Whitechapel, meurtres, famille, détective Traduit de l'anglais par Hélène Tordo L'auteur en quelques mots ... Ecrivain anglais, Martin...
  • Agatha Raisin enquête, tome 5 Pour le meilleur et pour le pire, M C Beaton
    Agatha Raisin enquête, tome 5 Pour le meilleur et pour le pire, Parlez ou taisez vous à jamais, M C Beaton, éditions Albin Michel, 2017, 284 pages Genre : policier so british ! Thèmes : amour, mariage, secrets, meurtre L'auteur en quelques mots ... Retrouvez...
  • Ces liens qui nous séparent, Ann Brashares
    Ces liens qui nous séparent, Ann Brashares, éditions Gallimard, 2017, 336 pages Genre : récit jeunesse Thèmes : famille, divorce, adolescence, sentiments, mariage, fratrie, amour Traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau L'auteur en quelques mots... Connue...
  • Vacances en forme de petits bonheurs #1
    En vacances les petits bonheurs sont quotidiens. Les voici rassemblés dans un billet hebdomadaire. Lundi 17 juillet : court séjour à Capbreton pour rejoindre une partie de la famille. Bien installés au camping ,on apprécie un pique nique sur la plage,...

je publie aussi sur

 

je dois encore chroniquer ...