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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 02:20

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Darling River, Sara Stridsberg, Le Livre de poche, 2012, 336 pages

Genre : roman

Thèmes : destins croisés, femmes, solitude, folie, amour, maternité, mort, errance, abandon

L'auteur en quelques mots ...

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Née en 1972 à Solna, la suédoise Sara Stridsberg est écrivain et traducteur. Dans ses romans elle donne la parole aux femmes, les met en avant. Happy Sally relate l'histoire et le parcours de Sally Bauer, première scandinave à traverser la Manche à la nage. La Faculté des rêves , son deuxème roman, est une fiction sur Valéria Solanas, féministe américaine.

L'histoire

Variations autour de la figure féminine de Dolorès.

Lo est une jeune fille solitaire. On la découvre parcourant les chemins de forêts incendiés avec son père, homme taciturne et pourtant si présent. Quelle relation existe entre eux ? Il se veut protecteur mais couche avec des prostituées sous le regard de sa fille. Qui est-elle? On ne le sait pas. Le sait-elle elle-même ? Quel âge a -t-elle ? 14, 15, 18 ans. Elle vieillit près de lui, souffre près de lui et s'éteint peu à peu, comme auprès de cette darling river qui l'engloutit comme elle a engloutit les cadavres des prostituées assassinées.Assassinées par qui ? Son père ? Elle y pense parfois et, interrogée,  prie pour que personne ne fasse le lien. Aimée par des hommes de passages qu'elle se plait à nommer Darling, elle est pourtant seule, déchirée dans une vie qui l'a condamnée dès le départ. Sa mère est partie très tôt et ne reviendra pas. Seul souvenir, ses vêtements sont aujourd'hui portés par sa fille ou étendus dans le jardin comme autant de cibles que son père perfore de balles. "Dolorès est un prénom de mauvais augure pour une fille. Jusqu'à l'âge de dix-sept ans j'étais persuadée que je mourrais comme elle, Dolorès Haze, en couches, terrassée par la douleur. Le fait que j'ai survécu m'a plus déconcertée que soulagée (...) j'ai perdu quelque chose de décisif : l'instinct de survie, le désir de m'en aller et de créer ma propre existence".

Une mère parcourt les Etats-Unis, sans but précis. A bord d'une Amazone modèle 1970, elle va de motel en motel. Qui est-elle ? La mère de Lo ? Pourquoi pas. Elle a bien abandonné son enfant elle aussi. Lunettes de soleil, robes cintrées, cigarettes, foulard. Tout nous rappelle la femme des années 50. Que fait-elle ? Elle cherche sa fille. Elle est l'ombre absente de la mère de Lo."Elle circule comme ça dans les déserts, des mois et des mois durant.Elle roule en bikini quand la chaler devient insupportable.Elle roule en botte et en manteau léopard quand les nuits sont glacées.Elle roule avec une robe jaune des années 50.Elle roule avec une détermination inébranlable, comme si le voyage comportait une quelconque destination finalealors qu'elle se borne en réalité à des allées et venues sur cette unique autoroute esseulée.partout des sauriens aux entrailles éventrées sous l'épiderme squameux. Partout des crotales, des oiseaux de désert, des chiens au crâne sanguinolent."

Dans sa cage du jardin des plantes, une femelle chimpanzé reçoit chaque jour la visite d'un scientifique qui s'est mis en tête de lui apprendre à dessiner. Mais que voit-il en elle ? un animal ? Une femme ? Un rapport ambigü s'installe entre eux; elle, murée dans le silence, le regard fixe de celle qui est prisonnière, lui, attiré par une force qu'il ne peut expliquer, passant de cap en cap du scientifique à l'ami, à l'amant ? Dans un délire exacerbé il va de la prostituée qui assouvit ses désir à la femelle chimpazé jusqu'à ce que les deux s'entremêlent.

Dolorès Haze suit Richard à l'arrière de sa voiture. Amour et violence mêlés, la relation qui les unit est des plus troubles. Elle est enceinte et s'apprête à accoucher. On entend ici l'avant propos de la Lolita de Nabokov: "Mme Richard.F.Schiller est morte en couche le jour de Noël 1952, à Gray Star, un village aux confins du Nord Ouest, en mettant au monde une fille mort-née." Elle est la Dolorès de Nabokov.

Quatre destins pour une même femme. Une femme en perdition, réduite à l'objet par le regard de l'homme, au corps, à l'enveloppe.

En vrac et au fil des pages

Glauque, terriblement réaliste, morbide, le roman de Sara Stridsberg met en scène autant de variations de la femme que lui inspire le roman de Nabokov, jusqu'à la traversée des Etats-Unis que l'on trouvait déjà dans le roman de Nabokov qui utlisait un moyen de dépeindre férocement l'Amérique. Le Destin, Le Temps, Le Miroir, La Maladie, La solitude, le roman est découpé en chapitres au sein desquels les quatres femmes , plutôt les quatre figures féminines évoluent, chacune dans son univers : Darling river,Le livre des morts,  Sur la mappemonde maternelle, Jardin des plantes.

On ressort de cette lecture avec une drôle de sensation, trouble, preque génée. La femme y est réduite à un corps, une odeur , une fonction : enfanter. Solitaire, elle est pourtant entourée d'hommes. Mais ces derniers ne verront pas plus loin que le sexe, la violence, le désir et la mort." le sexe féminin est pareil à des viscères et peut-être n'est-il même pas permis que quiconque s'y imisce sans qu'un enfant n'en soit sorti""

L'enfant est rejeté, qu'il en témoigne comme Lo ou le vive comme le foetus que Lolita met au monde . Une distance s'installe entre la mère et l'enfant. "La sage-femme passe le rasoir sans peser qu'entre les jambes de Dolorès toujours hâlées et gluantes et tremblantes et nues, enfle une bulle de chewing-gum et que dans sa tête un parfum de fraise et de soleil et d'espérance explose"

Puis entre les pages, une "Encyclopédie". Morceaux choisis : "Le miroir de mort ou le fleuve : Une mère n'est pas sans rappeler certains insectes.Elle disparait et décède à la seconde où elle a accompli son devoir qui consiste à perpétuer l'espèce", "La mélancolie du désir : La lumière se réverbère sur son corps, ce costume au poudroiement fragile qui est le sien. Les tumeurs, les métastases, le sommeil noir qui courent dans sa destinée".

Il est donc troublant et difficile de faire une chronique sur ce roman tant il est particulier, décalé. Pourtant, une fois commencé, on se doit de le finir, ne serait-ce que ourarriver au bout de ces destins de femmes, savoir ou bien se retrouver en elles, en leur solitude , en leur désespoir ou leur souffrance.

Interprétation très personnelle du roman de Nabokov je crois que ce roman de Sara Stridsberg peut aussi être lu indépendamment de cette référence, comme une ode, certes pessimiste , à la femme perdue en ce monde. L'écriture est, en effet, à la fois incisive et mélodieuse. Sans doute est-ce ce chant envoûtant et la construction étonnante du récit qui accrochent.

Merci aux éditions Le Livre de poche pour cette lecture étonnante vers laquelle je ne serais peut-être pas allée de prime abord. Merci à Livraddict d'avoir permis ce partenariat.

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Published by unchocolatdansmonroman - dans saveurs littéraires
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jerome 17/12/2012 08:08

Dur, dur en effet. Pas envie d'une telle lecture en ce moment, je passe^^

unchocolatdansmonroman 17/12/2012 08:53



c'est vraiment très dur de parler de ce livre. je ne sais que dire. il ne m'a pas réellement plu mais j'ai aimé le côté décalé. Cependant il y a là dedans quelquechose de malsain que j'ai du mal
à définir. Bref, il faut le lire pour comprendre !



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