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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 07:33
Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel, 2016, 282 pages

Genre : thriller psychologique

Thèmes : enfance, deuil, meurtre, adolescence, tempête

 

L'auteur en quelques mots ...

Une belle chronique de Macha Séry pour présenter l'auteur : ICI

 

Pierre Lemaitre a passé sa jeunesse entre Aubervilliers et Drancy auprès de parents employés.

Psychologue de formation, il a fait une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d'enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires. Il se consacre ensuite à l'écriture, en tant que romancier et scénariste, vivant de sa plume depuis 2006. Ses romans sont traduits ou en cours de traduction en trente langues.

Pierre Lemaitre considère lui-même son travail comme un permanent « exercice d'admiration de la littérature ». Ainsi, dès son premier roman Travail soigné, il rend hommage à ses maîtres en faisant, de l’œuvre de ces écrivains, des protagonistes de son intrigue : Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau, James Ellroy, William McIlvanney, etc.

Son deuxième roman publié en 2009, Robe de marié, exercice explicite d'admiration de l'art hitchcockien, raconte l'histoire de Sophie, une trentenaire démente, qui devient une criminelle en série sans jamais se souvenir de ses meurtres.

Lemaitre aborde ensuite le thriller social avec Cadres noirs, en 2010, qui met en scène un cadre au chômage qui accepte de participer à un jeu de rôle en forme de prise d'otages. Le livre est inspiré d'un fait divers réel survenu en 2005 à France Télévisions Publicité5 dirigée à l'époque par Philippe Santini, et pour lequel cette entreprise a été condamnée par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 7 avril 2016.

Alex, quatrième roman, joue sur l'identification, moteur du thriller : l'héroïne y est tour à tour victime et meurtrière jusqu'à la conclusion qui retourne une nouvelle fois la compréhension que le lecteur peut avoir du personnage. Là encore, on trouve, d'Aragon à Proust en passant par Roland Barthes, John Harvey ou Boris Pasternak, quelques citations ou influences que l'auteur signale explicitement.

Les Grands Moyens, feuilleton numérique, est une enquête de Camille Verhœven, en marge de la trilogie commencée avec Travail soigné, poursuivie avec Alex et achevée avec Sacrifices (2012) qui voit la conclusion de la destinée du héros. Confirmant dans une interview son attachement à Alexandre Dumas, Pierre Lemaitre a ajouté un quatrième volet à sa « Trilogie Verhœven » (à l'image des Trois Mousquetaires qui, en fait, étaient quatre) : Rosy & John est la novélisation de son feuilleton numérique Les Grands Moyens.

Il est internationalement reconnu dans le domaine du roman policier : Stephen King lui-même le considère comme « a really excellent suspense novelist ».

En août 2013, Au revoir là-haut, marque, dans son œuvre, un important changement puisqu'il signe, cette fois, un roman picaresque (et non historique). Délaissant le genre policier, Lemaitre reste néanmoins fidèle à l'esprit de ses premiers romans puisqu'il cite plusieurs auteurs (d'Émile Ajar à Stephen Crane et de Victor Hugo à La Rochefoucauld) qu'il salue dans ses remerciements avec, notamment, un hommage appuyé à Louis Guilloux et Carson McCullers. En novembre 2013, le roman reçoit le prix Goncourt. Il est classé en tête par l'Express dans sa liste des best-sellers de l'année 2013.

En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec Trois jours et une vie qui raconte la destinée d'un jeune assassin de 12 ans.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte

L'histoire

 

"A la fin de décembre 1999 une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt (...) Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse."

Antoine a alors 12 ans et aime par dessus tout s'isoler au coeur de la forêt pour y construire des cabanes. Ses amis, Théo le fils du Maire, Kévin et la belle Emilie, préfèrent, eux, jouer à la playstation et restent enfermés des heures durant.

Bien sûr, Antoine a bien essayé de se lier aux autres, mais sa mère pense que les jeux vidéo abrutissent le cerveau. "Six ans plus tôt, le père d'Antoine avait profité d'un changement de situation pour effectuer un changement de femme", c'est donc sur elle que repose l'autorité.

Pour autant Antoine n'est pas seul, Ulysse, le chien des Desmedt et leur fils Rémi, âgé de six ans, le rejoignent régulièrement et apprécient la cabane construite.

Mais le jour où un accident fauche Ulysse sur la route, la vie d'Antoine bascule. Le chauffard ne s'arrête pas et M Desmedt, dans un geste vif, abat le chien souffrant, sous les yeux médusés des enfants. Un geste fou que l'adolescent ne peut comprendre, qu'il n'a pas eu le temps de préparer, d'accepter. La rage s'empare alors d'Antoine, pour qui cela ne peut être que l'oeuvre d'un monstre. "Pourquoi il a fait ça ton père !" hurle-t-il au petit Rémi.

L'enfant le regarde ,les yeux écarquillés, mais il est déjà trop tard. Antoine n'est plus lui-même lorsqu'il attrape le bâton à deux mains et frappe.

Deux jours plus tard, une terrible tempête s'abat sur la région, laissant la ville de Beauval dévastée. Nous sommes ne 1999 et les dommages individuels prennent le pas sur le désespoir d'une famille qui ne sait où est passé son petit garçon ...

 

En vrac et au fil des pages ...

Quelle histoire ! Dès le départ, l'auteur nous plonge au coeur d'un drame dont on sait qu'on ne se relèvera pas. Il touche des enfants, ce qui le rend à la fois cruel, déplacé et poignant.

Pourtant l'écriture de Pierre Lemaitre, dès la première page, tourne en dérision ce qui nous est montré : une ville où chacun vit au contact des autres, sait tout et rien sur les voisins, où les rumeurs s'enflamment à la vitesse d'une trainée de poudre. Dans ce contexte, le regard d'un adolescent de 12 ans ne peut être celui d'un adulte et sa vie se résume à ce qu'il vit, ressent, avec force.

Pourtant ,lorsque le petit Rémi est assassiné par son camarade, on ne peut s'empêcher d'avoir un noeud à l'estomac : Antoine masquera-t-il ce meurtre toute sa vie ? Ne découvrira-t-on pas ce qui s'est passé ? Ne rendra-t-on pas le corps à,sa famille ? 

On s'attache ici à la vision d'Antoine et la douleur de la famille Desmedt est une toile de fond au travail psychologique qui gagne du terrain, d'heure en heure, pousse Antoine à la fuite, puis le contraint à rester ... jusqu'à cette tempête qui apparait comme le signe que son secret sera bien gardé.

L'écriture est forte car on vit réellement le dilemne d'Antoine, son mal être, son questionnement. Le lecteur ne peut le laisser impuni, et pourtant on souffre avec lui.

La seconde partie du roman nous entraine des années plus tard, pour retrouver un Antoine adulte, devenu médecin, mais dont la vie est un tourbillon : pas d'attachement, un éloignement volontaire de ses racines. On sait que tout va ressortir à un moment donné mais on ne s'attend pas à cette fin. Revenir sur les lieux du crime le renvoie à son passé, son secret, ses amours aussi lorsque la belle Emilie refait surface et le place face à ses contradictions.

En fin de compte, le salut ne viendra pas et l'on pense irrémédiablement à une vie gâchée, tourmentée.

J'ai lu des critiques négatives sur ce récit, notamment concernant la seconde partie du roman. C'est, de mon point de vue, le décalage entre les deux parties ( la première, vive, troublée de l'adolescence, du mal être et la seconde plus détachée) qui fait que le lecteur se sent lâché alors que l'auteur l'accompagnait dès le début par une écriture incisive, teintée d'humour. Pourtant la fin du récit signale une maturité enfin acquise, Antoine est contraint à faire un choix, à assumer, c'est aussi une forme de rédemption même si on peut le trouver d'une grande lâcheté dans ses actes.

Pour moi il s'agit d'un récit psychologique et non d'un roman policier. Je l'ai trouvé assez bon, bien mené et j'ai apprécié que le détachement coloré d'humour ne perdure pas dans tout le récit car cela n'aurait pas été crédible en regard de l'adulte qu'est devenu le personnage.

A découvrir et cela m'a donné envie de lire Au revoir là-haut dont on vante l'écriture.

 

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commentaires

Stephanie plaisir de lire 20/04/2016 18:37

je viens de le finir, à l'instant, et j'ai adoré. Je ne connaissais pas le coté sombre de l'auteur (je n'avais lu aucun de ses thriller) et ayant dévoré Au revoir là-haut je me faisais une joie de découvrir ce titre. Aucunement déçue, j'ai retrouver son écriture fluide et percutante et ce côté psychologique (bien sans trop en faire) qui me plait tant. Son héros, qui n'en est pas un, est de ces personnage que l'on aime et pour qui quand même c'est quand même un peu délicat de l'apprécier....

nath 20/04/2016 19:02

tu me confortes dans l'idée que je dois lire un autre de ses récits ;)

Pauline 20/04/2016 08:17

Celui-là me tente bien, je note, merci !!

Jerome 18/04/2016 13:22

Le problème de la seconde partie, c'est que les choses vont trop vite. Tout s'enchaîne, c'est presque fluide alors que ça ne devrait pas l'être du tout, les choses devraient être bien plus complexes je trouve.
Mais le début est vraiment très réussi, tant pour l'ambiance que pour les questionnements d'Antoine enfant.

Chicky Poo 14/04/2016 11:47

Tu me donnes envie de tenter l'aventure. J'ai eu une grosse déception avec "Alex" de ce même auteur alors du coup je n'ai jamais retenté, mais là... je suis super curieuse du coup !!!!

nath 14/04/2016 12:03

le début ne peut que plaire ! Pour la suite les avis sont mitigés, il faut comprendre la logique du personnage et son évolution. Je n connaissais pas cet auteur mais j'apprécie sa plume et son humour

c'era una volta 13/04/2016 21:13

De Pierre Lemaître, j'ai lu Robe de marié (que j'ai tout bonnement A D O R E! D'ailleurs, tiens le résumé que tu fais me laisse perplexe par rapport à Sophie parce que... zut je ne peux rien dire :p eheh). Ce titre est machiavélique! Un vrai thriller psychologique.
J'ai ensuite lu Cadres noirs que j'ai trouvé vraiment pas mal aussi dans un autre genre. Je ne savais d'ailleurs pas qu'il était inspiré d'un fait réel. Merci pour cette information :)
Et puis Au revoir là haut, qui est vraiment lui aussi plaisant dans encore un tout autre genre.
Bref un auteur que j'apprécie pour son style et son esprit foisonnant.
Il me reste Travail soigné et Alex dans ma PAL mais j'ajouterais volontiers ce titre dont tu nous parles si bien. Le thème de la rédemption m'intéresse vraiment...
Merci

c'era una volta 13/04/2016 22:53

:) échange de bons procédés!

nath 13/04/2016 21:21

tu me donnes envie de tout découvrir de lui ! hihi ! je note avec avidité tous ces titres, merci

Noukette 13/04/2016 16:03

Je ressors mitigée de cette lecture... Mais j'avais adoré ses polars et je me réjouis de découvrir Au revoir là-haut !

nath 13/04/2016 21:20

je suis moins dubitative dans la mesure où c'est mon premier livre de cet auteur. Je comprends que l'on puisse être un peu déçu mais je n'ai pas ressenti une telle déception. J'espère que tu aimeras Au revoir là haut

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