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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 23:02
Les paroles ordinaires

Leiloona nous convie à un atelier un peu particulier en ce lundi. Une photo reste le support mais elle nous confie aussi le thème. Un thème pas évident à traiter, difficile à digérer ...

Sur une photo de Marion, parlons du sexisme.

Le dégoût. La peur. Le froid. Ses mots me transpercent mais je ne peux m’empêcher de penser qu’IL a peut-être raison. Pourquoi ses paroles me touchent-elles autant ? Ce que cela fait naitre en moi est terrifiant.

Pourquoi aujourd’hui, alors que j’ai entendu de tels propos des dizaines de fois ? Parce qu’IL est jeune, qu’IL me regarde avec une suffisance qui dit son mépris, son envie, sa domination, ma soumission.

Ce que j’ai toléré de ses ainés, je ne le supporte pas chez lui. IL me fixe. Je sais que si je baisse les yeux IL se rengorgera d’une victoire facilement acquise. Je ne trouve pas les mots. Je n’ai plus de mots.

Comment exprimer mon malaise ? Est-ce que seulement j’en ai le droit ? Tout est devenu si banal, de l’ordre de la conversation ordinaire autour de la machine à café. Il aurait fallu réagir avant me dit-on. Il est trop tard, c’est ancré. Ce sont juste des mots. Détache-toi de tout ça, prend du recul. Nos mères ne s’en offusquaient pas, elles vivaient avec. IL ne changera pas, c’est tout lui…

La banalité me tue.

Et si …

Si c’était dans l’ordre des choses. Un héritage issu de générations de femmes soumises à l’homme, éduquées pour être l’ombre de quelqu’un, préparer le nid douillet, s’assurer qu’IL ne manque de rien, qu’IL peut travailler sans crainte de devoir en faire plus une fois rentré, qu’IL ne sera pas dérangé par les enfants.

Eduquées pour être l’ombre de quelqu’un …

Faire face, ne pas accepter. Je sais cela. Je sais ce qu’il faudrait faire, dire, mais rien ne vient. Je paie mon éducation, ma timidité, ma place de femme, mon rôle de mère. Je ne suis à ses yeux qu’une proie de plus, facile, consentante puisque muette.

Son sourire. Mon dieu, son sourire. Adoucisseur d’amertume, baume passé sur la plaie, rituel de domination. Il sait.

Le vide, comme un voile froid sur ma peau, m’enferme, m’enserre. Il épouse si bien mes formes que je me sens nue face à lui, fragile, vulnérable.

Lorsqu’IL tournera les talons il sera trop tard. Je repartirai avec mes doutes, mes peurs, mon dégoût de lui, de moi. Je reverrai inlassablement la scène, imaginerai une suite plus belle, plus forte. Une fin où je prendrais le dessus. Je deviendrai transparente. J’entendrai encore ses remarques, anodines, suaves, enrobées, piquantes, monstrueuses.

Ces paroles ordinaires.

 

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Published by unchocolatdansmonroman - dans atelier d'écriture
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commentaires

Vudemeslunettes 31/03/2015 10:16

En effet, des paroles ordinaires ... malheureusement ! Joli texte :)

nathchoco 31/03/2015 10:37

merci de ton passage

myrtille 31/03/2015 04:08

bonjour
impossible d'acceder à tes com ! pourtant tu n'es pas sur OB ??
ton texte est fort, bouleversant, bravo, il est superbement écrit et si realiste !!!
encore de nos jours combien de femmes subissent le harcelement oral ou moral ...
J'ai écris sur l'inceste quant à moi c'est pas tres gai ...
bises
Myrtille

unchocolatdansmonroman 31/03/2015 10:37

si, si je suis sur overblog ! Les com sont tout en bas des billets, en rose fifille ;) Merci de ton commentaire, cela me touche que tu aies apprécié. Je file lire le tien
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Framboise 30/03/2015 23:00

juste et vrai, ce texte met des mots sur une réalité banale et quotidienne ...et fait écho...
Merci infiniment
Framboise (la Framboise de la thématique et du colloque autour de la question du sexisme)

nathchoco 31/03/2015 04:01

Merci Framboise, je suis ravie que ce texte vous parle

jacou 30/03/2015 18:16

Très beau texte. Oui la femme victime de tout un passé féminin, dominée; n'oublions pas les suffragettes, avant elles Olympe de Gouge, Flora Tristan, tant d'autres, les femmes travaillant pour remplacer les hommes, partis guerroyer, et ce droit de vote qu'on leur interdisait, et qui, hélas est encore interdit à certaines...mais qui...qui est derrière tout cela? La religion, aujourd'hui l'obscurantisme...et surtout celui où certains aimeraient bien nous voir retourner.

nathchoco 31/03/2015 04:02

c'est formidable de penser à toutes ces femmes là. Mais, preuve que rien n'est acquis, nous devons reprendre le flambeau qu'elles nous ont transmis. C'est fou en 2015 en effet. Ce qui me térrifie est ce que j'entends chez les plus jeunes, un discours sexiste rétrograde qui fait peur

saxaoul 30/03/2015 11:36

Ton texte fait écho au mien. J'ai choisi de faire réagir "ma" femme car je ne voulais pas que l'homme misogyne "gagne". Mais j'adhère complétement à tes mots. Je sais à quel point ils sont malheureusement vrai, à quel point l'éducation joue un rôle important, à quel point certaines choses sont ancrées en nous.

nathchoco 31/03/2015 04:03

oui c'est ce que je disais sur ton blog. Les mots ne sont pas venus dans mon face à face mais c'est bien que nous ayons deux visions communes et une fin différente car cela souligne la diversité des réactions selon qui l'on est

monesille 30/03/2015 11:14

Je connais ça, c'est vrai que c'est plus difficile à accepter des plus jeunes ! ton texte rend bien l'alternance de la colère qui saisit à certaines occasions puis parfois l'acceptation lasse de ce genre de situations.

nathchoco 30/03/2015 12:43

oui, le laisser passer pour ne pas entrer en conflit

Albertine 30/03/2015 10:43

On parle de "racisme ordinaire", ici, tu évoques très bien le sexisme ordinaire ! J'aime cette femme qui ne s'autorise pas à laisser paraître son immense colère contre cet état de fait, contre sa propre lâcheté face à la domination masculine.

nathchoco 30/03/2015 10:50

j'espère avoir réussi à faire aussi passer sa culpabilité

Titine 30/03/2015 10:14

Un beau texte qui dit bien toute la difficulté à s'assumer, à se défendre lorsque l'on est un femme aujourd'hui. La domination masculine est loin d'être balayée dans notre quotidien, dans notre éducation.

nathchoco 30/03/2015 10:41

j'ai pensé à la timidité de certaines femmes, à l'éducation d'autres qui ont été elevées dans un milieu machiste et puis aux situation au boulot où il est difficile de hausser le ton

Leiloona 30/03/2015 07:44

Joli texte sur ces paroles malheureusement ordinaires. C'était bien aussi de jouer sur la transparence de la dame.

nathchoco 30/03/2015 10:41

merci Leiloona, ce voile m'a fait penser à la fois à un refuge et à ce que voient certains hommes ou bien la façon dont on se sent parfois, pas reconnues, transparentes

Adrienne 30/03/2015 06:35

c'est paroles qu'on est supposées trouver "ordinaires" et normales...
excellent!

nathchoco 30/03/2015 10:42

merci adrienne

kentin spark 30/03/2015 06:24

J'ai les mots qui ne veulent pas se déposer sur le commentaire. Mes doigts sont gelés de cette lecture. Je suis nu dans mon ému.

nathchoco 30/03/2015 06:33

c'est un beau compliment ;) merci pour ces mots qui me touchent

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