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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 08:23
La Maison de Salt Hay Road, Carin Clevidence

La Maison de Salt Hay Road, Carin Clevidence, éditions 10/18, 2015, 336 pages

Genre : fresque familiale

Thèmes : famille, mariages, fratrie, patriarche, générations, ornithologie, drame

 

L'auteur en quelques mots ...

Carin Clevidence est née en 1967. Elle a grandi sur l’île de Long Island, « entourée d’eau et d’oiseaux », et vit désormais à Northampton, avec son mari et ses deux enfants. Après un diplôme en écriture créative à l’université du Michigan, elle écrit une série de nouvelles pour diverses revues aux États-Unis, telles que The Michigan Quarterly Review, The Indian Review, ou encore Story. La Maison de Salt Hay Road est son premier roman.

L'histoire :

 

Pasionné d'ornithologie, le jeune Clayton fait régulièrement l'école buissonnière, au grand damn de sa soeur Nancy, pour observer les oiseaux dans les marais. Ce matin là, lorsque l'explosion de l'usine de feux d'artifice retentit, il était pourtant en classe, rêvant aux oiseaux qu'il connaissait bien. De l'autre côté de la ville, son grand-père Scudder se réveilla en sursaut, pensant à une attaque allemande; Mavis, sa tante, "se prépara à rencontrer son créateur" et sa soeur fit une embardée à cheval. Toute le monde fut rapidement au courant de la catastrophe, des marins du port, aux habitants des villes environnantes.

Ce jour-là Nancy rencontra Robert Langdraff, adjoint du Muséum d'Histoire naturelle de Boston venu en repérage, et le présenta à sa famille, bien qu'elle ait honte de sa tante Mavis. Quelques années plus tôt Roy et Mavis avaient recueillis Clayton et Nancy dont la mère, Hélène, leur soeur, était décédée d'un cancer. Alors que le jeune garçon appréciait sa vie à Salt Hay Road, Nancy ne rêvait que de partir et montrait son hostilité envers sa tante.

La famille, ainsi recomposée, évoluait autour du patriarche, Scudder, ancien sauveteur en mer, au caractère bien trempé, qui observait tout d'un oeil attentif , à la fois revêche et bienveillant. Nancy était sa préférée. Il reconnaissait en elle cette fougue qui l'avait longtemps animé lui-même. Attaché à sa maison de Salt Hay Road, il avait vécu bien des histoires et se plaisait à raconter à son petit fils comment il avait vu flotter sa maison "l'eau qui éclaboussait les murs blancs et l'encadrement de la porte, tandis qu'un rideau jaune se balançait derrière une des fenêtres. Ça fichait un peu la frousse, avait-il raconté à son petit fils ; pas la maison elle-même, mais sa progression laborieuse quoique déterminée à travers les vagues."

La rencontre de Nancy avec Robert allait changer bien des choses, l'amener à Boston où sa nouvelle vie l'éloignerait de sa famille. A Salt Hay Road, les événements se succédèrent, chacun dut faire face à ses sentiments : Roy tomba amoureux pour la seconde fois et se remémora le drame qui avait failli lui coûter la vie, Mavis qui redoutait que son mari violent ne la retrouve, vivait dans la crainte depuis l'explosion et assimilait le gros nuage noir à un présage, Scudder ne se remit jamais vraiment du départ de Nancy et Clayton comprit le lien qui l'unissait à sa soeur seulement après son départ.

Lorsque l'ouragan les surprit à l'automne 1938, ils étaient en train d'apprendre à se connaitre...

En vrac et au fil des pages ...

Ce récit est l'histoire d'une famille, d'un drame et d'une maison qui apparait à elle-seule comme un personnage, lien entre tous les membres d'une famille fragile. Personne ne parvient à exprimer réellement ses sentiments et aucun ne peut dire qu'il connait vraiment l'autre. C'est que l'on ne se confie pas.

Nancy et Clayton font figure d'exception et ont nourri un lien fort au décès de leur mère. Pourtant, le départ de Nancy va rompre cette fusion et provoquer un raz de marée plus important que l'explosion de l'usine.

Il faut parfois s'éloigner pour comprendre, c'est ce qui va arriver à cette famille dont le patriarche a toujours plus ou moins guidé le parcours. Roy est le fils que Scudder n'a jamais vraiment compris, détestant le milieu de la mère que son père vénère. Mavis porte en elle une blessure liée à son mariage, ne laisse pas de place à un autre amour et vit dans la crainte que son mari la retrouve. Elle est aussi un ciment fort pour sa famille, les nourrissant au sens propre, créant ainsi un lien que Nancy appréciera de retrouver lorsque son univers s'écroulera.

Chacun comprend peu à peu ce qui les unit et le besoin qu'ils ont les uns des autres alors qu'ils pensaient s'affranchir de ce lien.

L'auteur nous fait découvrir un espace à la fois féérique avec ces marais ,ces espéces variées, et rude, avec ses ouragans, ses tempêtes qui n'épargnent personne. La guerre apparait en fond, comme une musique sourde qui génère de la crainte dans un pays qui ne sait comment sera perçu son engagement. Elle n'est pas traitée ici, comme si le lecteur était placé dans la position des personnages, sachant ce qui se passe en dehors du pays sans que cela n'affecte directement leur vie, mais redoutant tout de même une contre offensive allemande.

Comme souvent dans les récits américains, l'espace est un élément fort et essentiel qui crée une ambiance particulière, lente, un drame en attente.

L'écriture, aseez contemplative, s'attache à ce qui fait la beauté de ces paysages, aux sentiments qui animent les personnages, avec douceur, et nous guide vers le drame.

Encore un très bon récit que je vous invite à découvrir.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 09:21
Le dernier né des carnets voyageurs ...

Et voilà, le petit dernier est né ! Ou plutôt le re-voilà car ce carnet auquel je tenais beaucoup a disparu lors d'un séjour chez une gourmande. Il fallait qu'il renaisse car il m'a manqué ;)

 

Carnet voyageur Kawaï et so cute ! 

 

Kawaï signifie "mignon" en japonais. Aussi ce carnet sera-t-il consacré aux jolies présentations sucrées ou salées. Nul besoin de cuisiner asiatique; des cupcakes décorés, des sablés, des présentations originales, ludiques, mignonnes, entreront parfaitement dans le thème.

 

Quels idées par ici :

 

Les carnets de recettes voyageurs sont aussi présents sur Livraddict ! 

Le dernier né des carnets voyageurs ...
Le dernier né des carnets voyageurs ...

Petit rappel pour ceux qui souhaitent nous rejoindre :

 

7 carnets voyagent

Recettes secrètes

Soupes et potages

recettes de nos voyages

carnet maman/bébé

Plaisirs d'enfance

Mes meilleurs plans

Recettes Kawaï et so cute !

Chaque participant recevra les six carnets à tour de rôle selon un rythme aléatoire (et oui cela dépend de la destination, du nombre de gourmands ...!). Il remplira ces carnets voyageurs selon ses goûts : une recette et une lettre sont les impératifs. Au-delà, libre cours à son imagination ! Scrapbooking, photo pour accompagner la recette...tout est permis.

A qui adresser la lettre que vous rédigerez en face de la recette ?

Au suivant sur la liste ou bien à l'ensemble des gourmands participants au Club. Un e touche d'humour peut s'y glisser mais on peut aussi imaginer que l'on écrit à une autre époque et lui donner un style...

Seule obligation : rédiger un petit billet sur son blog de temps en temps et penser au suivant en ne gardant pas les carnets trop longtemps.

http://www.sherv.net/cm/emoticons/eating/glitter-cupcake-with-cherry-smiley-emoticon.gif

Quelques régles tout de même

* Un délai de 15 jours a été défini par les participants. Suite à la perte des carnets, tout contrevenant sera sévèrement puni ! mouhahaha ! Blague à part nous comptons tous sur le sérieux des participants, nous avons déjà égaré 4 carnets depuis le début de l'aventure !

* Un petit billet gourmand sur votre blog vous sera demandé en guise d'inscription

* Vous pourrez tenir votre billet à jour en y insérant des photos des carnets, votre recette, un petit mot ...

* Un petit mot pour signaler l'envoi et la réception du carnet sera posté ici ou sur L@

* Au moindre problème, venez nous signaler une contrainte, un contre-temps, ne nous laissez pas nous demander où sont passé les carnets !

Ce principe vous rappelle quelque chose ?

C'est bien normal puisque l'idée a germé suite à une lecture qui a ravi de nombreux lecteurs : Cuisine et Correspondance , André Israel, Nancy Garfinkel. Souvenez-vous, j'avais classé ce livre parmi mes livres de recettes !

Vous souhaitez participer ?

Si vous avez déjà posté un commentaire sur ce blog ou que vous êtes membre de Livraddict, Inscrivez-vous ici ou sur Livraddict et envoyez-moi votre adresse postale. 

Mais n'oubliez pas qu'il s'agit d'un engagement ;)

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:59
Mississippi, Hillary Jordan

Mississippi, Hillary Jordan, éditions 10/18, 2014, 364 pages

Genre : récit contemporain, fresque familiale

Thèmes : mariage, amour, racisme, ségrégation, plantation, développement

 

L'auteur en quelques mots ...

Hillary Jordan a grandi à Dallas, au Texas et Muskogee, Oklahoma. Elle a obtenu un BA en anglais et en sciences politiques au Wellesley College et a passé quinze ans à travailler comme rédacteur publicitaire avant de commencer à écrire de la fiction. Elle a obtenu son MFA en création littéraire de l'Université Columbia.
Mudbound, publié par Algonquin Books en Mars 2008, est son premier roman. Il a remporté en 2006 Bellwether Prix de la Fiction , décerné tous les deux ans à un premier roman inédit qui traite des questions de justice sociale.Publiée en France sous le titre 'Mississippi' en 2010 aux éditions Belfond, cette fresque familiale fait revivre le Vieux Sud des années 1950 et vaut à son auteur plusieurs prix aux Etats-Unis

 

L'Histoire :

 

Laura est ce que l'on appelle une vieille fille. Désespérant de se marier un jour, elle a fini par faire une croix sur ce projet et poursuit son investissement dans la paroisse de sa ville, entourée d'une famille aimante.

Pourtant lorsqu'Henry se présente, elle envisage de le suivre. Ce dernier est un homme posé, peu romantique, mais qui a la tête sur les épaules, ce qui suffit à Laura. La demande en mariage ne sera pas celle qu'elle espérait, mais la voici casée, au soulagement de sa famille." je ne peux pas dire si j'étais vraiment amoureuse de lui à l'époque, je me sentais tellement redevable envers lui que ce sentiment éclipsait tout le reste .Il me sauvait d'une vie dans les marges, de la pitié, du mépris et cette gentillesse grincheuse qui sont le lot des vieilles filles".

Henry nourrit depuis longtemps le rêve de devenir fermier et l'entraine, bien malgré elle, dans une vie de privations, de dur labeur, dans une plantation de coton du Mississippi.

Pourtant ce sont d'autres émotions que Laura s'apprête à vivre, sur une terre qui ne se donne pas et sur laquelle oeuvre un personnel de couleur souvent maltraité. Même si Henry se montre bienveillant, son père Pappy , qui vivra désormais avec eux, n'entend pas qu'un "nègre" ouvre sa bouche, réclame des droits similaires aux blancs ou fréquente les mêmes lieux.

La famille d'Henry est partagée à ce sujet, et le jeune frère, Jamie, rentré de la guerre, cotoie le fils de Hap, planteur noir employé par Henry. Rapidement les ennuis les guettent alors que les deux jeunes hommes se comprennent par leur vécu des atrocités du conflit qui les a laissés meurtris. Incompris, seuls, ils vont devoir affronter les regards et le mépris des habitants du Mississippi.

Alors que Laura commence à s'habituer à cette vie, la tragédie couve...

En vrac et au fil des pages ...

 

Le début du récit est surprenant et c'est par un flash back que l'auteur nous explique ce qui mène à la tragédie finale.

Les chapitres alternent le point de vue des personnages et permettent de mieux les saisir, les comprendre. Chacun suscite une émotion différente chez le lecteur, de la douce Laura, à l'atroce Pappy, du flegme d'Henry à l'enthousiasme de Jamie.

Chacun porte en lui des valeurs qu'il va devoir confronter à celles des autres, c'est le point le plus intéressant du récit. Le Mississippi se révèle une terre dure, intolérante, sur laquelle les noirs ne sont que des employés traités comme des bêtes. Ici les passions sont exacerbées et le moindre faux pas peut mettre le feu aux poudres.

On retrouve donc en thème central la ségrégation, mais aussi le poids de la guerre. J'avoue avoir découvert que les américains avaient engagé des personnes de couleur dans des bataillons spécifiques pour les envoyer au front. C'est le cas de Ronsel, fils de métayers, qui a su gagner ses galons pendant la guerre et a servi comme sergent. Ce rôle lui a donné des envies de liberté, une conscience de ses capacités qu'il ne parviendra pas à mettre en oeuvre de retour dans sa famille. Car le Mississippi n'est pas prêt à vivre une telle révolution.

Le Ku Klux Klan veille, Pappy en tête. Ce personnage proprement odieux, cristallise toute la haine qui symbolise cette région des Etats-unis.

Dans ce contexte , l'auteur a travaillé à la crédibilité et, malgré sa bienveillance, Laura n'est pas non plus prête à accepter l'égalité entre blancs et noirs. Elle se montre cependant conciliante et tente d'imposer sa vision des choses. On touche ici un autre point sensible : la place accordée aux femmes dans la société des années 40.

Le récit est souvent dur, réaliste, mais aussi porteur d'une morale que la fin révèle. L'écriture porte le récit. C'est donc un coup de coeur que ce récit.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 08:17
Féroces, Robert Goolrick

Féroces, Robert Goolrick, éditions Pocket, 2012, 252 pages

Genre : autobiographie

Thèmes : enfance, parents, rejet, suicide

Traduit par Marie de Prémonville

 

L'auteur en quelques mots ...

 

 

Robert Goolrick vit à New York. Il est l'auteur de "The End of the World as We Know It", un récit acclamé par la critique américaine. 

"Une femme simple et honnête" son premier roman, N°1 sur la liste du New York Times, fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique confiée au réalisateur David Yates. 
"Féroces" a reçu en France un accueil prodigieux de la part des critiques, des libraires et des lecteurs. 
Robert Goolrick reçoit le Prix Virgin Megastore 2012 et le Grand prix des lectrices de Elle 2013 pour "Arrive un vagabond". "La Chute des princes" reçoit le Prix Fitzgerald 2015. 

Sa vie, son adolescence dans une famille respectable mais qui, une fois la porte fermée, cachait bien des secrets et a détruit à petit feu sa vie d'enfant, est la métière de plusieurs de ses romans (Féroces, La cute des Princes). Il y décrit les années de descente aux enfers et le regard de sa famille.

 

 

L'histoire :

 

Evoquant sa famille, Robert Goolrick parle de son admiration pour sa mère, sa beauté, son élégance, et de l'indifférence de son père. Connus pour leurs soirées arrosées, l'image idéale sur papier glacé qu'ils donnaient en façade, les Goolrick cachaient pourtant bien des blessures, comme en attestent les disputes sans fin, les parents qui sombrent dans l'alcool pour ne pas penser, les enfants qui observent cela et deviendront des adultes blessés.

Dans ce contexte, sous le regard d'un enfant, l'élégance revêt les atours d'une dame sophistiquée, de cocktails aux noms plus exotiques les uns que les autres,  des Gimlet, des Manhattan, des Gibson,  des Singapore Ming,d'amis qui viennent chaque semaine pour de longues soirées où l'on rit en ne pensant pas à l'avenir. L'insouciance. Les enfants, brillants, parachèvent le tableau.

Pourtant, les fissures ne tardent pas à se faire jour. Une règle absolue permet à la famille de ne pas montrer l'envers du décor : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe dans la maison. Règle que va enfreindre Robert en écrivant un récit de vie et en dévoilant une facette de la vie de ses parents que personne n'aurait dû connaitre. Dès lors, c'est une haine féroce qui va animer les Goolrick et faire sombrer Robert dans l'alcool, la drogue, les tendance suicidaires...

 

En vrac et au fil des pages ...

 

C'est pourtant avec une certaine douceur que l'auteur évoque des années pénibles, marquées par l'absence de tendresse, une joie feinte pour donner le change. On sent bien que derrière cela doit se cacher un drame mais l'on ne comprend vraiment qu'à la fin du récit.

Revenant tantôt sur ses années d'enfance, tantôt sur son entrée dans le monde adulte, Robert Goolrick ne cache rien de ce que fut la vie de sa famille. On sent une admiration pour sa mère, son physique élégant, sa beauté et l'on est d'autant plus peiné par l'attitude de cette dernière qui considère son fils comme un traitre parce qu'il a osé parler d'eux dans ses écrits.

On comprend le poids, le fardeau et les années de chute libre qui ont suivi pour se trouver, se perdre, avancer.

Le récit est donc un mélange de belles images et d'une réalité cruelle qui explique aussi le caractère sombre des écrits de l'auteur. Cette part d'ombre est en lui et, encore en écrivant ce livre, il ne parvient pas à joindre toutes les pièces du puzzle. Pour l'enfant, tout a basculé avec l'épisode de la robe : une belle robe verte et bleue que sa mère avait endossée avant de partir à une soirée et dans laquelle les enfants l'avaient admirée, regardée tounoyer; une robe qui était revenue précipitamment, abîmée par un trou infligé par la cendre d'une cigarette et qui marquait la dispute, l'instant d'inattention parce que happé par autre chose, la faille dans la vie de cette mère si parfaite.

"On a tendance à vouloir aimer sa famille. En fait, on a même tendance à le faire.Même si l'on choisit de couper les liens avec tout ce qui avait été pour nous "chez nous", pour redéfinir l'espace dans lequel on vit, les émotions qui nous paraissent le plus naturelles, notre manière d'aimer, on reste hanté par un sentiment persistant de deuil et d'admiration à l'égard des êtres que l'on a connus en premier et le mieux. Même si on ne leur adresse plus jamais la parole, ils demeurent nos premiers et nos plus purs amours. Il y a, pour chacun de nous, une époque où ils signifiaient tout.
Parfois, cette époque dure toute notre vie. Elle est aussi éternelle que notre souffle. Elle ne s'altère ni ne meurt.
Parfois, elle prend fin à un âge très précoce. On n'y peut rien. Il arrive des choses."

Les remarques de l'enfant se mêlent à l'analyse de l'adulte. La destruction lente que s'inflige l'auteur ne prend fin qu'avec l'acceptation. Malgré tout, il ne parvient pas à en vouloir à ses bourreaux et poursuit pour eux ses attentions, ses égards. C'est ce décalage, que l'on ne comprend, qu'à la fin, qui rend ce témoignage poignant et cinglant.

Une lecture forte que je vous recommande.

Féroces, Robert Goolrick

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 07:33
Riquet à la houppe, Amélie Nothomb

Riquet à la houppe, Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 2016, 198 pages

Genre : conte

Thèmes : enfance, apprentissage, beauté,philosophie, rejet

 

L'auteur en quelques mots ...

Fille de diplomate belge, Amélie Nothomb est née le 13 août 1967 à Kobé, au Japon. A moins que ce ne soit le 9 juillet 1966 à Etterbeek, Bruxelles. C'est que l'auteur s'est créé un personnage autobiographique !

Elle publie en 1992 son premier roman, Hygiène de l’assassin, unanimement salué par la critique et le public.

En vingt ans de carrière, Amélie Nothomb a notamment été récompensée par le Grand Prix du Roman de l’Académie française 1999, le Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre et le Prix de Flore 2007.

Amélie Nothomb déclare écrire près de quatre romans par an pour n’en publier qu’un seul et souhaite user de son droit moral de divulgation pour que ne soient pas publiés les autres manuscrits.

En 2011, un géant du Nord est conçu à son effigie, rejoignant ainsi les rares Géants à représenter une personnalité vivante.

En 2012, elle retourne pour la première fois au Japon depuis le séisme, le tsunami et l'accident nucléaire de Fukushima, en disant : « le Japon m'a plusieurs fois sauvée et j'ai à nouveau besoin d'être sauvée par le Japon, qui a ce pouvoir guérisseur ». À cette occasion, un reportage sur elle sera tourné par France 5. Le tournage de ce documentaire est d'ailleurs le sujet de son roman La Nostalgie heureuse. Le 22 août est publié son vingt et unième roman, Barbe bleue.

Amélie Nothomb prête sa voix au personnage de Diane de Brassempouy, une aristo-sapiens snob et raciste, dans les trois saisons de la série d'animation Silex and the City, adaptée de la bande dessinée homonyme.

L'histoire:

Enceinte à 48 ans, Enide n'a pris conscience de son état qu'au sixième mois. C'est qu'elle et son époux avaient fait une croix sur une éventellement parentalité.Elle "attendait l'accouchement comme d'autres la roulette russe". Lorsque l'enfant arriva, la stupeur les étreignit : il était laid. Un vieillard fripé, en pleine santé, nommé Déodat. 

Rapidement, les heureux parents comprennent que leur enfant est hors norme et semble doué d'une intelligence surprenante.

"Sur l'autre rive de la Seine, un jeune couple nouvellement établi non loin de la gare d'Austerlitz mit au monde une petite fille". La perfection ! Un teint diaphane, des yeux merveilleux. Elle s'appellerait Trémière (le père s'appelant Lierre et la mère Rose, il ne pouvait en être autrement). Mais les jeunes parents, trop occupés par leur travail, confièrent la petite à sa grand-mère et ne s'occupèrent plus d'elle. C'est alors un univers merveilleux, féérique, qui entoura Trémière durant son enfance.

Déodat et Trémière avaient pourtant bien des points communs et ,chacun de son côté ,devait expérimenter le rejet, la jalousie et la dure réalité de la vie en communauté...

En vrac et au fil des pages ...

 

J'ai beaucoup lu Amélie Nothomb avant de tenir le blog, mais ai abandonné par la suite. Je ne sais ce qui a fait que je lui ai lâché la main, mais ces derniers temps, grâce au partenariat Albin Michel, j'ai eu envie de reprendre le fil.

Les éléments du conte sont bien là : une grand-mère aux allures de fée, les bijoux et les beaux atours, la beauté et son pendant, la laideur. Mais Amélie Nothomb explore davantage encore les profondeurs de l'âme humaine : la vie en société, la différence, la cruaté des enfants entre eux et le détachement des adultes...

On suit l'évolution des deux personnages que tout semble opposer mais dont les ressemblances vont peu à peu sauter aux yeux du lecteur. L'auteur a choisi la touche d'humour pour traiter de la laideur :

"Le sommet fut atteint par la méchante tante Épziba :
– Ma pauvre Énide, tu te remets ?
– Oui. La césarienne s’est bien passée.
– Non, je veux dire, tu te remets d’avoir un gosse aussi vilain ?"

C'est donc par ce petit côté décalé que le conte se démarque de l'original, que l'on connait le mieux par sa version de Charles perrault.

L'ensemble est travaillé à l'extrême et l'on pourrait passer du temps à observer la construction du récit : deux formes parallèles , les figures parentales que tout oppose mais qui suprennent ( les parents de Déodat l'aimant et le vénérant malgré sa laideur alors que ceux de trémières, jeunes et beaux, délaissent leur fille qui ressemble à un ange).

L'attachement de la jeune fille à sa grand-mère est un élément émouvant du récit qui rappelle que les liens familaux sont essentiels au développement de l'enfant.

J'ai apprécié la façon dont Amélie Nothomb s'est émancipé du conte de Perrault pour en faire une histoire de tolérance et de respect.

 

 

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 13:34
Littérature jeunesse pour le mois américain

Pour le mois américain de Titine, je débute avec un billet consacré à la littérature jeunesse qui évoque l'Amérique ou écrite par des auteurs américains. De belles trouvailles que je vous recommande.

Dans l’Amérique sudiste du début des années 1950, Sam et son petit frère Josh voient leurs parents assassinés par des blancs, parce que, noirs, ils ont osé demander d’exercer leur droit de vote. Les deux enfants sont placés chez leur tante, Rosa Parks, à Montgomery en Alabama. Sam s’imprègne du mouvement de non-violence initié par sa tante et le pasteur Martin Luther King, tandis que Josh préconise la lutte armée pour mettre fin à la ségrégation. Sam entreprend des études de droit pour devenir juge. Avec quelques amis, il met sur pied des « voyages de la liberté » au cours desquels les noirs font valoir leurs droits. Il suit Martin Luther King dans ses luttes à Birmingham, Washington…

1912. Marcello et son père quittent l’Italie pour les Etats-Unis, et l’espoir de faire fortune en plantant des citronniers en Californie. Durant le voyage en paquebot, le père tombe à l’eau. Une fois à New-York, Marcello – devenu Mark pour l’administration - tente de le retrouver, tout comme la jeune Antonia veut se découvrir des parents adoptifs. Marcello est repéré par une réalisatrice de films, et les deux enfants font route vers Hollywood. En devenant star de cinéma, Marcello pense que son père le verra et le rejoindra.

 

En 2020, la frontière des Etats-Unis et du Mexique est matérialisée par un mur. Une chaîne de télévision a l’idée d’un jeu de téléréalité consistant à lancer 200 candidats à l’immigration dans une course-poursuite avec les forces de l’ordre. Les perdants sont tués ou capturés, le gagnant obtient de l’argent et un visa américain. Diego décide d’y participer pour rembourser les dettes de son père auprès de la mafia locale. Avec Pablo, Chico et Guadalupe, il va découvrir Angel Town, une ville souterraine de clandestins. Un secret qui intéresse bien la police…

 

 

Nous sommes en 1893, la jeune Cissy Sissney s' installe avec sa famille à Florence, un territoire du Nord-Ouest de l’Oklahoma ouvert à la colonisation par le gouvernement. Avec les autres pionniers, ils doivent relever le défi de bâtir une ville sur un terrain aride, et lorsque le président des Chemins de fer décide qu’aucun train ne s’arrêtera à Florence, pour punir les habitants d’avoir refusé la vente de leur terrain, c’est le coup de grâce. Le roman raconte la lutte de toute une population unie par un même rêve et par son courage contre les intérêts d’un industriel puissant et corrompu. Ce long récit est rendu vivant par une multitude de personnages au caractère bien trempé, par une intrigue bien menée et par l’humour dont fait preuve Geraldine McCaughrean, qui raconte avec brio la formidable expérience humaine que fut la conquête de l’Ouest.

Nine Eleven est le numéro des urgences aux Etats-Unis. C’est aussi la transcription du jour et du mois où débute le nouveau récit de Jean-Jacques Greif : le 11 septembre. L’auteur a ici choisi de décrire les vingt heures correspondant à cette date, devenue désormais historique, le 11 septembre 2001. Une classe d’adolescents, une mère qui conduit son enfant à l’école, un homme qui doit livrer un projecteur, voici donc ces new-yorkais de tous âges et de toutes origines qui sert de fil conducteur à ce récit documentaire. Tout bascule lorsque deux avions de ligne viennent s’écraser sur les tours du World Trade Center. D’un chapitre à l’autre, l’auteur nous présente deux mondes (réparables par une typographie différente). La vie des différents personnages et leurs réactions face au drame. La survie des employés piégés dans les bâtiments lors de cette tragédie. Un hyperréalisme au cœur de l’actualité.

 

Mary Jolie est un très belle femme qui vit en Louisiane. Belle femme, mais aussi forte tête. Sa mère, lasse de ne pas la voir marier, organise un concours. C'est un gentleman qui remporte la victoire. Il gagne le droit d'emmner sa nouvelle fiancée. Mais sur le chemin, Mary Jolie se rend compte que son futur époux est le diable en personne. Mary est trop indépendante ; elle brisera ses châines et de sa fuite naîtra le fleuve Mississipi. Une belle mise en page pour ce conte populaire cajun.

Merci à la maison d'édition Ricochet chez qui j'ai pioché ces belles découvertes.

 

Je ne résiste pas à en proposer un dernier, certes difficile à lire pour certains ados mais, quelle merveille !

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